L’UMP est hostile à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et à la reconnaissance de l’homoparentalité. La segmentation de l’électorat, qui a guidé la campagne de son candidat, l’a conduit à parler de l’homosexualité sur un ton compassionnel. Un discours nourri de deux propositions imprécises : l’union civile pour les couples de même sexe, et le statut des beaux-parents. Curieuses promesses : l’union civile existe, c’est le PACS ; le statut des beaux-parents existe, c’est la délégation d’autorité parentale. S’agit-il de réformer ces institutions ? Dans quelle direction ? Les réponses tardent. Et elles ne suivent pas le calendrier annoncé. S’il devait s’agir d’élaborer un statut spécifique aux couples homosexuels ou aux familles homoparentales, nous le dénoncerions. Cela serait donner une réponse spécifique à une demande qui ne veut pas l’être. Cela serait établir de nouvelles frontières pour isoler des communautés. Cela serait aggraver le glissement de notre société vers des terrains éloignés de la République.
Observons l’attitude de la droite depuis 2002 : en matière d’égalité des droits, elle ne cède qu’à reculons, et masquée. La pénalisation des propos homophobes s’est glissée en 2004 dans la transposition de la directive conduisant à créer la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Des améliorations du PACS se sont glissées dans la loi de finances pour 2005 (réduction des délais fiscaux) et dans la loi « en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat » (égalité en matière de succession pour le conjoint survivant)... La droite a-t-elle peur d’elle-même ou peur d’ouvrir la voie à d’autres concessions ?
La vertu éducative de la loi a ici autant d’importance que sa fonction strictement juridique. En modifiant la situation de droit des LGBT par petites touches discrètes, on ne transformera pas leur situation de fait. C’est en ayant le courage de montrer aux Français que la République protège tout le monde avec les mêmes institutions que l’on disqualifiera les discriminations et les violences qui pèsent sur les LGBT. En Espagne, ce courage, Zapatero l’a eu. La loi a donné de l’élan à un mouvement de l’opinion espagnole qui n’attendait, pour changer, qu’un acte politique fort.
Dans l’opposition et à la tête des collectivités qu’elle dirige, la gauche a la responsabilité de porter haut le combat pour l’égalité. C’est un sujet politique. Il met en cause les liens entre notre projet de société et nos libertés individuelles. Il appelle des réponses de gauche, puisqu’il révèle des injustices et des violences que la société fait peser sur les plus vulnérables. Les inégalités face à l’emploi, au logement, à l’éducation, à la santé sont encore plus dures lorsqu’elles s’ajoutent aux difficultés rencontrées par les LGBT.
La République qui agit a une valeur d’exemple. Devant le renoncement de la droite, la gauche doit agir et assumer son rôle. Les collectivités dont elle a la responsabilité doivent, en s’appuyant sur les associations, les lieux de mémoire, les célébrations, montrer que la République ne fait pas de différence.