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Histoire-géo: même contre son camp, Chatel ne se dégonfle pas

Vendredi 11 Décembre 2009 à 07:01 | Lu 6539 fois I 51 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Luc Chatel a défendu, hier, la réforme du lycée à laquelle il n’a rien voulu retirer. Pas même la très controversée mesure de suppression de l’histoire-géographie en terminale scientifique. Pourtant, dans son camp, cette idée n’emballe pas tout le monde. Même le JDD, peu connu pour son effronterie à l’égard de la majorité, s’est positionné contre.


«Parce qu’elle le vaut bien», sa réforme du lycée, Luc Chatel a décidé de ne pas reculer. Ni même de l’amputer de cette détestable idée de supprimer l’histoire-géographie en terminale scientifique. Hier, le ministre de l’Education l’a défendue bec et ongle, dans son intégralité, devant le Conseil supérieur de l’éducation (une instance purement consultative), arguant que cette réforme était « réfléchie et pragmatique », qu’elle ne relevait en rien d’un « choix idéologique ».

« Idéologique », la suppression de l’histoire en classe de terminale S l’est pourtant. On voit poindre derrière cette mesure, comme derrière la plupart des réformes initiées par Nicolas Sarkozy, la volonté de « produire une société plus en adéquation aux normes du marché » pour reprendre l’expression d’Alain Caillé, fondateur du Mauss. Bref, une vision purement utilitariste de l’enseignement. Il n’empêche. La suppression des heures d’histoire-géo en terminale S (qui ne sont que partiellement compensées en classe de première contrairement à ce que laisse entendre le ministre de l’Education) a fait sauter les traditionnels clivages politiques.

Le JDD veut «sauver l'histoire»! C'est dire!

Edition du JDD du 6 décembre
Edition du JDD du 6 décembre

Alain Juppé, par exemple, est de ceux qui auraient aimé que Luc Chatel revoit sa copie. Henri Guaino, lui aussi, semblait être opposé à cette mesure. Il a proposé d’ouvrir la discussion sur ce point de la réforme, avant de se raviser. Le principe de solidarité aurait finalement pris le dessus. Plus étonnant encore : le cas du Journal du Dimanche.


Le week-end dernier, dans ses colonnes est paru un appel rédigé par Serge Bernstein. Un appel appelant à « annuler cette décision » et contresigné par des historiens, des intellectuels et des responsables politiques parmi lesquels les UMP Christian Vanneste et Hervé Gaymard. Hier, l’agence AEF, une agence de presse spécialisée notamment dans l'enseignement et l'emploi, révélait que cette pétition était…. une pure initiative du JDD ! Ce que confirme Alexandre Duyck, journaliste au service « société », contacté par Marianne, et qui s’est chargé de récolter les signatures : « L’initiative est partie d’ici. Nous avons décidé de cette pétition en réunion de service. Nous avons cherché un historien qui pouvait la rédiger. Serge Berstein s’en est chargé. Nous avons contacté des historiens et l’avons ensuite ouverte à d’autres universitaires. » En clair, il s’agit d’un vrai positionnement de la part du JDD pourtant peu connu pour son esprit frondeur à l’égard du Président.

 

Des défenseurs de la réforme, il y en a aussi. Ils se comptent presque sur les doigts d’une main. Luc Ferry en est. L’opposition à la suppression de l’histoire-géo, l’ancien ministre de l’Education l’analyse de façon caricaturale : « C’est juste parce que c'est la classe des bobos, parce que c'est la terminale S qu'on se mobilise », a-t-il déclaré, hier matin, sur RTL. Et d’ajouter : « En plus, on ne défend pas les humanités en faisant ça parce qu'il faudrait demander aux pétitionnaires s'ils veulent à tout prix qu'on ferme la classe littéraire » ! Qu’« on ferme la classe littéraire » ? « Pour que la filière littéraire soit revalorisée, explique très « intelligemment » Luc Ferry, il ne faut pas qu'elle soit simplement la filière scientifique moins les sciences parce que les sciences, c'est trop difficile pour les littéraires. Il faut faire une vraie filière littéraire, une vraie filière économique et sociale et une vraie filière scientifique. »


Cet argument subtil du « déshabiller la filière S pour rhabiller la filière L », Richard Descoings l’a aussi fait sien : le VRP de la réforme du lycée considère que l’« avantage de l'évolution proposée par le ministère est de redonner de l'attractivité à la série littéraire qui est en perdition (10 % des bacheliers seulement !) ». « À trop vouloir défendre l'histoire-géographie en terminale scientifique, fait même mine de s’interroger le patron de Sciences-po dans une tribune au Mondene risque-t-on pas de porter un coup fatal à la série littéraire ? » Argument douteux qui appelle une autre question : à trop vouloir jouer contre leur propre camp, Sarkozy et ses ministres ne jouent-ils pas avec le feu ? 









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