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Haïti: femmes victimes et hommes sauveurs?Gérald Andrieu - Marianne | Jeudi 14 Janvier 2010 à 17:00 | Lu 9210 fois
Face à une tragédie comme le séisme qui a touché Haïti, l'émotion, réelle, ressentie par ceux qui font l'info n'empêche pas toujours le mimétisme, surtout lorsque les photos ne sont pas légion. Les drames de ce genre n’admettent pas de traitement différencié. Il faut communier ensemble autour des mêmes «icônes» et des mêmes clichés.
Les «unes» de ce jeudi 14 janvier
Dans les médias, un drame comme celui qui vient de frapper Haïti a ses règles quasi-immuables. En école de journalisme, on enseigne par exemple, assez cyniquement, celle du « mort-kilomètre » : plus un événement est éloigné géographiquement des lecteurs, moins il est aisé de les y intéresser. Sauf, bien sûr, si le nombre de victimes est tel que l’information devient incontournable. C’est le cas en Haïti. Il faut alors — pour pouvoir « communier » tous ensemble — permettre au lecteur de s’identifier à cet « autre » si lointain. La presse française, elle, n’a apparemment pas voulu jeter aux oubliettes les vieilles recettes marketing et psy de comptoir qui ont fait, hier, son succès et contribue peut-être, aujourd’hui, à l'effritement de son lectorat. Dans un grand élan d’originalité, ils ont en effet tous décidé de mettre à leur « une » des photos de femmes en détresse au milieu des décombres. Sans doute que pour que la communion soit complète, il faille se trouver des « icônes ». Un passage presque obligé depuis le succès de la célèbre « madone » algérienne photographiée par Hocine Zahourar en 1997. « Icône », c’est d’ailleurs le terme qu’Arrêt sur images utilise très justement dans un article montrant que la presse européenne est frappée par le même mal que la presse hexagonale.
C’est à se demander s’il n’y avait pas assez de clichés sur le « marché » pour illustrer le tremblement de terre qui a frappé le pays le plus pauvre d’Amérique. En page 2, Libération (voir ci-contre) a d’ailleurs publié une photo du séisme qui avait touché la Chine en 2008 transmise par erreur, d'après @si, par l’AFP, les agences Sipa et MaxPPP… Plus sérieusement, mercredi soir, à l'heure où bouclaient les quotidiens, seule une poignée de bonnes photographies étaient dans les tuyaux. Ceci expliquant sans doute doute cela. Mais on peut tout de même sérieusement se demander si les médias, dans ce genre de situation, ne savent pas faire finalement que dans le cliché. Car à bien y regarder, si ces femmes mises en « une » sont toutes invariablement des victimes, les hommes, quand ils apparaissent enfin (voir ci-dessous), sont généralement en position de sauveurs. Soyons honnêtes : même le Marianne de ce samedi n'évitera pas la victime féminine. Raison de plus pour noter le phénomène et s'interroger sur sa signification....
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