Hollande : insécurité, échecs et faiblesses du sarkozysme
Vendredi 12 Août 2011 à 16:01 | Lu 10069 fois I 0 commentaire(s)
François Hollande - Carte blanche
L’échec économique et social de Nicolas Sarkozy est évident. Mais, un an après le discours de Grenoble, François Hollande souhaite souligner le deuxième grand échec de ce quinquennat : celui de la lutte contre l’insécurité.
(Capture écran: blog de François Hollande)
En prenant la parole le 30 juillet 2010 à Grenoble, Nicolas Sarkozy a commis trois fautes majeures, qui ont choqué de nombreux Français.
La première consista à enfreindre délibérément l’article 1 de la Constitution : « La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Nicolas Sarkozy voulait instaurer une différenciation pénale entre Français, selon leur « ancienneté » nationale : pour un même crime, des condamnations différentes, avec une déchéance de nationalité au détriment des « personnes d’origine étrangère ». L’égalité devant la loi, principe fondateur de notre République, était ainsi bafouée par la plus haute autorité de l’Etat.
La deuxième faute découlait de la première. « Nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration. » Nicolas Sarkozy ne disait pas « des », mais « un » échec de l’intégration. C’est-à-dire un échec global, qui concernait l’ensemble des Français issus de l’immigration. Du « débat » sur l’identité nationale au discours de Grenoble et jusqu’à la déclaration récente de François Fillon sur Eva Joly, ce pouvoir aura entretenu avec entêtement une présomption de mauvaise citoyenneté sur des millions de Français. Il aura soufflé sur les braises du grand malaise identitaire qui traverse notre pays, comme il traverse d’autres pays européens avec la mondialisation. Plutôt que de s’appuyer sur notre tradition républicaine d’égalité et de laïcité, pour essayer de le surmonter, Nicolas Sarkozy aura fait le choix de se servir de ce malaise et, donc, de le renforcer.
Troisième faute majeure : désigner une catégorie d’hommes, de femmes et d’enfants, les Roms, à la vindicte populaire. Le chef de l’Etat voulait, à Grenoble, « mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms ». « Dans trois mois, la moitié de ces installations sauvages aura disparu du territoire. » « Sauvages », quel mot choisi, quand il aurait fallu dire illégales… Et quand il aurait fallu inscrire l’action de l’Etat dans le cadre d’une coordination européenne, sans laquelle elle ne peut aboutir. Le discours de Grenoble a ouvert la voie à la stigmatisation des Roms, comme en témoignera cette honteuse circulaire du ministère de l’Intérieur, corrigée en catastrophe, après une crise européenne qui vit l’affrontement public entre la Commission européenne et le président de la République.
Un an après Grenoble, que s’est-il passé ? Rien. L’extension de la déchéance de la nationalité n’a pas été votée, c’est une partie de la majorité actuelle qui l’a empêchée, après mobilisation de la gauche parlementaire ! Médecins du monde vient de constater une stabilité des campements illégaux, dans une plus grande précarité encore. Plus généralement, la mainmise des trafiquants de drogue sur certains quartiers n’a en rien reculé, elle a même augmenté. En fait, le discours de Grenoble signe l’échec global de dix ans de discours sarkozystes contre l’insécurité. La surenchère verbale visait à dissimuler la faiblesse de l’action, comme celle des résultats.
A Grenoble, le président de la République brandissait les chiffres d’une augmentation du taux d’élucidation des infractions. Dans un rapport qui vient d’être rendu public, la Cour des comptes révèle l’existence de directives reçues par les services de police et de gendarmerie pour refuser de prendre certains types de plaintes ou pour ne les enregistrer qu’en main courante, c’est-à-dire hors statistiques officielles. La réalité ? Depuis que Nicolas Sarkozy est chargé de la sécurité des Français, les violences contre les personnes ont augmenté de 19 %. Elles se sont encore accrues depuis un an.
Le 30 juillet dernier, -Nicolas Sarkozy promettait « des policiers et des moyens supplémentaires ». Sans évoquer la baisse des dépenses de fonctionnement et les coupes dans les dépenses d’investissement, ce sont plus de 10 000 postes de policiers et de gendarmes qui auront été supprimés entre 2008 et 2012, soit la quasi-totalité des emplois créés par la loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure entre 2003 et 2007. Nicolas Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur…
Pour obtenir de vrais résultats dans la lutte contre l’insécurité, il faut refuser l’agitation médiatique, le populisme judiciaire et la frénésie législative incohérente et sans moyens pratiqués depuis neuf ans. Il faut conduire une politique de responsabilité, inscrite dans le long terme. C’est mon engagement pour 2012.
Et d’abord agir au plus près du terrain et des besoins des citoyens. Une véritable police des territoires, responsabilisée, avertie et insérée dans le tissu local doit être mise en place, en rupture avec la logique actuelle d’une police de contrôle et de chiffre. Seule une police menant des actions ciblées, recevant l’assentiment des populations concernées, et ainsi leur aide déterminante, permettra une répression efficace.
Ensuite, garantir l’ordre républicain sur l’ensemble du territoire national. La carte de la sécurité doit être réformée pour permettre un maillage des forces de sécurité en lien avec les réalités du pays. Un plan pour les « territoires prioritaires de justice et de sécurité » doit être élaboré, afin de manifester l’engagement de l’Etat à restaurer l’ordre et l’égalité républicaine dans les départements connaissant les plus importants problèmes de délinquance organisée et de voie publique. Les zones rurales désertifiées qui ont été sacrifiées par la RGPP (révision générale des politiques publiques) et la réforme de la carte judiciaire devront également se voir proposer de claires perspectives de maintien de l’autorité de l’Etat et de promotion de l’égalité territoriale.
Enfin, je suis persuadé qu’il faut avoir le courage et les moyens d’écarter les mineurs délinquants de leurs quartiers tout en leur assurant un suivi qui leur permette de se réinsérer. Pour cela, il faut multiplier les centres d’éducation renforcée. Ces mineurs, souvent multirécidivistes, sont une part de notre jeunesse. Et, une fois encore, l’enjeu, c’est la jeunesse. Je refuse que tout jeune de 16 à 18 ans soit livré à lui-même. Il doit être en formation, en apprentissage, en insertion ou dans l’activité.
La présidence que je veux, celle qui permettra une lutte effective contre l’insécurité, s’appuiera sur les principes et les institutions républicaines pour mener une action déterminée. Sans paroles blessantes pour des Français. Sans stigmatisation d’étrangers. Sans ternir l’image de la France.
La première consista à enfreindre délibérément l’article 1 de la Constitution : « La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Nicolas Sarkozy voulait instaurer une différenciation pénale entre Français, selon leur « ancienneté » nationale : pour un même crime, des condamnations différentes, avec une déchéance de nationalité au détriment des « personnes d’origine étrangère ». L’égalité devant la loi, principe fondateur de notre République, était ainsi bafouée par la plus haute autorité de l’Etat.
La deuxième faute découlait de la première. « Nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration. » Nicolas Sarkozy ne disait pas « des », mais « un » échec de l’intégration. C’est-à-dire un échec global, qui concernait l’ensemble des Français issus de l’immigration. Du « débat » sur l’identité nationale au discours de Grenoble et jusqu’à la déclaration récente de François Fillon sur Eva Joly, ce pouvoir aura entretenu avec entêtement une présomption de mauvaise citoyenneté sur des millions de Français. Il aura soufflé sur les braises du grand malaise identitaire qui traverse notre pays, comme il traverse d’autres pays européens avec la mondialisation. Plutôt que de s’appuyer sur notre tradition républicaine d’égalité et de laïcité, pour essayer de le surmonter, Nicolas Sarkozy aura fait le choix de se servir de ce malaise et, donc, de le renforcer.
Troisième faute majeure : désigner une catégorie d’hommes, de femmes et d’enfants, les Roms, à la vindicte populaire. Le chef de l’Etat voulait, à Grenoble, « mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms ». « Dans trois mois, la moitié de ces installations sauvages aura disparu du territoire. » « Sauvages », quel mot choisi, quand il aurait fallu dire illégales… Et quand il aurait fallu inscrire l’action de l’Etat dans le cadre d’une coordination européenne, sans laquelle elle ne peut aboutir. Le discours de Grenoble a ouvert la voie à la stigmatisation des Roms, comme en témoignera cette honteuse circulaire du ministère de l’Intérieur, corrigée en catastrophe, après une crise européenne qui vit l’affrontement public entre la Commission européenne et le président de la République.
Un an après Grenoble, que s’est-il passé ? Rien. L’extension de la déchéance de la nationalité n’a pas été votée, c’est une partie de la majorité actuelle qui l’a empêchée, après mobilisation de la gauche parlementaire ! Médecins du monde vient de constater une stabilité des campements illégaux, dans une plus grande précarité encore. Plus généralement, la mainmise des trafiquants de drogue sur certains quartiers n’a en rien reculé, elle a même augmenté. En fait, le discours de Grenoble signe l’échec global de dix ans de discours sarkozystes contre l’insécurité. La surenchère verbale visait à dissimuler la faiblesse de l’action, comme celle des résultats.
A Grenoble, le président de la République brandissait les chiffres d’une augmentation du taux d’élucidation des infractions. Dans un rapport qui vient d’être rendu public, la Cour des comptes révèle l’existence de directives reçues par les services de police et de gendarmerie pour refuser de prendre certains types de plaintes ou pour ne les enregistrer qu’en main courante, c’est-à-dire hors statistiques officielles. La réalité ? Depuis que Nicolas Sarkozy est chargé de la sécurité des Français, les violences contre les personnes ont augmenté de 19 %. Elles se sont encore accrues depuis un an.
Le 30 juillet dernier, -Nicolas Sarkozy promettait « des policiers et des moyens supplémentaires ». Sans évoquer la baisse des dépenses de fonctionnement et les coupes dans les dépenses d’investissement, ce sont plus de 10 000 postes de policiers et de gendarmes qui auront été supprimés entre 2008 et 2012, soit la quasi-totalité des emplois créés par la loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure entre 2003 et 2007. Nicolas Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur…
Pour obtenir de vrais résultats dans la lutte contre l’insécurité, il faut refuser l’agitation médiatique, le populisme judiciaire et la frénésie législative incohérente et sans moyens pratiqués depuis neuf ans. Il faut conduire une politique de responsabilité, inscrite dans le long terme. C’est mon engagement pour 2012.
Et d’abord agir au plus près du terrain et des besoins des citoyens. Une véritable police des territoires, responsabilisée, avertie et insérée dans le tissu local doit être mise en place, en rupture avec la logique actuelle d’une police de contrôle et de chiffre. Seule une police menant des actions ciblées, recevant l’assentiment des populations concernées, et ainsi leur aide déterminante, permettra une répression efficace.
Ensuite, garantir l’ordre républicain sur l’ensemble du territoire national. La carte de la sécurité doit être réformée pour permettre un maillage des forces de sécurité en lien avec les réalités du pays. Un plan pour les « territoires prioritaires de justice et de sécurité » doit être élaboré, afin de manifester l’engagement de l’Etat à restaurer l’ordre et l’égalité républicaine dans les départements connaissant les plus importants problèmes de délinquance organisée et de voie publique. Les zones rurales désertifiées qui ont été sacrifiées par la RGPP (révision générale des politiques publiques) et la réforme de la carte judiciaire devront également se voir proposer de claires perspectives de maintien de l’autorité de l’Etat et de promotion de l’égalité territoriale.
Enfin, je suis persuadé qu’il faut avoir le courage et les moyens d’écarter les mineurs délinquants de leurs quartiers tout en leur assurant un suivi qui leur permette de se réinsérer. Pour cela, il faut multiplier les centres d’éducation renforcée. Ces mineurs, souvent multirécidivistes, sont une part de notre jeunesse. Et, une fois encore, l’enjeu, c’est la jeunesse. Je refuse que tout jeune de 16 à 18 ans soit livré à lui-même. Il doit être en formation, en apprentissage, en insertion ou dans l’activité.
La présidence que je veux, celle qui permettra une lutte effective contre l’insécurité, s’appuiera sur les principes et les institutions républicaines pour mener une action déterminée. Sans paroles blessantes pour des Français. Sans stigmatisation d’étrangers. Sans ternir l’image de la France.
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