Hees à Radio-France: la comédie du CSA
Jean-Luc Hees a planché devant le CSA cet après midi pour la présidence de Radio-France. Un jeu de dupes qui n'a trompé personne. Mais l'essentiel est fait.
Grande première aujourd'hui au CSA. Comme pour donner l'illusion de la transparence, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, auditionnait le futur président de Radio-France, Jean-Luc Hees en l'occurence, en présence de la presse, le tout diffusé en direct sur Internet.
Le CSA doit, en effet, rendre un avis « conforme » à l'exécutif concernant le futur candidat de la maison Ronde. « Entendons-nous bien » précise d'emblée Michel Boyon, le président du CSA, « en droit un avis conforme ne signifie pas le même avis mais un processus de codécision ». Le droit est parfois cruel. Car la comédie à laquelle se sont livrés les Sages et Jean-Luc Hees avait tout d'une vulgaire procédure de validation. Un jeu de dupes avec la complicité de tous participants: Sages, candidat au poste et médias présents.
Pas plus avancés après qu'avant...
A sa décharge, Jean-Luc Hees n'a pas fait grand chose pour donner le change. Sa légèreté sur les sujets liés aux nouvelles technologies a laissé pantois, de même que son refus de s'exprimer sur le bilan de son prédécesseur, ses références permanentes à ses expériences américains, son souci d'éluder la quasi-totalité des questions techniques, la succession de généralités assénées comme des vérités révélées: « la radio n'est pas un média en péril, elle résistera parce que c'est ainsi », ses postures de bon élève: « je suis très pro-européen, comme nous tous ! », ses aveux contrits de ne pas maîtriser tous les dossiers au point que Christine Kelly crût bon de lui demander s'il se préparait bien à être président de Radio-France...Le scénario parfait d'une pièce prévue pour durer une heure et demie et écrite à l'avance.
Hees a tout de même lâché quelques perles: « J'ai toujours travaillé sur le service public jusqu'en 2004 ». Il fut alors recueilli par Radio-Classique, très estimable radio appartenant à Bernard Arnault... ou encore « Radio France n'est pas la radio du président de la République » comme pour rassurer sur son souci d'indépendance. Et pourtant, elle ne l'aura jamais autant été.
Une formalité passée sans encombres
L'Histoire retiendra que le journaliste a passé son entretien sans encombres. Un sans-fautes. L'essentiel était d'éviter la sortie de route, le dérapage qui aurait mis les personnels en colère et fait douter les politiques. Une question sur l'humour, l'impertinence. Hees assure : « J'ai recruté Guillon sur France-Inter à l'époque. C'est un garçon qui se définit lui-même, je crois, comme un 'sale gosse'. Ça ne me pose pas de problème particulier qu'on soit un sale gosse. Ce qui m'ennuie parfois, c'est le mélange des genres entre chroniqueur et humoriste. Disons qu'il me fait rire une fois sur deux. Mais je refuserai l'insulte et la diffamation. Quant à l'impertinence, je ne suis pas fan de ce mot et je ne suis pas sûr que les auditeurs d'Inter recherchent l'impertinence ». Sarkozy aurait signé des deux mains. Ca promet.
Interrogé sur les rumeurs persistantes qui annoncent Philippe Val à la tête de France Inter, là encore, Jean-Luc Hees fait le service minimum: « Simplement pour dire que Radio-France n'est pas un château fort à prendre, je discuterai avec les équipes en place, voir comment nous nous entendons. j'ai de l'amitié pour Philippe Val mais l'amitié n'est pas le critère pour avoir un job ».
Les questions des Sages ne sont guère déstabilisantes, Madame Reiser s'aventurera bien à demander à son interlocuteur pourquoi l'exécutif a choisi de remplacer Cluzel qui affichait un bon bilan. Hees élude.
Toutes ses interventions sur ses projets en matière de nouvelles technologies se révèleront brouillonnes, sinon fumeuses, en appelant vaguement à l'avis des experts de la Maison et au modèle BBC. Quelques tentatives sur Le Mouv', qui devra accélérer son basculement vers les nouvelles technologies: « Ce sera un signal envoyé aux jeunes ». Ils ne l'ont pas attendu...
Le plus dur commence maintenant
Côté contenus, Jean-Luc Hees zappe France Inter parce que la station est trop chère à son coeur. Soit. Evoquant France-Info, il estime qu'il « est temps d'améliorer les choses, en s'appuyant sur des exemples américains, dans le traitement du direct et la réorganisation de l'antenne ».
France-Culture: « Rien à dire, c'est un petit miracle ». On aimerait tant y croire, mais on hésite quand même entre un aveu de méconnaissance ou le refus de s'aventurer sur un dossier trop complexe. C'est que le temps presse.
Hasard du calendrier, c'est un jour où les antennes de Radio-France sont restées muettes que Jean-Luc Hees est venu s'exprimer devant le CSA. Une grève contre la remise en cause de la convention collective des personnels. Un dossier auquel devra s'atteler le nouveau président dès son arrivée. Quinze mois pour tout réécrire. « Un champ de mines » selon certains salariés. De quoi expliquer la prestation toute en prudence, et c'est peu dire, du futur président de Radio-France.
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