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Jean Sarkozy ne sera pas vraiment élu à l'EPAD

Emmanuel Lévy - Marianne | Jeudi 15 Octobre 2009 à 07:01 | Lu 26385 fois

C'est le principal argument de la majorité : Jean Sarkozy sera élu par ses pairs et non désigné par son père. Sauf qu'en analysant la règlementation qui rgégit le conseil d'administration de l'EPAD, on réalise que les voix des huit représentants de l'Etat y sont prépondérantes.




Nul ne peut ignorer la ligne de défense des Sarkozy, père et fils. Elle est fort simple. Comme son père, Jean tiendrait sa légitimité du vote souverain. A la télé, le fiston l’a dit la main sur le cœur : son accession à la présidence de l’Etablissement public d'aménagement de la Défense (EPAD) ne relèverait pas d'une « nomination » mais de trois « élections ». Trois fois élu, donc trois fois plus légitime, l'argument évoque la lame gilette...
Très bien : il est vrai que Jean Sarkozy a bien été élu au Conseil Général, dans un canton où même un âne étiqueté UMP aurait gagné. Passe encore pour la seconde élection, qui le propulse à la tête du groupe UMP de ce même Conseil par ses nouveaux pairs. Mais s’agit-il d’une élection lorsque le groupe UMP, dans le dos de Patrick Devedjian, le désigne comme candidat au poste d’administrateur de l’Epad, alors qu’il n’y a aucun challenger face à lui ?
Le 23 octobre le conseil général des Hauts de Seine l’élira, effectivement, grâce à la puissante majorité UMP. Mais ensuite, propulser Jean Sarkozy à la présidence de l’’EPAD ne relève en aucun cas d’une «élection», au sens propre. Car sans les votes des représentants de l’Etat au Conseil d’administration de l’Epad, il ne peut pas gagner…

Une élection... sous le contrôle absolu de l'Etat


Cela a été réitéré, répété, seriné jusqu’à l’écoeurement : Jean sera élu. Le règlement intérieur précise en effet que « Le président du Conseil d’Administration est élu par le conseil d'administration ». Il trouvera face à lui un candidat de gauche, sans doute Patrick Jarry, le maire de Nanterre.
Pourtant, à bien regarder la composition du conseil d’administration, il ne s’agit pas d‘une élection ordinaire. Le CA est composé de dix-sept membres, dont huit sont nommés par l'Etat et neuf par les collectivités locales. Parmi ces derniers, on compte un représentant pour chacune des communes de Nanterre, Courbevoie, Puteaux et Paris ; un de la région Ile-de-France, deux en fait avec celui du Syndicat des transports d'Ile-de-France, contrôlé par le Conseil Régional ; et enfin deux du Conseil Général, précisément une des places dévolues au Prince Jean.
 
Grosso modo, les collectivités aux mains de la gauche sont à égalité avec celles de la droite : 4 à 4. Manque un dernier représentant, issu de la chambre de commerce et d'Industrie de Paris, et les huit membres issus de différents ministères. C’est donc bien leur vote qui sera prépondérant, lequel sera décidé par leur patron, François Fillon, chef de l’administration. Or « Si la majorité est acquise grâce aux voix des représentants de l’Etat, alors le Président est nommé par l’exécutif», s’amuse un spécialiste patronal des questions de gouvernance au sein des conseils d’administrations. Jean Sarkozy est donc nommé par l’exécutif.

Et si les représentants de l’Etat s’abstenaient, laissant face à face les 4 voix de « gauche » et les 4 voix de « droite » avec pour seul vote discriminant, celui du représentant de la CCIP ? Ben…ca ne marche pas non plus. L’article 6 du règlement intérieur de l’Epad, dispose que « Les décisions sont prises à la majorité absolue des membres présents, la décision n'étant valable que si les deux tiers des membres au moins participent à la séance ou sont représentés
Imaginons enfin, cas d’école improbable, que les représentants de l’Etat adoptent la politique de la chaise vide, pour éviter l’accusation de nommer Jean Sarkozy, laissant émerger du scrutin 5 voix contre 4 pour le fils du Président. Dans cette configuration, le quorum n’étant pas atteint, l’élection ne serait pas valide. Sans leur présence et leur vote, pas de président. CQFD.




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