Heuliez: une tentative de sauvetage très politique
L'équipementier Heuliez, au bord du gouffre financier, s'est retrouvé plongé au coeur d'une bataille politique. Parmi les protagonistes : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
« On ne communique pas, sinon ça va partir dans tous les sens… » L’entourage du secrétaire d’Etat à l’Industrie, Luc Chatel, ne veut surtout pas évoquer l’affaire Heuliez. Attention danger : dossier sensible. Sensible car très politique…
Heuliez, c’est cet équipementier automobile basé à Cerizay dans les Deux-Sèvres dont les 1 000 employés craignent d’être laissés sur le carreau pour cause de graves difficultés financières. En période de crise, noyés au milieu du flot de fermetures d’entreprises, les déboires de cette société auraient très bien pu passer inaperçus. Sauf que l'entreprise est un des plus gros employeurs du secteur industriel en région Poitou-Charentes. Une bonne raison pour que sa présidente, Ségolène Royal, décide de s’emparer de l’affaire. Et quand l’ex-candidate à l’élection présidentielle prend en main un dossier, ça fait du bruit. Beaucoup de bruit même.
D'après l'élue socialiste, si Heuliez est à deux doigts de disparaître, c’est la faute au Fonds stratégique d’investissement (FSI), cet organisme lancé en décembre dernier par le gouvernement pour soutenir les entreprises dites « stratégiques » mises à mal par la crise. Pour elle, c'est un tort que le FSI se détourne d'Heuliez. Elle considère avoir à faire à une société innovante grâce notamment à son projet de voiture électrique, la Friendly. Elle n’a pas cessé de le répéter (voir la vidéo ci-dessus) jeudi face à Jean-Pierre Elkabbach, qui, paraissait très au fait de ce dossier, lui qui ne passe pas pourtant pour un passionné de politique industrielle.
Déjà lundi dernier, elle attaquait très fort : « J'espère que le refus [du FSI de soutenir l'entreprise] n'est pas le résultat d'une pression exercée par un groupe concurrent », faisant référence dans la foulée à Bolloré qui, comme Heuliez, développe un véhicule électrique (le groupe Bolloré a, depuis, formellement démenti, ndlr). Le lendemain, Nicolas Sarkozy en personne, lors de son discours à Saint-Quentin, évoquait l’entreprise de Cerizay : « J’ai demandé que le FSI soit prêt à investir 10 millions d’euros dans Heuliez (sur les 45 millions nécessaires, ndlr) pour peu qu’il y ait un projet industriel, pour peu qu’on trouve des partenaires et pour peu que le propriétaire soit prêt à mettre de l’argent de sa poche » (aux alentours de 13’10’’ sur la vidéo ci-dessous). Preuve que, quelle que soit la pertinence de l'analyse (en réalité, il semble bien que la Friendly ne soit pas le coeur d'activité d'Heuliez), le Président a été touché dans l'une de ses fragilités principales : l'accusation de conflit d'intérêt. Il fallait y penser, avant, au moment du dîner du Fouquet's...
Ce que Royal ne dit pas sur Heuliez
Le sauvetage d'Heuliez serait donc une victoire de Ségolène Royal ? C’est plus compliqué. La dirigeante socialiste a raison de se battre pour préserver des emplois. Miser sur la croissance verte pour relancer l’économie est une idée plus que louable. Ségolène Royal est tout à fait pertinente quand elle pointe du doigt les sommes énormes versées par l’Etat au secteur automobile traditionnel et son désintérêt flagrant pour les projets visant à faire naître le véhicule de demain. Mais la société est très loin d’être sortie d’affaire.
D'autant plus que l’élu socialiste se garde bien de dire qu’Heuliez est avant tout un équipementier automobile « classique » avant d’être une de ces fameuses entreprises innovantes auxquelles le FSI est censé apporter son aide. Sur ses 1 000 employés, tout au plus 10% travaillent sur la Friendly, cette voiture dont elle a décidé d’être l’ambassadrice. Une voiture dont la fabrication ne pourra être lancée, au mieux, que dans dix-huit mois ! Et d’ici là, comment « occuper » les autres salariés ? L'accord liant Heuliez à Opel pour l’assemblage de sa Tigra touche à sa fin, Renault et PSA ne semblent pas décidé à remplir son carnet de commandes...
D’ailleurs, un proche du dossier explique que c’est en partie pour cette raison que la demande présentée par Heuliez au FSI, en février, avait été refusée : « Le projet autour de la voiture électrique n’était pas satisfaisant. Et puis la société était en grande difficulté depuis deux à trois ans. En fait, ils se sont tournés vers le FSI à deux mois du dépôt de bilan ! » Et toujours d’après cette source, le FSI n’apprécierait pas vraiment d’être appelé à jouer les « pompiers » : « Ce n'est pas son rôle ». On apprécierait d’ailleurs pas beaucoup plus « l’instrumentalisation » de l’affaire Heuliez par les politiques. Mais d’ici trois à quatre semaines, le temps nécessaire pour trouver de possibles nouveaux investisseurs, on devrait savoir si cette « instrumentalisation » s’avère payante pour ses 1 000 salariés...
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