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Identité nationale: la bêtise de Besson sur le terrain

Vendredi 22 Janvier 2010 à 14:01 | Lu 24898 fois I 204 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Un ecclésiastique, un rabbin et un imam, c'est le débat sur l'identité nationale à Vézelay... Ça ausi, c'est un vrai dérapage.


On se frotte les yeux, mais la vidéo est bien là sur France3.
Le préfet de l'Yonne, un certain Pascal Lelarge, a jugé intelligent d'organiser, le 14 janvier dernier, un débat sur l'identité nationale avec les trois personnalités suivantes :  le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIJF), le président des imams de France et le recteur de la basilique de Vézelay. (Prestigieux point de départ du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, la ville fut au Moyen Âge une enclave puissante, l'abbaye jouissant de privilèges du pape, d'où Bernard de Claivaux lança la deuxième croisade. La ville est rattachée au XIVe siècle au domaine royal de France.)
J'avais cru, sans doute un peu naïvement, que la langue d'Eric Besson avait fourché lorsqu'il avait déclaré : «la France n'est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c'est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n'y a pas de Français de souche, il n'y a qu'une France de métissage. »

Un conglomérat de peuples, a dit le ministre, qui semble préférer la géographie à l'histoire. Et les discours de présidents américains à ceux qu'écrit Henri Guaino à son président ventriloque lorsqu'il lui demande de faire son métier et de prendre la plume. Lecteur de Marc Bloch, le conseiller spécial du Président sait bien, lui, que le peuple français existe et qu'il procède d'une volonté politique, non seulement de vivre ensemble, mais encore de le faire selon certaines valeurs.

Un conglomérat de peuples peut-il avoir un projet politique ? Non, il peut juste bâtir un compromis pour vivre ensemble. C'était exactement l'idée de Nicolas Sarkozy pendant la première phase de sa campagne, en 2005-2006 : le candidat voulait un copié-collé de l'Amérique. C'était avant qu'il ne décide de confier ses discours à Henri Guaino pour les républicaniser. En revenant au communautarisme, c'est-à-dire en passant de Guaino à Besson, le Président redevient le candidat de 2005-2006, celui qui voulait faire de la France un copié-collé de l'Amérique.

Mais à Vézelay, on est très au-delà du conglomérat de peuples, on est dans le compromis interreligieux. Et on se demande comme le journaliste Yvan Levaï, républicain réputé authentique, a pu se laisser piéger dans une telle soirée. Et on se demande comment un tel casting a été possible : la France ne rassemble pas que des chrétiens, des juifs et des musulmans. Elle est faite aussi de protestants, de bouddhistes, de franc-maçons, de fumeurs de pipe, de juifs qui détestent le CRIF et de catholiques en rupture de banc d'église, et des membres de la grande confrérie des juifs et musulmans amateurs de charcuterie. Sans compter les bouffeurs de "curés". Tant qu'à conglomérer, autant ne  pas oublier l'écrasante majorité des conglomérants...

Punition pour le ministre Besson : lire et apprendre par coeur l'étrange défaite de Marc Bloch. Et méditer cette phrase (reprise par Sarkozy dans un de ses discours) : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »








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