Herman Van Rompuy veut faire tomber les murs de l'Europe
Dimanche 21 Novembre 2010 à 17:01 | Lu 9477 fois I 45 commentaire(s)
Le Nouveau Bastille République Nations - Blogueur associé
Voilà un discours qui a dû enflammer les citoyens européens, convertissant les plus réticents d'entre eux à un fervent sentiment pro-européen. Le 9 novembre dernier pour honorer l'UE, le président de ce club Herman von Rompuy nous a servi un pamphlet anti-communiste, anti-eurospectique et vantant l'action des présidents des États membres. Pas de quoi susciter l'enthousiasme du Nouveau Bastille République Nations.
Des chantiers de Trieste aux docks de Szczecin, des quais de Stockholm aux trottoirs de Séville, tout le Vieux continent, ce 9 novembre, retenait son souffle. C’est peu dire que les « citoyens européens » attendaient avec ferveur le « discours de l’Europe » (chaque année, les organisateurs entendent désormais confier cet exercice à une personnalité hors pair) qu’allait prononcer le président du Conseil européen – « le président de l’Europe », selon les thuriféraires du traité de Lisbonne censé enfin donner « une voix et un visage à l’Union ».
A l’heure dite, un demi-milliard d’hommes et de femmes, haletants, tournèrent leur regard vers Berlin, où Herman Van Rompuy allait prendre la parole à l’occasion de la « journée du destin » (« Schiksalstag »). Une dénomination adorablement germanique, trouvée par les organisateurs (au premier rang desquels la Fondation Konrad Adenauer) en référence aux événements survenus outre-Rhin un 9 novembre – et dont le rapprochement saute probablement aux yeux : putsch avorté d’Hitler à Munich (1923), nuit de cristal (1938), et, bien sûr, chute du mur (1989).
C’est en hommage à cette dernière date que l’orateur intitula poétiquement son intervention : « et le rideau se leva » – référence, évidemment, au rideau de fer. Car, n’est-ce pas, « le mur de la honte (fut) la négation de l’héritage grec, la démocratie » (l’héritage des « Grecs anciens », s’entend, car les Grecs actuels semblent avoir moins la cote à Bruxelles). Confessant que lui-même fut immunisé contre le marxisme à l’école catholique qu’il fréquenta dans ses jeunes années, Mr Van Rompuy put ainsi rassurer l’Europe entière, dès lors saisie d’une allégresse collective : « pour moi, le communisme était le déni des valeurs européennes (…), mes convictions anticommunistes sont toujours restées aussi fortes ». Bref, l’Europe ou le communisme, il faut choisir. Mieux, selon le président, « la chute du Mur de Berlin a lancé un mouvement dans et pour l’Europe ».
Las, ce dernier, en homme politique responsable, n’a pas cherché à dissimuler que des ennemis sournois guettent la formidable aventure européenne : « nous avons à combattre ensemble le danger d’un nouvel euroscepticisme », alerta gravement l’orateur, révélant même que « dans chaque pays, il y a des gens qui croient que leur pays peut survivre seul dans le monde globalisé ». Bien entendu, une telle perversion de l’esprit, « c’est pire qu’une illusion, c’est un mensonge ». Traquant les sirènes du protectionnisme et autres angoissés de la mondialisation, l’ancien premier ministre belge rappela dans son infinie sagesse que « la peur mène à l’égoïsme, l’égoïsme au nationalisme, et le nationalisme à la guerre ». Imparable démonstration dont on espère qu’elle permettra d’éradiquer l’ennemi intérieur qui nous menace.
A l’heure dite, un demi-milliard d’hommes et de femmes, haletants, tournèrent leur regard vers Berlin, où Herman Van Rompuy allait prendre la parole à l’occasion de la « journée du destin » (« Schiksalstag »). Une dénomination adorablement germanique, trouvée par les organisateurs (au premier rang desquels la Fondation Konrad Adenauer) en référence aux événements survenus outre-Rhin un 9 novembre – et dont le rapprochement saute probablement aux yeux : putsch avorté d’Hitler à Munich (1923), nuit de cristal (1938), et, bien sûr, chute du mur (1989).
C’est en hommage à cette dernière date que l’orateur intitula poétiquement son intervention : « et le rideau se leva » – référence, évidemment, au rideau de fer. Car, n’est-ce pas, « le mur de la honte (fut) la négation de l’héritage grec, la démocratie » (l’héritage des « Grecs anciens », s’entend, car les Grecs actuels semblent avoir moins la cote à Bruxelles). Confessant que lui-même fut immunisé contre le marxisme à l’école catholique qu’il fréquenta dans ses jeunes années, Mr Van Rompuy put ainsi rassurer l’Europe entière, dès lors saisie d’une allégresse collective : « pour moi, le communisme était le déni des valeurs européennes (…), mes convictions anticommunistes sont toujours restées aussi fortes ». Bref, l’Europe ou le communisme, il faut choisir. Mieux, selon le président, « la chute du Mur de Berlin a lancé un mouvement dans et pour l’Europe ».
Las, ce dernier, en homme politique responsable, n’a pas cherché à dissimuler que des ennemis sournois guettent la formidable aventure européenne : « nous avons à combattre ensemble le danger d’un nouvel euroscepticisme », alerta gravement l’orateur, révélant même que « dans chaque pays, il y a des gens qui croient que leur pays peut survivre seul dans le monde globalisé ». Bien entendu, une telle perversion de l’esprit, « c’est pire qu’une illusion, c’est un mensonge ». Traquant les sirènes du protectionnisme et autres angoissés de la mondialisation, l’ancien premier ministre belge rappela dans son infinie sagesse que « la peur mène à l’égoïsme, l’égoïsme au nationalisme, et le nationalisme à la guerre ». Imparable démonstration dont on espère qu’elle permettra d’éradiquer l’ennemi intérieur qui nous menace.
D’autant que le Malin est partout, mit en garde Herman Van Rompuy : si l’euro échoue, c’est l’Europe même qui échouera. Bref, « l’euro est le signe le plus visible et le plus palpable de notre commune destinée ». Et puisque de destinée il était question, l’homélie insista par ailleurs sur le fait que les pays des Balkans « ont besoin de notre aide pour accomplir leur destin européen » (depuis Giscard, on n’avait décidément jamais autant parlé de destin). En effet, ces pays ex-Yougoslaves doivent rejoindre « notre club », « comme nous avons (déjà) apporté dans notre club le reste du continent » (ledit « reste » désignant ici les pays d’Europe centrale et orientale).
Revenant sur les menaces qui planent sur la monnaie unique, le président du Conseil européen a profité de l’occasion pour rappeler l’importance du Pacte de stabilité et de sa toute récente réforme prévoyant un renforcement drastique des sanctions envers les pays jugés trop dispendieux – en réalité une véritable mise sous tutelle des budgets nationaux, y compris des comptes sociaux.
A cet égard, les gouvernements des différents pays ont eu droit à un éloge appuyé : « tous sont en train de prendre des mesures particulièrement impopulaires pour réformer leurs économies et leurs budgets (…) Certains le font même en étant confrontés à une opposition au parlement, à des protestations dans les rues, à des grèves sur leur lieu de travail » (à ce moment du discours, un frisson d’effroi parcourut l’élégante assistance). Bref, quoiqu’en disent certains, les dirigeants européens osent enfin aller à l’encontre des engagements pris devant leur peuple. Et le chef de l’Europe de s’interroger, admiratif : « si ce n’est pas du courage politique, alors qu’est-ce que c’est ? ».
Excellente question, Herman.
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Revenant sur les menaces qui planent sur la monnaie unique, le président du Conseil européen a profité de l’occasion pour rappeler l’importance du Pacte de stabilité et de sa toute récente réforme prévoyant un renforcement drastique des sanctions envers les pays jugés trop dispendieux – en réalité une véritable mise sous tutelle des budgets nationaux, y compris des comptes sociaux.
A cet égard, les gouvernements des différents pays ont eu droit à un éloge appuyé : « tous sont en train de prendre des mesures particulièrement impopulaires pour réformer leurs économies et leurs budgets (…) Certains le font même en étant confrontés à une opposition au parlement, à des protestations dans les rues, à des grèves sur leur lieu de travail » (à ce moment du discours, un frisson d’effroi parcourut l’élégante assistance). Bref, quoiqu’en disent certains, les dirigeants européens osent enfin aller à l’encontre des engagements pris devant leur peuple. Et le chef de l’Europe de s’interroger, admiratif : « si ce n’est pas du courage politique, alors qu’est-ce que c’est ? ».
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