IVG : Marine Le Pen mal informée
Samedi 10 Mars 2012 à 05:00 | Lu 19879 fois I 103 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, notamment en charge des questions de santé En savoir plus sur cet auteur
La présidente du Front National a fustigé, jeudi, les « avortements de confort » et dénoncé les femmes qui recourent à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) comme à un moyen de contraception, s’appuyant sur des études médicales. Peut-être aurait-elle du mieux les lire avant de parler…
Pour Marine Le Pen, les choses sont claires : en France, un certain nombre de femmes utilisent l’interruption volontaire de grossesse (IVG) comme un moyen de contraception. Elle évoque même des chiffres qui le prouvent : « il y avait une femme sur dix, il y a 10 ans, il y en a deux sur dix aujourd’hui qui se servent de l’avortement comme d’un véritable moyen contraceptif », a affirmé la présidente du Front National sur France 2 jeudi matin.
Des données qu’elle tient, justifie-t-elle, de médecins. Mais qu’elle a surtout réarrangées à sa sauce, transformant une information issue d’un article du Figaro paru en 2009. Le docteur Grégoire Moutel y abordait la question des IVG à répétition, soulignant qu' « alors qu’une femme sur dix avait subi deux ou trois avortements il y a 10 ans, elles sont aujourd’hui deux sur dix ». On est bien loin des « avortements de confort » dénoncés par Marine Le Pen!
Entendre la candidate frontiste se référer à lui a fait bondir Grégoire Moutel, que Marianne a pu interroger. « J’ai été manipulé ! Je suis offusqué qu’un parti politique puisse utiliser partiellement des études scientifiques », confie le maître de conférence à l’université Paris-Descartes, effaré par l’utilisation que la frontiste fait de ses travaux. « Il y a quelques années, un groupe de chercheurs a montré qu’avec l’allongement des délais d’IVG de 10 à 12 semaines, quelques femmes, très rares, pouvaient être tentées de pratiquer une IVG en cas de malformation fœtale non grave et ne justifiant pas une interruption médicale de grossesse. En tant qu’enseignant en éthique médicale, je m’applique à décrire aux étudiants des situations limite, des cas rares pour les faire réfléchir, leur montrer les limites d’une loi. Certainement pas pour remettre en question le droit à l’IVG », poursuit le médecin qui se présente comme un défenseur de la cause des femmes.
« Il est vrai qu’il arrive que des femmes, constatant un handicap très modéré et compatible avec la vie chez leur futur enfant, puissent être tentées par le recours à l’IVG. Mais ce sont des situations très marginales, moins d’une à deux dizaines par an », précise Grégoire Moutel, récusant le terme « avortement de confort » que lui prête Marine Le Pen. « L’expression a été dite au cours d’une discussion suivant la publication de nos travaux, quelqu’un a demandé si on pouvait voir apparaître des avortements de confort. On sait que des femmes ont recours plusieurs fois à l’IVG, cela arrive. Mais en aucun cas l’IVG n’est un moyen de contraception », insiste Grégoire Moutel. « Le mot « confort » est tout à fait inadapté, ressortant de quelques publications anglo-saxonnes. L’IVG reste dans tous les cas une énorme souffrance pour la femme. »
Des données qu’elle tient, justifie-t-elle, de médecins. Mais qu’elle a surtout réarrangées à sa sauce, transformant une information issue d’un article du Figaro paru en 2009. Le docteur Grégoire Moutel y abordait la question des IVG à répétition, soulignant qu' « alors qu’une femme sur dix avait subi deux ou trois avortements il y a 10 ans, elles sont aujourd’hui deux sur dix ». On est bien loin des « avortements de confort » dénoncés par Marine Le Pen!
Entendre la candidate frontiste se référer à lui a fait bondir Grégoire Moutel, que Marianne a pu interroger. « J’ai été manipulé ! Je suis offusqué qu’un parti politique puisse utiliser partiellement des études scientifiques », confie le maître de conférence à l’université Paris-Descartes, effaré par l’utilisation que la frontiste fait de ses travaux. « Il y a quelques années, un groupe de chercheurs a montré qu’avec l’allongement des délais d’IVG de 10 à 12 semaines, quelques femmes, très rares, pouvaient être tentées de pratiquer une IVG en cas de malformation fœtale non grave et ne justifiant pas une interruption médicale de grossesse. En tant qu’enseignant en éthique médicale, je m’applique à décrire aux étudiants des situations limite, des cas rares pour les faire réfléchir, leur montrer les limites d’une loi. Certainement pas pour remettre en question le droit à l’IVG », poursuit le médecin qui se présente comme un défenseur de la cause des femmes.
« Il est vrai qu’il arrive que des femmes, constatant un handicap très modéré et compatible avec la vie chez leur futur enfant, puissent être tentées par le recours à l’IVG. Mais ce sont des situations très marginales, moins d’une à deux dizaines par an », précise Grégoire Moutel, récusant le terme « avortement de confort » que lui prête Marine Le Pen. « L’expression a été dite au cours d’une discussion suivant la publication de nos travaux, quelqu’un a demandé si on pouvait voir apparaître des avortements de confort. On sait que des femmes ont recours plusieurs fois à l’IVG, cela arrive. Mais en aucun cas l’IVG n’est un moyen de contraception », insiste Grégoire Moutel. « Le mot « confort » est tout à fait inadapté, ressortant de quelques publications anglo-saxonnes. L’IVG reste dans tous les cas une énorme souffrance pour la femme. »
Fragilisation des femmes en difficulté
Derrière la question du déremboursement de l'IVG se cache une attaque du droit à l'avortement, s'inquiète le médecin. « Un déremboursement fragiliserait des femmes déjà en difficulté social et financière », note-t-il.
« Les propos de Marine Le Pen sont ineptes et ne reposent sur rien. Jamais en 30 ans de carrière je n’ai rencontré de femmes disant qu’elles utilisaient l’IVG comme contraception », se scandalise Marie-Laure Brival, chef de service à la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), ancienne présidente de l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (Ancic). « Une femme qui avorte plusieurs fois, c’est une femme hyperfertile. Aucune contraception n’est parfaite. Depuis la loi de 1975, nous n’avons pas assisté à une explosion des IVG, le chiffre est resté stable alors que la population a augmenté. Le taux d’IVG a même baissé », souligne Marie-Laure Brival. De fait, selon les statistiques de l’Institut national des études démographiques, en 1976, le taux d’IVG était de 19,6 pour 1.000 femmes de 15 à 49 ans. Ce taux était de 14,9 en 2006 et 14,5 en 2009.
« Pour la très grande majorité des femmes, le recours à l’avortement est accidentel et unique », écrivait en 2009 le gynécologue-obstétricien Israël Nisand. « L’IVG en France n’est donc pas un moyen de contraception, même pour les femmes qui y ont recours plusieurs fois dans leur vie ». En France, moins de 5% des femmes sont sans couverture contraceptive.
« Les propos de Marine Le Pen sont ineptes et ne reposent sur rien. Jamais en 30 ans de carrière je n’ai rencontré de femmes disant qu’elles utilisaient l’IVG comme contraception », se scandalise Marie-Laure Brival, chef de service à la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), ancienne présidente de l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (Ancic). « Une femme qui avorte plusieurs fois, c’est une femme hyperfertile. Aucune contraception n’est parfaite. Depuis la loi de 1975, nous n’avons pas assisté à une explosion des IVG, le chiffre est resté stable alors que la population a augmenté. Le taux d’IVG a même baissé », souligne Marie-Laure Brival. De fait, selon les statistiques de l’Institut national des études démographiques, en 1976, le taux d’IVG était de 19,6 pour 1.000 femmes de 15 à 49 ans. Ce taux était de 14,9 en 2006 et 14,5 en 2009.
« Pour la très grande majorité des femmes, le recours à l’avortement est accidentel et unique », écrivait en 2009 le gynécologue-obstétricien Israël Nisand. « L’IVG en France n’est donc pas un moyen de contraception, même pour les femmes qui y ont recours plusieurs fois dans leur vie ». En France, moins de 5% des femmes sont sans couverture contraceptive.
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