Kadhafi tué en Libye
Jeudi 20 Octobre 2011 à 17:30 | Lu 9222 fois I 39 commentaire(s)
Jean-Dominique Merchet - Marianne
Le dictateur est mort aujourd'hui lors du dernier assaut contre sa région d'origine Syrte. Même s'il ne sera jamais jugé, un « ouf » de soulagement a parcouru le peuple libyen...
Il est mort salement, de la manière dont il avait tué tant de ses compatriotes. Blessé à la tête et aux jambes dans les combats de Syrte, sans doute par une frappe aérienne de l’Otan, le colonel Kadhafi, 69 ans, a d’abord été fait prisonnier, jeudi 20 octobre, par les combattants du nouveau pouvoir. Puis, selon les informations parcellaires dont nous disposons pour le moment, l’ancien dictateur a été achevé par une balle de 9mm dans le ventre. Il ne sera donc jamais jugé. Si c’est là une mauvaise nouvelle pour les tenants du droit et de la démocratie, un « ouf » de soulagement a parcouru le peuple libyen, comme de nombreux dirigeants de la planète. Personne n’avait furieusement envie de le voir se défendre publiquement en évoquant ses anciennes amitiés, ses anciennes complicités.
Il aura donc fallu un peu plus de huit mois - et une guerre - pour que la révolution libyenne parvienne à ses fins. C’est à la mi-février que, suivant l’exemple de leurs voisins tunisiens et égyptiens, des Libyens se soulèvent contre le régime en place depuis 1969. Et contre ce dictateur baroque et sanguinaire, à l’allure hallucinée, qui l’incarnait aux yeux du monde : Muammar Kadhafi.
Kadhafi n’était pas du genre à se laisser faire. Dès les premières heures, il menace ses opposants de « rivières de sang » et tient parole. La répression est sanglante, une fois de plus : n’avait-il pas ordonné, en 1996, le massacre d’un millier de prisonniers dans la prison d’Abou Salim ? Les Libyens révoltés savaient ce qui les attendaient si les forces pro-Kadhafi, qui comptent de nombreux mercenaires et des Libyens liés au régime par solidarité clanique, parvenaient à reprendre la main.
Benghazi, capitale de la Cyrénaïque (Est) s’affranchit la première. Cette ville est le fief d’une bourgeoisie pieuse, soutien de l’ancienne monarchie, et qui n’a jamais vraiment accepté le régime révolutionnaire mis en place par le coup d’Etat de 1969. Le pouvoir, lui, s’en est toujours méfié. Début mars, Benghazi est menacée par l’avance des troupes kadhafistes. Le temps presse. Grâce à l’entregent du philosophe français Bernard-Henri Lévy, les représentants du nouveau pouvoir, le Conseil national de transition (CNT), ont pu venir à Paris pour y rencontrer Nicolas Sarkozy, le 10 mars. Le chef de l’Etat a trouvé là le moyen de se « refaire » politiquement, après les semaines affligeantes au cours desquelles on a vu Paris passer complètement à côté des premières révolutions arabes. En janvier, la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie parlait encore d’aider Ben Ali à maintenir l’ordre en Tunisie. Deux mois plus tard, dans un grand consensus national, la France entrait en guerre contre un dictateur voisin.
Ce devait être l’affaire de « quelques semaines », promettait le chef de la diplomatie française Alain Juppé. Il fallut cinq mois pour que la capitale, Tripoli, ne finisse par tomber et deux de plus pour en finir avec le dictateur. Partie tambour battant – mais avait-on le choix ? – la France avait mal évalué la situation. Munie d’un mandat des Nations Unies, malgré l’abstention des puissances émergentes et surtout de l’Allemagne, Paris parvint à entrainer quelques alliés avec elle, en particulier Londres, dans le cadre de l’Otan. Les Américains, peu motivés par cette affaire, fournirent un soutien militaire important, sans jamais se mettre en avant. Sur le terrain, où il était exclu que les Occidentaux mettent un seul pied, les choses ne se passèrent pas comme prévu dans un premier temps : les forces pro-Kadhafi résistaient bien et les insurgés n’étaient pas une force militaire sérieuse. Des mois durant, on parla d’ « enlisement ». Erreur de perspective : une guerre d’usure était en cours, pas une guerre éclair. Kadhafi s’usa et tomba à la mi-aout. Le reste, c’est-à-dire la réduction des dernières poches de ses fidèles comme sa ville natale de Syrte – là où il a finalement été tué – n’était plus qu’une question de temps.
Quel bilan ? Nicolas Sarkozy a remporté la partie. Sans sa détermination, Kadhafi serait vraisemblablement toujours au pouvoir. En tirera-t-il un bénéfice électoral l’an prochain ? Ce qui est certain, c’est qu’il aurait payé cher un échec – et la France plus encore, en terme de crédibilité internationale.
En Libye, tout est à faire, mais le principal est acquis : le dictateur est tombé. La présence d’islamistes radicaux dans les rangs de la rébellion – et désormais du pouvoir - n’est pas pour rassurer. L’absence de toute tradition démocratique n’aidera pas à une transition ordonnée, mais la Libye est une société de compromis entre tribus, clans et régions. Son unité ethnique et religieuse est un point positif tout comme les formidables richesses de son sous-sol, pour une population réduite (6 millions d’habitants).
La chute de Kadhafi s’inscrit évidemment dans le processus des révolutions arabes. Des monarchies guère démocratiques (Qatar, Emirats, Jordanie) ont aidé les insurgés à faire tomber le régime. Mais les mêmes avaient soutenu le souverain du Bahreïn contre sa population. Contradiction ? Pas sûr. Plutôt des alliances bien compris. Le CNT est, au fond, du même bord que les monarchies du Golfe. Tous les regards se tournent désormais vers la Syrie où un régime dictatorial et, à l’origine, d’inspiration « progressiste » est contesté par des forces, au sein desquels les islamistes conservateurs sont très puissant. Et si, en Libye comme en Turquie, en Tunisie comme demain en Syrie, la démocratisation se traduisait par l’arrivée au pouvoir d’une bourgeoisie pieuse, conservatrice au plan des mœurs mais libérale en économie ? Ce n’était pas forcément le scénario prévu.
Il aura donc fallu un peu plus de huit mois - et une guerre - pour que la révolution libyenne parvienne à ses fins. C’est à la mi-février que, suivant l’exemple de leurs voisins tunisiens et égyptiens, des Libyens se soulèvent contre le régime en place depuis 1969. Et contre ce dictateur baroque et sanguinaire, à l’allure hallucinée, qui l’incarnait aux yeux du monde : Muammar Kadhafi.
Kadhafi n’était pas du genre à se laisser faire. Dès les premières heures, il menace ses opposants de « rivières de sang » et tient parole. La répression est sanglante, une fois de plus : n’avait-il pas ordonné, en 1996, le massacre d’un millier de prisonniers dans la prison d’Abou Salim ? Les Libyens révoltés savaient ce qui les attendaient si les forces pro-Kadhafi, qui comptent de nombreux mercenaires et des Libyens liés au régime par solidarité clanique, parvenaient à reprendre la main.
Benghazi, capitale de la Cyrénaïque (Est) s’affranchit la première. Cette ville est le fief d’une bourgeoisie pieuse, soutien de l’ancienne monarchie, et qui n’a jamais vraiment accepté le régime révolutionnaire mis en place par le coup d’Etat de 1969. Le pouvoir, lui, s’en est toujours méfié. Début mars, Benghazi est menacée par l’avance des troupes kadhafistes. Le temps presse. Grâce à l’entregent du philosophe français Bernard-Henri Lévy, les représentants du nouveau pouvoir, le Conseil national de transition (CNT), ont pu venir à Paris pour y rencontrer Nicolas Sarkozy, le 10 mars. Le chef de l’Etat a trouvé là le moyen de se « refaire » politiquement, après les semaines affligeantes au cours desquelles on a vu Paris passer complètement à côté des premières révolutions arabes. En janvier, la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie parlait encore d’aider Ben Ali à maintenir l’ordre en Tunisie. Deux mois plus tard, dans un grand consensus national, la France entrait en guerre contre un dictateur voisin.
Ce devait être l’affaire de « quelques semaines », promettait le chef de la diplomatie française Alain Juppé. Il fallut cinq mois pour que la capitale, Tripoli, ne finisse par tomber et deux de plus pour en finir avec le dictateur. Partie tambour battant – mais avait-on le choix ? – la France avait mal évalué la situation. Munie d’un mandat des Nations Unies, malgré l’abstention des puissances émergentes et surtout de l’Allemagne, Paris parvint à entrainer quelques alliés avec elle, en particulier Londres, dans le cadre de l’Otan. Les Américains, peu motivés par cette affaire, fournirent un soutien militaire important, sans jamais se mettre en avant. Sur le terrain, où il était exclu que les Occidentaux mettent un seul pied, les choses ne se passèrent pas comme prévu dans un premier temps : les forces pro-Kadhafi résistaient bien et les insurgés n’étaient pas une force militaire sérieuse. Des mois durant, on parla d’ « enlisement ». Erreur de perspective : une guerre d’usure était en cours, pas une guerre éclair. Kadhafi s’usa et tomba à la mi-aout. Le reste, c’est-à-dire la réduction des dernières poches de ses fidèles comme sa ville natale de Syrte – là où il a finalement été tué – n’était plus qu’une question de temps.
Quel bilan ? Nicolas Sarkozy a remporté la partie. Sans sa détermination, Kadhafi serait vraisemblablement toujours au pouvoir. En tirera-t-il un bénéfice électoral l’an prochain ? Ce qui est certain, c’est qu’il aurait payé cher un échec – et la France plus encore, en terme de crédibilité internationale.
En Libye, tout est à faire, mais le principal est acquis : le dictateur est tombé. La présence d’islamistes radicaux dans les rangs de la rébellion – et désormais du pouvoir - n’est pas pour rassurer. L’absence de toute tradition démocratique n’aidera pas à une transition ordonnée, mais la Libye est une société de compromis entre tribus, clans et régions. Son unité ethnique et religieuse est un point positif tout comme les formidables richesses de son sous-sol, pour une population réduite (6 millions d’habitants).
La chute de Kadhafi s’inscrit évidemment dans le processus des révolutions arabes. Des monarchies guère démocratiques (Qatar, Emirats, Jordanie) ont aidé les insurgés à faire tomber le régime. Mais les mêmes avaient soutenu le souverain du Bahreïn contre sa population. Contradiction ? Pas sûr. Plutôt des alliances bien compris. Le CNT est, au fond, du même bord que les monarchies du Golfe. Tous les regards se tournent désormais vers la Syrie où un régime dictatorial et, à l’origine, d’inspiration « progressiste » est contesté par des forces, au sein desquels les islamistes conservateurs sont très puissant. Et si, en Libye comme en Turquie, en Tunisie comme demain en Syrie, la démocratisation se traduisait par l’arrivée au pouvoir d’une bourgeoisie pieuse, conservatrice au plan des mœurs mais libérale en économie ? Ce n’était pas forcément le scénario prévu.
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