Heureux comme un lobbyiste à Bruxelles
Faute de réglementation européenne, Bruxelles est devenue le paradis du lobbying, principalement au service de grandes multinationales. Analyse et propositions par des membres du comité de pilotage de la campagne Alter-EU (Alliance pour une réglementation de transparence et d’éthique en matière de lobbying.
Il y a plus de mille lobbies à Bruxelles, des centaines d’entreprises de relations publiques et de cabinets d’avocats, des douzaines de think-tanks ainsi que les « bureaux des affaires européennes » de plusieurs centaines d’entreprises. La grande majorité des 15.000 professionnels du lobbying qui travaillent à Bruxelles représentent les intérêts de grandes firmes multinationales. Bien qu’ils soient de mieux en mieux représentés, la société civile et les groupes écologistes ne font pas le poids face à l’étendue des moyens financiers et organisationnels déployés par l’industrie. A titre de comparaison, la fédération européenne de l’industrie chimique (CEFIC) emploie à elle seule plus de lobbyistes que toutes les organisations de défense de l’environnement réunies. La complexité des procédures de prise de décision, le fait que les décideurs n’aient pas toujours de comptes à rendre et le manque de véritable débat public européen leur facilite d’autant plus le travail.
La Commission européenne, qui détient le pouvoir exclusif de proposer et de développer les nouvelles législations européennes, est une des cibles privilégiées des lobbyistes, tout comme le Conseil des ministres. L’intérêt de ceux-ci pour le Parlement européen s’est cependant accru ces dernières années à mesure de sa montée en puissance. Autrefois considéré comme l’institution faible de l’Union Européenne, le Parlement peut désormais approuver, bloquer ou modifier les propositions de la Commission dans de nombreux domaines. Par ailleurs, il est passé de 142 membres originaires de 6 pays en 1957 à 732 membres représentant 25 pays en 2004. Les élections du 7 juin prochain vont le faire passer à 785 membres de 27 pays. Autant de proies possibles pour des lobbyistes à l’appétit aiguisé.
Les lobbyistes en terrain conquis
Loin de remplir une mission de service public et de défendre l’intérêt général, le lobbyiste sert des intérêts privés. Il fournit des informations en quantité, pouvant aller jusqu’à la rédaction d’amendements. Le lobbyiste contribue donc à façonner la législation européenne dans un sens favorables aux intérêts des grandes entreprises qui le rémunèrent. Cet affaiblissement de la démocratie européenne prend plusieurs formes. Il s’agit de repousser, affaiblir ou même parfois bloquer des progrès nécessaires en termes de réformes sociales, environnementales et de protection des consommateurs.
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