« Hugo Cabret », Martin Scorsese dans la lune
Samedi 17 Décembre 2011 à 12:01 | Lu 6582 fois I 1 commentaire(s)
Danièle Heymann - Marianne
Flamboyante déclaration d'amour au cinéma et hommage appuyé à Méliès, le nouveau film du réalisateur des « Affranchis » est une merveille.
Un petit orphelin chapardeur dans une gare surdimensionnée, un Paris des années 30 en tous points réinventé, des rouages d'horloges géantes qui tournent et grincent en 3D, un automate déglingué auquel il manque une clé : au début, on est un peu bousculés. Comme si Charles Dickens rencontrait Jean-Pierre Jeunet. Mais il ne faut surtout pas se laisser décourager, Hugo Cabret, de Martin Scorsese, adapté du roman graphique de Brian Selznick, recèle d'innombrables merveilles et dispense en avalanche ses splendeurs visuelles et émotionnelles.
S'avançant masqué sous une virtuosité mirobolante, brisant peu à peu la fantaisie, l'imaginaire du conte, le film s'humanise de plus en plus, plongeant vers les profondeurs insoupçonnables d'une histoire vraie. Et devenant, dans une vertigineuse mise en abyme, non seulement l'histoire d'Hugo Cabret, mais celle du premier magicien de l'histoire du cinéma... et, finalement, celle de Martin Scorsese lui-même.
Donc voilà ce petit garçon tout seul (Asa Butterfield), au coeur agité de cette gare (imaginée par le décorateur de Fellini, le toujours grand Dante Ferretti). L'inspecteur bancal chargé de la sécurité (savoureux Sacha Baron Cohen, ex-Borat) le poursuit sans relâche. Il vit dans une soupente en la seule compagnie intrigante de cet androïde immobile qu'il tente inlassablement de ramener au mouvement, seul héritage de son père mort dans un incendie. Où voler les pièces utiles pour réparer cette ferraille chargée de mystère, si ce n'est chez le vieux marchand revêche (merveilleux Ben Kinsgley) qui tient une échoppe de jouets mécaniques dans la gare ?
Ça y est, le dispositif affectif est en place, on va peu à peu faire la connaissance d'un vénérable libraire perspicace (le légendaire Christopher Lee), et de la jeune Isabelle (Chloë Grace Moretz), filleule du marchand de jouets : elle l'appelle «papa Georges», il est affectueux, mais il lui interdit d'aller au cinéma, où Hugo l'entraîne, émerveillée... On va enfin découvrir l'identité cachée de papa Georges, c'est Georges Méliès, le prodigieux animateur de rêves, ruiné et amer.
S'avançant masqué sous une virtuosité mirobolante, brisant peu à peu la fantaisie, l'imaginaire du conte, le film s'humanise de plus en plus, plongeant vers les profondeurs insoupçonnables d'une histoire vraie. Et devenant, dans une vertigineuse mise en abyme, non seulement l'histoire d'Hugo Cabret, mais celle du premier magicien de l'histoire du cinéma... et, finalement, celle de Martin Scorsese lui-même.
Donc voilà ce petit garçon tout seul (Asa Butterfield), au coeur agité de cette gare (imaginée par le décorateur de Fellini, le toujours grand Dante Ferretti). L'inspecteur bancal chargé de la sécurité (savoureux Sacha Baron Cohen, ex-Borat) le poursuit sans relâche. Il vit dans une soupente en la seule compagnie intrigante de cet androïde immobile qu'il tente inlassablement de ramener au mouvement, seul héritage de son père mort dans un incendie. Où voler les pièces utiles pour réparer cette ferraille chargée de mystère, si ce n'est chez le vieux marchand revêche (merveilleux Ben Kinsgley) qui tient une échoppe de jouets mécaniques dans la gare ?
Ça y est, le dispositif affectif est en place, on va peu à peu faire la connaissance d'un vénérable libraire perspicace (le légendaire Christopher Lee), et de la jeune Isabelle (Chloë Grace Moretz), filleule du marchand de jouets : elle l'appelle «papa Georges», il est affectueux, mais il lui interdit d'aller au cinéma, où Hugo l'entraîne, émerveillée... On va enfin découvrir l'identité cachée de papa Georges, c'est Georges Méliès, le prodigieux animateur de rêves, ruiné et amer.
Magie du 7e art
Un fragment fervent de vérité historique fait alors irruption, l'amour du cinéma déferle de la plus belle façon qui soit, et Martin Scorsese, qui consacre une partie de son temps et de sa fortune à conserver, restaurer, collectionner des films du patrimoine, peut s'en donner à coeur joie. On voit Harold Lloyd pendu à sa pendule, un faux Jean Gabin conduire sa « bête humaine », la locomotive keatonienne du Mécano de la General, et la lune de Méliès qui sourit dans le ciel. Hugo, l'enfant solitaire et malin, Hugo le passionné d'images, le sauveur opiniâtre d'une époque évanouie, c'est bien, on l'avait deviné, l'alter ego parisien d'un certain petit Marty...
Ainsi le film participe-t-il amoureusement, fastueusement, à la célébration du 150e anniversaire de la naissance de Georges Méliès. La même semaine sort aussi le Voyage extraordinaire, remarquable documentaire de Serge Bromberg et Eric Lange, tous deux pieux archéologues du septième art. Avant d'en voir la copie ressuscitée, on assiste au long et épineux chemin qu'il a fallu parcourir pour redonner son lustre au délirant Voyage dans la Lune, de Méliès.
Au cours du documentaire, une photo d'archives soudain vous saute au coeur : Georges Méliès, vieilli, devant son petit magasin de jouets de la gare Montparnasse. On est de nouveau, à l'identique, dans le film de Martin Scorsese. Fidélité du souvenir, magie du cinéma.
Hugo Cabret, de Martin Scorsese. En salles le 14 décembre.
Ainsi le film participe-t-il amoureusement, fastueusement, à la célébration du 150e anniversaire de la naissance de Georges Méliès. La même semaine sort aussi le Voyage extraordinaire, remarquable documentaire de Serge Bromberg et Eric Lange, tous deux pieux archéologues du septième art. Avant d'en voir la copie ressuscitée, on assiste au long et épineux chemin qu'il a fallu parcourir pour redonner son lustre au délirant Voyage dans la Lune, de Méliès.
Au cours du documentaire, une photo d'archives soudain vous saute au coeur : Georges Méliès, vieilli, devant son petit magasin de jouets de la gare Montparnasse. On est de nouveau, à l'identique, dans le film de Martin Scorsese. Fidélité du souvenir, magie du cinéma.
Hugo Cabret, de Martin Scorsese. En salles le 14 décembre.
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