Marianne2 2012

Hongrie : mais qui est vraiment Viktor Orban ?

Mardi 22 Mars 2011 à 05:01 | Lu 5129 fois I 7 commentaire(s)

Propos recueillis par Christophe Ventura

Vu de France, on connait surtout le Premier ministre hongrois à travers sa loi contestée sur les médias, jugée comme « liberticide », depuis son adoption le 7 mars dernier. Mais comment expliquer la popularité dans son pays d'Orban, souvent perçu comme un leader autoritaire ? Christophe Ventura tâche d'en savoir plus, dans cet entretien avec Corentin Léotard, co-rédacteur en chef du site d’infos hu-lala.org(1).


Christophe Ventura (CV) : Viktor Orban est un personnage très controversé. En France et en Europe, son projet de modification de la loi sur les médias est jugé comme une atteinte à la liberté d'expression et à la démocratie. Le Parlement européen réclame la suspension de cette loi adoptée par le Parlement hongrois le 7 mars. Que dit ce texte et quels sont les objectifs réels du gouvernement ?

Corentin Léotard (CL) : Le point le plus contesté est la création d’un organe de surveillance des médias qui dispose de pouvoirs étendus et dont l’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique est mise en cause. Derrière l’apparente unité nationale actuelle autour du premier ministre Viktor Orban, l’électorat hongrois est volatil et l’insatisfaction et la défiance vis-à-vis de l’ensemble de la classe politique est très grande. Il s’agit donc pour le gouvernement, en entravant les voix divergentes, de prévenir l’effritement de sa popularité, dont on perçoit déjà les premiers signes, et qui apparaît inéluctable au vu des réformes douloureuses qu’il commence à mettre en place, à l’opposé de ses promesses électorales. Des journalistes estiment aussi que Viktor Orban prend une revanche personnelle sur une partie de la presse qui ne l’a pas épargné lors de son premier mandat de 1998-2002.
 
CV : Le gouvernement hongrois a mis en place une série des « taxes exceptionnelles » sur les banques et nombre d'entreprises des secteurs de la grande distribution, de l'énergie et des télécommunications pour faire face à la crise. De quoi s'agit-il exactement ?

CL : Il s’agit de trouver une manne financière importante en taxant des secteurs qui ont engrangé de gros bénéfices, avec pour objectif affiché de réduire la dette hongroise très élevée (80% du PIB). Et tout cela, sans se compromettre dans l’opinion publique, car les secteurs qui subissent ces « taxes temporaires de crise » sont dominés par des entreprises étrangères. C’est une forme de protectionnisme économique, applaudi par les Hongrois, mais qui est perçue à l’étranger comme discriminatoire. C’est à ce jour une mesure phare du gouvernement Orban, qu’il ne manque pas de rappeler en public. La droite hongroise estime d’ailleurs que ces décisions économiques sont les vraies raisons des critiques internationales liées à la loi sur les médias.
 
CV : Un projet de réforme de la Constitution est en cours. Le calendrier est désormais connu.  Faut-il attendre un changement de régime ?

CL : La version définitive n’est pas encore connue. Elle doit être approuvée par le Parlement le 18 avril. Ensuite, le texte sera signé par le président de la République Pal Schmitt le 25 avril avant d’entrer en vigueur le 1er janvier 2012. Mais déjà, plusieurs points apparaissent préoccupants et non-conformes à la législation européenne. Selon le projet présenté, les institutions seraient maintenues mais leurs missions et leurs pouvoirs seraient lourdement modifiés au profit des partis actuellement au pouvoir. La plus préoccupante de ces modifications concernerait la limitation des pouvoirs du Conseil constitutionnel qui perdrait beaucoup de ses prérogatives. Le texte prévoit aussi une réforme du système électoral, là encore à l’avantage du parti majoritaire. A l’instar de la Pologne, un préambule réaffirmant les valeurs catholiques-chrétiennes de la Hongrie, sans faire mention des non-croyants ni des autres religions, mettrait fin à la séparation symbolique et concrète de l’Eglise et de l'Etat. De manière incroyable, le projet propose aussi d’octroyer à chaque mère un vote supplémentaire après chacun de ses enfants !

CV : Comment expliquer la popularité d'un premier ministre hongrois très critiqué par les médias et les dirigeants européens ?

CL : Viktor Orban bénéficie encore d’un énorme crédit de popularité pour son rôle dans le changement de régime. Il était alors jeune, libéral, réformiste, et ne s’était jamais compromis avec le pouvoir communiste. Récemment il a profité à plein du rejet très fort des socialistes, après huit années au pouvoir durant lesquelles ils ont mené une politique économique et sociale très libérale. Il apparaît moins brutal que l’image qu’il donne de lui à l’étranger, mais au contraire rassurant, en se plaçant en protecteur d’une nation menacée. Son style autoritaire répond aussi à une demande du peuple hongrois pour un dirigeant « à poigne », dans la droite lignée des grands dirigeants de l’histoire hongroise (Miklós Horthy, János Kadar). Bien que les Hongrois aient peu d’illusions quant à la capacité d’un homme providentiel à leur assurer le bien-être matériel et social attendu depuis 20 ans.

(1) Hu-lala.org est un site d’informations quotidien en français basé à Budapest. Dédié au suivi et à l’analyse de l’actualité politique, sociale, économique, internationale et culturelle de la Hongrie, il a été créé en 2009 par trois journalistes français vivant dans le pays.








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