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Ingrid Betancourt libérée. Par la grâce de Dieu ?

Philippe Cohen | Jeudi 3 Juillet 2008 à 08:29 | Lu 27437 fois

Sur les ondes ce matin, tout le monde était beau, gentil et remercié pour son action en faveur d'Ingrid. A bas la politique !



Ah le beau consensus… Personne, ce matin ne veut parler de politique. Tout à la joie de la libération d’Ingrid Betancourt, chacun ne veut voir qu’une seule cause, celle de la liberté... et de la radio, puisque Ingrid Betancourt a eu le bon goût de déclarer dès sa libération que les informations sur sa famille lui étaient parvenues par ce biais et que cela l’avait aidé à ne pas se décourager.
Les choses sont évidemment plus compliquées.
La libération d‘Ingrid Betancourt n’est pas, contrairement à ce qu’a déclaré Rama Yade ce matin sur RTL, un «miracle». La libération d’Ingrid Betancourt est d’abord celle d’un choix, celui de la fermeté et d’une stratégie, militaire, même si celle-ci a emprunté des chemins de traverse, l’infliltration et la ruse. Il faudrait donc oublier qu’en face de la voie de la fermeté prônée par le président colombien Uribe, il y avait celle de la négociation choisie par Nicolas Sarkozy qui avait, à cet effet, tenté de rentrer en contact avec les Farc via le Président Chavez. Ces deux options – la négociation ou la fermeté – n’ont pas été menées en parallèle. Elles représentaient des choix contradictoires. Ainsi, lorsque, en février dernier après la libération de quatre otages, Nicolas Sarkozy regroupe les dirigeants de plusieurs pays, (Vénézuela, Brésil, Equateur, Bolivie, Suisse) il s’oppose de fait à la politique du gouvernement colombien qui, lui, se soucie d’Ingrid Betancourt mais aussi des 3 000 autres otages détenus par les Farc. Et il fallait toute l’émotion qu’est capable de produire le système médiatique en ces occasions pour ne pas contester la Ministre des Droits de l’Homme lorsqu’elle affirmait, tout comme le Président, que toutes les voies avaient permis la libération de l’otage. Dans les discours de ce matin, l’efficacité est un gros mot, et la politique une insulte. Mieux vaut faire semblant de croire qu’Ingrid a été libérée par miracle. «Je rends grâce à Dieu et à l’armée», a déclaré hier soir Ingrid Betancourt. N’aurait-elle pas été mieux inspirée, à tout le moins, d’inverser la formule ?




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