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«J'emmerde ces deux connards» Cali, tu t'es vu quand t'as bu ?Philippe Bilger - Blogueur associé | Mardi 21 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 20786 fois
Cali s'emporte contre Naulleau et Zemmour, et termine sa tirade par une vulgaire insulte. Ce n'est pas le premier. Force de caractère, «parler artiste»? Selon Philippe Biler, ce dérapage verbal est surtout le signe, ridicule, d'une extrême faiblesse.
(photo: tvol - Flickr - cc)
Ces derniers jours, j'ai lu un certain nombre de commentaires sur des sites d'information divers. Quelques-uns, rares, me surprennent parce qu'à l'évidence leur rédacteur cherche non plus à convaincre mais à blesser, du genre « je ne vous aime pas du tout, Philippe Bilger ». Mais, pour dire le vrai, ils sont moins offensants, même pour une susceptibilité parfois à vif, que révélateurs d'une faiblesse ou d'une posture. Ils renvoient plus à la psychologie de leur auteur qu'ils ne font mal à autrui. On sent tellement, derrière la rudesse délibérée de la forme, la volonté de celui - le plus souvent, c'est un homme - qui désire se camper comme une force à ses propres yeux. C'est une représentation qu'il se joue et au lieu d'être atteint par le trait, on le contemple en quelque sorte. Navré mais debout, pas défait pour un sou. Ce qu'il y a de fausse audace et de vraie timidité dans ces agressions verbales qui permettent de se cacher sous la protection de la phrase !
Sur un autre registre plus violent mais tout aussi signifiant, dans Paris Match une interview du chanteur Cali par Benjamin Locoge m'a entraîné sur les mêmes chemins. Cali intervient certes dans une page qualifiée de « polémique » et on sait que cet artiste a été plus connu, par des gens comme moi, pour son soutien fidèle à Ségolène Royal ( à l'exception d'une divergence liée au rappeur Orelsan) qu'à cause de ses chansons. Au cours de cet entretien, questionné sur ce qui « lui a fait péter les plombs face à Naulleau et Zemmour », il réplique brièvement sur un mode normal mais pourquoi éprouve-t-il le besoin de terminer par « j'emmerde ces deux connards », ce qui gâche tout ? La disproportion entre le fond, l'intelligence des personnes attaquées et l'insulte de bas étage, au lieu de susciter l'adhésion, attire au contraire l'attention sur cette étrange et vulgaire formulation. Je n'ose pas penser que cette liberté de mauvais aloi qu'il se concède serait l'apanage d'un « parler artiste » qui, allié au progressisme de gauche, aurait tous les droits, notamment celui de salir la langue française. Alors que le souci de maintenir celle-ci au propre me semble un signe qui aujourd'hui distingue ceux qui ne s'abandonnent pas au fil du temps de beaucoup qui croient « chic » de s'adapter. Cette attitude, à l'évidence, n'a rien à voir avec une quelconque idéologie puisqu'il suffit d'écouter quelques-uns de nos ministres pour percevoir que la familiarité du langage, l'affectation d'une fausse simplicité, l'emploi de termes destinés à « faire jeune ou moderne » frappent n'importe quelle famille politique, encore plus la sphère du Pouvoir qui s'imagine à tort que le peuple abhorre l'élégance et la tenue dans les apparences. Or le style, c'est aussi une apparence. Débraillée ou non. On est comme on parle et on ne dit jamais que ce qu'on est. Le langage nous tient bien plus que nous ne le maîtrisons. Faut-il analyser ces gros mots comme une révolte devant une trahison médiatique ? En effet, ils suivent le dépit manifesté par Cali qui a vu « balayer son disque en trois phrases ». Y aurait-il, pour cette émission comme pour les autres du même genre, une obligation de promotion permanente, une présomption à afficher de valorisation systématique de l'artiste et de son oeuvre ? Le comble, c'est qu'on retrouve en effet, avec une lassitude jamais démentie, sur les chaînes de télévision, ces sempiternels éloges convenus, cette hypertrophie rituelle, ce piètre commerce cherchant à se parer du masque de la liberté du goût. Il suffit, alors, que ces deux trublions Eric Naulleau et Eric Zemmour, contre, souvent, les appréciations flatteuses de Laurent Ruquier, viennent mettre un peu de réalité, un zeste de vérité dans cette comédie pour que l'invité se sente trahi. Il devrait au contraire se battre pour tenter de démontrer, autant que possible, l'indémontrable : mon disque est bon pour telle ou telle raison. Même si à la fin la contradiction demeure. Mais Cali, blessé, a choisi la facilité. Plutôt que de sortir du débat par le haut, il a fui vers le bas. Il a posé, sur la complexité même futile du sujet, la brutalité de l'outrance. Le gros mot, derrière sa superficielle violence, manifeste une extrême faiblesse. Dans la force du rapport, il introduit un rapport de force qui signe la défaite de celui qui le profère. Il croit couronner, avec un sceau décisif et brutal, un raisonnement, il le détruit. L'argumentation est oubliée au détriment du caractériel qui contraint à focaliser sur sa personne. C'est peu de chose que cette phrase absurde et choquante. Mais elle défigure. Je voudrais être capable de ne jamais tomber dans ce piège. Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog
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