Histoire-géo: Luc Chatel doit revoir sa copie
Alors que le projet de réforme des lycées doit être entériné jeudi par le Conseil supérieur de l'Education, Luc Chatel tente de se montrer rassurant. Mais l’idée de supprimer l’histoire-géographie en terminale scientifique relève d’une logique qui n’a strictement rien de rassurant…
«On ne supprime pas le programme d'histoire-géo en terminale scientifique, ce programme sera vu en première. En première, les lycéens de la filière S vont voir leur horaire d'histoire-géo passer de 2h30 à 4 heures ». Ce week-end, Luc Chatel l’a joué « Dormez-tranquille-braves-il-n-y-a-pas-lieu-de-s-inquiéter ». Et pourtant la suppression de l’enseignement de l'histoire-géographie en terminale S passe mal, y compris dans la majorité. Une pétition signée par des historiens de renom a même été publiée dans le JDD.
Outre le fait que cette réforme intervient de façon incongrue au moment où le pays débat (qu’il le veuille ou non) de son « identité nationale », la compensation annoncée par Luc Chatel est, comme le note Jean-Paul Brighelli, une parfaite imposture. D’après lui, « sur la base de trois années de lycée, un élève de section S aura perdu 54 heures d’histoire-géo ».
Au-delà de ce tour de passe-passe du ministre de l'Education, cette réforme mérite d’être mise en perspective. Car elle relève de la même logique que la plupart des réformes engagées par Nicolas Sarkozy depuis son entrée à l’Elysée. Dans une interview accordée il y a quelques mois à Marianne2, le sociologue Alain Caillé, tentait de définir le trait commun aux réformes de l’université, de l’hôpital et de la justice. Même si l’action du chef de l'Etat apparaît souvent comme brouillonne, le fondateur du Mouvement Anti-utilitariste dans les sciences sociales parvenait à discerner une seule et même logique : « L’objectif, c’est (…) de produire une société plus en adéquation aux normes du marché puisque le critère fondamental est l’efficacité et, en dernière instance, l’efficacité marchande. »
La suppression de l’enseignement de l’histoire-géographie en terminale scientifique s’inscrit dans le même cadre. Pourquoi encombrer l’esprit de ces élèves qui ont choisi la filière reine avec de menus savoirs comme l’histoire et la géographie ? Pourquoi ceux qui auront accès par le futur aux meilleurs formations et donc aux postes clés perdraient leur temps à se pencher sur le monde qui les entoure ? Eux, le rôle, c’est d’aller de l’avant. Eux, leur rôle, c’est de ne surtout pas acquérir les connaissances qui leur permettront de faire preuve de sens critique.
En somme, comme l’écrivait en 1999 le philosophe pourfendeur des pédagogistes et diffuseur de la pensée politique de George Orwell, Jean-Claude Michéa, « les présents progrès de l’ignorance, loin d’être l’effet d’un dysfonctionnement regrettable de notre société, sont devenus au contraire une condition nécessaire de sa propre expansion. » La suppression de l'histoire-géo n'est en réalité qu'une tentative de plus pour adapter l'enseignement français aux exigences du classement de Shangaï.
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|


Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter