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Hulot et Joly: de candidats «miracle» à bons petits soldats Verts

Vendredi 17 Juin 2011 à 12:01 | Lu 7685 fois I 0 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Les primaires d’Europe écologie devaient permettre de faire émerger le meilleur des candidats. Mais elles devaient aussi aider Eva Joly et Nicolas Hulot à s’aguerrir. A défaut d’en faire des meneurs de troupe, il en ressortira peut-être seulement un bon petit soldat…


(Photo: Marianne)
(Photo: Marianne)

«J’ai sous-estimé le fait qu’une candidature à la présidentielle n’est pas seulement une candidature de propositions, mais est aussi une candidature qui doit être très politique. Ça n’est pas un reproche, mais ni Eva ni Nicolas n’ont une histoire de militant politique. » La sentence, prononcée avant le congrès des écologistes à La Rochelle, est signée Daniel Cohn-Bendit. « Heureusement, confiait-il alors à Marianne, les primaires vont les aider à se construire un discours. C’est en mangeant que l’on apprend à digérer… »


La campagne des primaires d’Europe écologie – Les Verts (en particulier les trois débats qui l’ont ponctuée) aura eu un mérite : obliger ces deux nouveaux-nés en politique que sont Eva Joly et Nicolas Hulot à se durcir, leur apprendre à parer les attaques et à riposter. Même si, bien souvent, ils se sont acquittés de cette tâche en lisant laborieusement une fiche ou en déclamant des formules trop soigneusement ciselées et « marketées » pour être spontanées. Ce fut encore le cas, mercredi soir à Lille, lors de l’ultime débat les opposant. L’ex-magistrate a longuement reproché à l’ancien animateur télé de l’avoir accusée d’être une tenante de « l’écologie punitive »… quand ce dernier lui rétorquait que l’«écologie de combat», dont elle se réclame, « n’est pas l’écologie des coups bas ».


Voilà pour la forme. Mais sur le fond ? Ces primaires les ont-elles « aidés à se construire un discours » comme le prédisait Cohn-Bendit ? Cette courte campagne ne les aura en tout cas pas libérés, mais plutôt corsetés. Oubliant que le collège électoral s’est largement ouvert via les « coopérateurs » à 10 euros, les deux candidats ont cherché à séduire et surtout à rassurer les membres originels d’une formation politique dont ils ne sont pas issus. Ils ont tâché, tant bien que mal, de ne pas sortir du cadre des Verts alors même qu’on nous explique, depuis le début, que c’est une chance d’avoir deux membres issus de la fameuse « société civile », deux personnalités hors-normes qui sauront rompre avec les us et coutumes des responsables politiques traditionnels.


Eva Joly, dont l’engagement écologiste est régulièrement mis en doute, a cherché au cours de la campagne à apparaître « plus écolo que moi tu meurs ». L’écologiste identitaire et radicale parmi les quatre prétendants à la désignation, qu’on se le dise, c’est elle ! Jeudi dernier, lors du débat parisien, elle s’est par exemple ostensiblement inscrite dans la droite lignée de « l’écologie coup de poing de Greenpeace », de l’écologie des arracheurs de plans d’OGM... Un peu plus et Eva Joly quittait la table des débats pour enfiler une combinaison de plongée, sautait à bord d’un bateau pneumatique et, à la manière des activistes de Sea Shepherd, libérait un banc de thons rouges pris au piège dans les filets d’un chalutier clandestin !


Nicolas Hulot, lui aussi, sera vite rentré dans le rang. Avec un peu plus d’agilité et de maîtrise, mais tout de même. Après sa sortie malheureuse sur Borloo, il lui a fallu rassurer constamment sur son positionnement politique. Non, il n’est pas l’homme de droite que l’on croit. Non, grand dieu non, ses accointances passées ne font pas de lui un serviteur de l’ombre de Nicolas Sarkozy, du lobby pro nucléaire ni du Grand capital. On a ainsi pu entendre l’ancien baroudeur cathodique se lancer dans des discours aux accents quasi jaurésiens. Hulot ou « le candidat des sans voix, des sans papiers, des sans logements et des sans emplois » ! Hulot ou l’homme désormais capable de tirer une larme au cadavre d’Ernesto Guevara… Une « gauchisation » de son discours qui n’est pas sans rappeler celle à laquelle a dû se plier Eva Joly elle-même lors de ses premiers pas de candidate. Elle qui a hésité un temps à rejoindre Bayrou avait été poussée à se dire « anticapitaliste » pour être acceptée par l’appareil Verts. C’était il y a 10 mois seulement…

 

Finalement, ces primaires leur auront appris surtout une chose : à murmurer à l’oreille des militants écologistes les mots qu’ils voulaient entendre. Et ceux-là seulement. Reste maintenant à celui qui sera désigné à se montrer capable de parler aux Français. Tous les Français. Et plus seulement le cercle restreint des encartés écologistes. La tâche promet d’être délicate. Car le moindre écart avec le discours des Verts originels lui sera immédiatement reproché en interne. C’est à se demander pourquoi les écologistes sont allés chercher à l’extérieur ce qu’ils auraient pu trouver dans leurs rangs : un bon petit soldat…








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