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Marianne2

Il n'y a plus de godillots à l'UMP!

Philippe Bilger | Jeudi 5 Mars 2009 à 17:13 | Lu 9348 fois

Par Philippe Bilger, pour qui les récentes controverses au sein du parti de la majorité concernant l'homoparentalité ou la suppression du juge d'instruction montrent la capacité de ses membres à ne pas être bêtement partisans.



Il n'y a plus de godillots à l'UMP!
Le Premier ministre envisage de durcir les sanctions contre le racisme et l'antisémitisme (Le Figaro). Je crains fort que cette volonté à la fois politique et mécanique d'aggravation des peines, intimidation symbolique, n'ait aucune incidence sur le nombre d'interpellations et de poursuites dans ce domaine. L'efficacité de la répression est totalement indépendante de ces effets d'annonce. La cohérence de l'action est infiniment préférable à la menace de la parole. C'est comme un vase dont on élargirait sans cesse les dimensions mais qui demeurerait empli de peu d'eau. L'enflure du contenant mais la faiblesse du contenu.

François Fillon me renvoie naturellement à l'UMP qui ne ressemble plus du tout à ce parti de « godillots Â» dont on moquait l'inconditionnalité. Une controverse éclate entre deux ministres sur l'homoparentalité et sa reconnaissance. Immédiatement, Jean-François Copé souhaite que l'UMP en débatte, ce qui est une démarche à la fois intelligente et habile pour limiter la discussion et éviter que de manière erratique elle embrase les sujets environnants (Le Monde).

« Une ouverture et non une interdiction d'aller au-delà des vÅ“ux de Nicolas Sarkozy Â»
C'est encore plus vrai pour l'instruction. Il y a eu le discours du président de la République devant la Cour de cassation qui, je l'espère, sera perçu par la Commission Léger comme une ouverture et non comme une interdiction d'aller au-delà des vœux de Nicolas Sarkozy. Le rapport d'étape de cette structure de réflexion, qui devait être connu en février, a été retardé jusqu'à la mi-mars. C'est un bon signe, qui augure apparemment une prise en compte des difficultés techniques et procédurales suscitées par les propos du président. Les états généraux de la justice, dont l'inspiration est clairement hostile aux orientations gouvernementales et viendront au secours de la fonction de juge d'instruction, apporteront leur pierre à l'effervescence intellectuelle et judiciaire, qui manifeste qu'on est prêt à se battre pour une cause complexe voire aride. Il y a aussi l'invitation des magistrats instructeurs aux députés, pour que ceux-ci viennent constater la réalité du fonctionnement de leur cabinet et l'investissement majeur, dans cette polémique de fond, de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI).

Enfin et surtout, il y a ces 80 députés de l'UMP ayant déposé une « proposition de résolution demandant la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la réforme de l'instruction des affaires pénales Â» (Le Figaro) sous l'égide du député de la Gironde Jean-Paul Garraud, qui se mobilisent pour sauver le juge d'instruction, « pierre angulaire de notre système pénal Â» selon leur inspirateur.

J'apprécie beaucoup ce parlementaire, fils d'un maître de conférence qui m'avait beaucoup plu à Bordeaux lors de ma formation d'auditeur de justice. Le seul, à vrai dire, qui n'ait pas mis un éteignoir sur ma passion de la justice. Jean-Paul Garraud et ceux qui le suivent s'inscrivent, même s'ils s'en défendent, dans une démarche qui les sort de l'inconditionnalité bête et partisane et les constitue comme des opposants à la ligne « judiciaire Â» du président sur ce plan de l'instruction.

« Contraindre à une poursuite et à un approfondissement de la problématique en discussion Â»
Même si je suis en désaccord avec ces députés qui désirent le maintien du système inquisitoire, je ne peux qu'approuver cette résolution collective qui a pour finalité, clairement, de contraindre à une poursuite et à un approfondissement de la problématique en discussion. Abandonner l'inquisitoire, avec un juge d'instruction si parcimonieusement saisi, pour s'arrêter au milieu du gué - c'est le projet du président - sans aller jusqu'à la pureté de l'accusatoire me semble un pari risqué. On va délaisser une proie imparfaite pour une ombre peu fiable. Pourquoi ne pas prolonger l'analyse des interrogations et des solutions possibles pour faire du discours prononcé par le Président un espace ouvert et non une injonction pour cesser de penser ?

Je déteste, dans quelque parti que ce soit, les godillots, les obéissants par principe, les serviles par vocation. Merci à Jean-Paul Garraud, qui a déjà démontré qu'il n'avait pas peur de son ombre intellectuelle et politique, pour avoir, avec beaucoup de collègues, mis de la matière dans cette question de société, dans cet avenir de justice.

Pour que le feu ne s'éteigne pas.

Retrouvez le blog de Philippe Bilger




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