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Jean-François Kahn : pourquoi je rejoins le ModemPropos recueillis par Eric Conan et Renaud Dély | Vendredi 12 Septembre 2008 à 13:15 | Lu 43254 fois
Le 5 septembre dernier, Jean-François Kahn annonçait sa candidature aux prochaines européennes sous l'étiquette Modem. Il s'en explique dans le prochain numéro de Marianne. En voici, en exclusivité, des extraits.
Marianne : Pourquoi passer du journalisme à la politique ?
Jean-François Kahn : J’ai définitivement tourné la page du journalisme. Mais je veux continuer à défendre les idées que, depuis trente-cinq ans, j’ai essayé de développer dans mes articles, mes livres et, tout simplement, la vie. Je ne passe à rien, je continue autrement. Nous sommes confrontés à un chambardement comparable à la révolution industrielle du début du XIXe siècle qui, certes, ne rature pas les notions de droite ou de gauche, mais modifie complètement les critères de leur énonciation. Regardez : aux Etats-Unis on nationalise deux grandes banques et ça fait grimper la Bourse. Le néolibéralisme parvient à ses plus spectaculaires résultats sous une dictature communiste. Jamais on n'a autant exacerbé les inégalités et les exclusions que ne l’a fait la gauche britannique de Tony Blair. Alors la gauche et la droite… Il faut tout recomposer. Si on peut y aider… Vous aviez une influence certaine comme journaliste libre de parole. Ne risquez-vous pas de la perdre ? La question peut se retourner. Cela fait des années que l’on me dit : vous êtes bien gentil avec vos critiques, mais pourquoi ne passez-vous pas à l’acte ? Pourquoi ne mouillez-vous pas votre chemise ? Présentez-vous ! Faites des propositions, ne restez pas dans votre fauteuil ! Mais pourquoi le MoDem ? C’est le mouvement dont je suis évidemment le plus proche, sans l’être à 100 %, tout le monde le sait. C’est le lieu d’où l’on peut faire bouger les choses, à la fois dans les têtes et d’un point de vue institutionnel. Faire exploser la machinerie bipolarisante : le rêve ! En privé, vous avez des ministres qui stigmatisent la dérive monarchique du pouvoir ; en privé, toujours, vous aviez les pontes socialistes qui vous expliquaient qu’ils ne voteraient jamais Ségolène Royal à l’élection présidentielle. Mais tout cela, ils ne l’auraient jamais dit en public. Quand on en arrive à un tel degré de double discours, c’est que le système est totalement malade. Alors, si le MoDem peut contribuer à le subvertir, c’est très bien. Il ne suffit pas de répéter que la gauche est dans un état lamentable, que la droite n’est plus qu’un club de supporteurs de Sarkozy, et s’en laver les mains. C’est trop confortable. Vous avez dénoncé le fonctionnement autocratique du sarkozysme, mais celui du MoDem ne semble guère plus démocratique… Le MoDem, dont je ne suis pas membre comme vous le savez, est le produit de la transformation d’un parti de notables sans militants à un parti de militants, mais qui ne dispose quasiment plus de notables. Ce n’est pas forcément rédhibitoire ! François Bayrou s’est retrouvé seul parce que, un peu comme François Mitterrand après 1968 ou Pierre Mendès France après 1958, victime de la brutalité de cette mutation, il a été lâché, y compris par sa supposée garde rapprochée. Le danger, effectivement, serait de trouver cette solitude confortable. Mais si personne ne veut accompagner cette expérience nouvelle tout en disant que Bayrou est un type très bien et qu’il a raison, il est sûr que le MoDem deviendra monarchique. Qu’allez-vous faire d’un mandat européen, qui ne sert pas à grand-chose… ? Etre confronté à des gens venant de 27 pays, ça m’intéresse. Cela peut être très enrichissant. Mais je dois évidemment, sauf à être égoïste, me demander si, moi, je peux apporter quelque chose. Et, en fait, je n’en sais rien. Est-il possible – c’est toute la question – de provoquer au niveau européen un débat sur la nécessaire refondation de nos sociétés dont l’être doit redevenir le centre, et non plus ni l’Etat ni l’argent ? Ce n’est pas seulement un slogan. On voit bien aujourd’hui à l’œuvre une logique néolibérale que personne ne maîtrise, qui affole même les libéraux et qui a complètement décentré l’homme au profit de l’argent. Retrouvez la version intégrale de l'interview de Jean-François Kahn dans le prochain numéro de Marianne. Vous pouvez également acheter la version numérique sur le site de Relay (PC) ou sur celui du Kiosque.fr (PC, Mac et Linux) dès vendredi 12 septembre à 16h.
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