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Hongrie: l'UE réagit plus lorsqu'on touche à son portefeuille qu'à ses idéaux

Mercredi 5 Janvier 2011 à 15:01 | Lu 7204 fois I 33 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

A peine installée à la tête de l'Union Européenne, la Hongrie doit répondre aux critiques suite à ses nouvelles lois sur les médias et à l'entrée en vigueur d'un impôt de crise. Commission européenne, gouvernements, Manuel Barroso, tous ont dénoncé ces mesures. Mais Viktor Orban n'est pas décidé à se laisser dicter sa politique intérieure par Bruxelles.


Viktor Orban et José Manuel Barroso
Viktor Orban et José Manuel Barroso
Deux jours. Deux polémiques. Le style pro-européen adopté, dans un premier temps, par le premier ministre hongrois Viktor Orban n'aura pas fait illusion très longtemps face à la politique plutôt anti-européenne et protectionniste menée par Budapest depuis la victoire électorale du Fidesz, son parti, en avril dernier.

A peine intronisée le 1er janvier, à la présidence tournante de l’Union européenne, la Hongrie est la cible de toutes les critiques.
C’est que le pays de Viktor Orban a fait de son mieux pour capter l’attention, s’attirant en deux lois les foudres des milieux d’affaires et du monde des médias. Bel effort.  Entrée en vigueur le 1er janvier, une nouvelle loi hongroise prévoit des amendes pouvant aller jusqu'à 730.000 euros pour des chaînes de radio-télévision en cas « d'atteinte à l'intérêt public, l'ordre public et la morale », ou encore des « informations partiales ».

Autant de notions suffisamment floues pour étrangler financièrement au bon vouloir du Prince les médias déplaisants. Illustration de cette dérive avec « l'Ice-T gate » : l'autorité nationale a lancé une enquête contre la radio privée Tilos, accusée d'avoir passé un titre du rappeur Ice-T.   
La loi permet, également, à la nouvelle autorité des médias de contraindre les journalistes à révéler leurs sources sur les questions relevant de la sécurité nationale.
Ministre délégué aux affaires européennes, Laurent Wauquiez s’est refusé à faire la leçon à la Hongrie de « peur d’aller dans le mur », préférant se féliciter sur son compte twitter de la métamorphose du pays depuis son entrée dans l’Union européenne…

Au micro de France Inter, François Baroin  a estimé pour sa part que cette loi «était incompatible avec l'application d'une certaine idée de la liberté de la presse, validée par tous les traités européens ».
Toute en prudence, la Commission européenne a émis lundi des « doutes » sur la loi hongroise, notamment sur l'indépendance de l'autorité des médias, demandant à tout le moins des « clarifications » à Budapest.
Mélenchon a pour sa part jugé le cas « inouÏ » : « beaucoup de gens sont en train de découvrir que la carte de l'Europe est moins simple que celle qu'il s'imaginait. Je ne sais pas s'il y a un autre exemple dans le monde, dans les démocraties, on vient de décider qu'il y a une sorte de comité politique qui s'assure du contenu de ce qu'il y a dans la presse. Si nous avons le devoir de critiquer les médias et les journalistes, il ne peut être question d'inventer des organes de contrôle du contenu des médias ».

Taxe de crise: les investisseurs dénoncent une dérive fascisante

Etonnament, le président du Parti de Gauche ne s'appesantira pas sur le courrier de protestation adressé à Manuel Barroso par 13 grands groupes industriels européens, suite à la mise en place d'un « impôt de crise » temporaire par Viktor Orban visant les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la distribution, ainsi que le secteur financier. La commission européenne, elle, n'a pas tardé à réagir. Alors qu'elle demandait de vagues « clarifications » sur cette nouvelle autorité des médias, dès lundi, elle ouvrait une enquête sur la taxe de crise. Un temps de réaction qui en dit long sur le sens des priorités de Bruxelles et donne raison à Mélenchon lorsqu'il s'indigne du fait « qu'à part le fric et la liberté de la concurrence, rien n'intéresse l'Union européenne ». Des propos qui auraient largement mérité d'être étayés en s'appuyant sur le cas hongrois.
 
Ces taxes exceptionnelles, qui doivent expirer en 2013 devraient rapporter 161 milliards de forints (1,3 milliard d’euros) sur trois ans. «Jusqu’à ce que nous sortions du tunnel, il nous semble tout à fait normal que les contributeurs les plus solides de notre économie aident ceux qui sont en difficulté», avait déclaré le premier ministre hongrois, Viktor Orban, en présentant son projet aux députés.

Certes, il n'empêche que cette  «taxe de crise»  qui viendrait frapper en priorité les investisseurs étrangers n'a pas eu l'heur de plaire aux multinationales implantées en Hongrie. Treize grands groupes industriels (AXA, Allianz, Deutsche Telkom etc.) européens ont appelé la Commission européenne à prendre des sanctions envers le pays. Révélée par le quotidien allemand Die Welt sur son site internet, les industriels ont adressé une lettre de cinq pages  le 15 décembre dernier au président de la Commission européenne, Manuel Barroso, dénonçant ces mesures jugées « anti-compétitives » et menaçant de réduire leurs actifs en Hongrie.

Pas suffisant pour impressionner Viktor Orban. Le tout puissant premier ministre Hongrois n'est pas décidé à se laisser dicter sa politique nationale par Bruxelles : « Nous n'allons pas avoir peur de quelques critiques, ou de nombreuses critiques venant de l'Europe de l'Ouest ou de plus loin encore ».
Félicité, en novembre, par le président de la commission pour sa préparation de la présidence hongroise, en 48 heures, Orban a jeté un froid polaire en affichant son vrai visage très peu euro-compatible.

Orban est désormais décrit comme autoritaire, portraituré en « Chavez européen », porteur d'une dérive jugée fascisante incarnée par la pression qui pèse sur les investisseurs étrangers et les menaces de  nationalisations massives régulièrement agitées par les autorités, qui repoussent d'autant les espoirs d'une libéralisation du marché hongrois.
Les échanges Barroso-Orban seront, à coup sûr, plus tendus lors de leur prochaine rencontre prévue pour ce vendredi.








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