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JO : il y a le feu à l’ElyséeNicolas Domenach | Mardi 8 Avril 2008 à 11:35 | Lu 21390 fois
Avec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.
Tous les téléviseurs étaient allumés à l’Elysée hier. Les conseillers affichaient des mines de cendre devant l’image de ce fiasco policier et médiatique. Cela ne pouvait pas plus mal se passer : des forces de l’ordre désorientées par une mobilisation aussi massive que déterminée et qui distribuaient des coups de matraque à l’aveugle, des Chinois humiliés à qui on ne permet même pas de sauver la face mais qu’on a laissé en même temps faire l’escorte comme s’ils étaient les maîtres du feu olympique, des athlètes ballottés entre des sentiments contradictoires. Et même bombardés d’œufs et de tomates !
Tout avait mal commencé et ne pouvait que mal continuer et très mal finir. Une palinodie tragi-comique. A-t-on déjà vu des pompiers être requis pour empêcher une flamme d’être éteinte et barrer la route aux militants volontaires qui voulaient user d’extincteur ? Tout était ridicule, jusqu’à ces schtroumpfs chinois en lunettes noires qui escortaient une flamme à éclipse comme le clignotant de l’histoire belge : «Ca marche, ça marche pas, ça marche pas, ça marche…». Et ces policiers en roller plus habitués aux ballades des bobos qu’à la guérilla urbaine dans laquelle se croyaient certains «Robocops» qui tabassaient passants et journalistes au point d’émouvoir ce matin Jean d’Ormesson. Jean «d’O» s’indigne dans Le Figaro que «des jeunes gens aient été jetés à terre et traités comme des émeutiers ». Avec notre baladin des beaux quartiers, c’est toute l’Académie française qui s’insurgeait, c’est toute la France respectable et éternelle qui protestait avec solennité. Et dans son éditorial, le quotidien de la droite consonnait en stigmatisant «les pouvoirs publics qui ont été débordés». Bref, le préfet de police va en prendre pour son grade mais il n’y aura pas que lui. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie qui prétendait pourtant «avoir tout prévu» va se faire tancer pour avoir négligé… l’essentiel : les Droits de l’homme sont une cause sacrée qu’il faut protéger et non frapper. Elle avait préparé une réception comme pour un banal chef de l’Etat. Mais il s’agissait plus que de cela, de la flamme olympique captée par les défenseurs des Droits de l’homme. Une flamme qui est partie pour faire de grands brûlés jusqu’au sommet de l’Etat. Il est en effet des ministres pour reprocher, en off évidemment, au président de la République d’avoir une diplomatie à la godille, en zigzag. Après avoir fait campagne pour la défense des Droits de l’homme qui devait être la colonne vertébrale de son action future, le président élu en est venu, lors de son périple chinois, à des positions plus traditionnelles, quasi chiraquiennes où les contrats deviennent prioritaires, pèsent plus en tout cas que les grands mots et les bonnes intentions initiales. D’où les contradictions avec Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, alors même que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, paraît passer son temps à bouffer son extrait de naissance politique droit-de-l’hommisme. En tout cas, son chapeau à plumes. Nicolas Sarkozy aurait pu éviter l’expression désordonnée des contradictions internes au gouvernement s’il avait pris position nette et claire très tôt avec les Européens et d’abord avec Angela Merkel qui fait trois fois plus de commerce avec la Chine mais n’en reçoit pas moins le Dalaï Lama et ne participera pas à la cérémonie d’ouverture des JO, qui est une manifestation plus festive et surtout plus politique que sportive. Après avoir prêché la patience et le refus d’ingérence, le président français, devant la pression de l’opinion, a fait part de sa préoccupation et affirmé qu’il «adapterait sa réponse aux évolutions». Ce qui avait l’effet d’un appel à manifester pour les militants des Droits de l’homme qui ont parfaitement saisi les incohérences de la présidence Française, d’un côté une volonté mercantile hyper réaliste, de l’autre une perméabilité totale aux pressions de l’opinion. L’Elysée ne craint rien plus que le feu médiatique. Et le voilà en plein milieu des flammes, coincé entre ceux qui ne veulent pas du boycott tels les Anglais et les Droits-de-l’hommisme qui portent haut la flamme olympique. Il ne faut pas s’y tromper, ce n’est pas un brûlot sans lendemain. C’est l’heure des brasiers télés : même si les Chinois prétendent garder les yeux fermés, le monde est devenu un village médiatique. Une étincelle à Olympe devient sous la loupe grossissante des écrans un feu à Londres dont les flammes ont été attisées à Paris et le sont aujourd’hui à San Francisco. L’incendie se propage par satellite. Souvenez-vous qu’il avait même contribué à faire écrouler le Mur de Berlin. On dit que la télévision et le pape avaient été décisifs. Cette fois, ce n’est pas le pape, c’est le Dalaï Lama. Mais il y a beaucoup plus d’écrans et de chaînes de télévision qu’on ne pourra pas éternellement brouiller.
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