Justice ou le marketing par la violence... gratuite
Jeudi 8 Mai 2008 à 00:02 | Lu 18580 fois I 82 commentaire(s)
Pauline Delassus
Le nouveau clip du groupe français Justice présente avec réalisme des jeunes dans une débauche de violences urbaines. Le réalisateur, Romain Gavras, refuse de commenter.
La vidéo s'échange sur internet à vitesse grand V. On y voit de jeunes garçons noirs et maghrébins, dans la rue où ils détruisent tout sur leur passage et agressent violemment les passants. Racket, voiture brûlée, bar saccagé, policiers roués de coups… Même le cameraman finit par se faire agresser. Des images extrêmement réalistes où la violence est non seulement gratuite mais exhibée, glorifiée. Ce n'est, malgré les apparences, pas un documentaire. En fait, il s'agit d'un clip. Celui de la chanson Stress, du groupe Justice.
Les Justice ont vendu des milliers d’albums, joué devant plus de dix mille personnes, remporté une victoire de la musique au mois de mars dernier et font danser dans les boîtes de nuit de Paris à Tokyo depuis 2003 avec leurs tubes Never Be Alone et D.A.N.C.E. Le duo est français, composé de Gaspard Augé et de Xavier de Rosnay. Ils enregistrent dans une cave du IIème arrondissement de Paris des morceaux produits par le très branché label Ed Banger Records de Pedro Winter. Bref, rien à voir avec la cité, le ghetto, la haine.
Mais à même pas trente ans, les deux jeunes hommes sont de la génération MTV, pour qui les clips vidéos ont autant d’importance que la musique. Pour Stress, ils ont choisi le réalisateur Romain Gavras, cocréateur du collectif d’artistes Kourtrajmé et fils de Costa-Gavras. Autant dire qu'aucun d'entre eux n'ignore l'impact que peuvent avoir de telles images.
Les Justice ont vendu des milliers d’albums, joué devant plus de dix mille personnes, remporté une victoire de la musique au mois de mars dernier et font danser dans les boîtes de nuit de Paris à Tokyo depuis 2003 avec leurs tubes Never Be Alone et D.A.N.C.E. Le duo est français, composé de Gaspard Augé et de Xavier de Rosnay. Ils enregistrent dans une cave du IIème arrondissement de Paris des morceaux produits par le très branché label Ed Banger Records de Pedro Winter. Bref, rien à voir avec la cité, le ghetto, la haine.
Mais à même pas trente ans, les deux jeunes hommes sont de la génération MTV, pour qui les clips vidéos ont autant d’importance que la musique. Pour Stress, ils ont choisi le réalisateur Romain Gavras, cocréateur du collectif d’artistes Kourtrajmé et fils de Costa-Gavras. Autant dire qu'aucun d'entre eux n'ignore l'impact que peuvent avoir de telles images.
Ambiguïté
Chez les policiers, dont une dizaine est sévèrement tabassée dans la vidéo, on se dit extrêmement choqué. A l'instar de Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat policier SGP FO : «Même si ce clip correspond à une réalité quotidienne de la culture de la violence, il ne pose pas un problème de société, il racole.»
Quel était le but de ce clip, à part, donc, choquer et «racoler» le spectateur? Le réalisateur, les artistes et la production refusent de communiquer sur le sujet. Romain Gavras nous assure qu’il «préfère que les gens se fassent seuls leur opinion» et ne souhaite pas expliquer sa démarche. C'est un peu court, quand on sait que le public visé –la jeunesse – n’y verra probablement qu’une nouvelle forme de banalisation — voire même matière à identification. Gavras fils n’assumerait-il pas son film au point de se dégager de toute responsabilité ? Quant aux musiciens, leur posture d’artistes mystérieux jouant les coquets auprès des journalistes ne pèse pas lourd face à des images troublantes de réalité.
Stress ne sera en tout cas pas diffusé à la télévision. Mais il a de beaux jours devant lui sur le Net, où il explose déjà avec, à ce jour, près de 400 000 vues sur Dailymotion et des centaines de commentaires relayés par de nombreux blogs. Une chose est sûre, la violence comme stratégie marketing, ça marche.
Chez les policiers, dont une dizaine est sévèrement tabassée dans la vidéo, on se dit extrêmement choqué. A l'instar de Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat policier SGP FO : «Même si ce clip correspond à une réalité quotidienne de la culture de la violence, il ne pose pas un problème de société, il racole.»
Quel était le but de ce clip, à part, donc, choquer et «racoler» le spectateur? Le réalisateur, les artistes et la production refusent de communiquer sur le sujet. Romain Gavras nous assure qu’il «préfère que les gens se fassent seuls leur opinion» et ne souhaite pas expliquer sa démarche. C'est un peu court, quand on sait que le public visé –la jeunesse – n’y verra probablement qu’une nouvelle forme de banalisation — voire même matière à identification. Gavras fils n’assumerait-il pas son film au point de se dégager de toute responsabilité ? Quant aux musiciens, leur posture d’artistes mystérieux jouant les coquets auprès des journalistes ne pèse pas lourd face à des images troublantes de réalité.
Stress ne sera en tout cas pas diffusé à la télévision. Mais il a de beaux jours devant lui sur le Net, où il explose déjà avec, à ce jour, près de 400 000 vues sur Dailymotion et des centaines de commentaires relayés par de nombreux blogs. Une chose est sûre, la violence comme stratégie marketing, ça marche.
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