Marianne2

Hadopi censurée: Le Monde pleure les droits d'auteur!

Sylvain Lapoix | Jeudi 11 Juin 2009 à 17:48 | Lu 4650 fois

Au lendemain de la censure du volet répressif de la Hadopi par le Conseil constitutionnel, Le Monde déplore la mort du droit d'auteur. Une belle preuve de modernité et d'ouverture d'esprit !



Une du Monde datée du 12 juin 2009
Une du Monde datée du 12 juin 2009
« Internet va-t-il réduire à néant le droit d'auteur ? » Quel vibrant hommage que celui rendu par Le Monde daté du vendredi 12 juin à la loi Internet et création, blackboulée hier par le Conseil constitutionnel pour son caractère « anticonstitutionnel ». Qu'importent les entorses aux principes élémentaires du droit : c'est le droit d'auteur qu'on assassine !

Pour mieux rendre compte du drame, le « quotidien de référence » laisse la plume à sa journaliste dépêchée au Sommet mondial du droit d'auteur à Washington, qui s'est fendue de quelques interviews : un membre de la Sacem, un réalisateur hollywoodien super bankable, l'ambassadeur de France aux Etats-Unis... Bref, le choix des témoins est on ne peut plus éclectique et, de la une jusqu'à la page 2, les larmes des majors se déversent en torrent sur la loi éventrée.

Quand le TGV électrique tue la locomotive à vapeur

« On nous avait laissé entendre que toutes les garanties avaient été prises », se désole le président du directoire de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Selon Lionel Tardy, député UMP anti-Hadopi, on était bien loin du compte. Et quand bien même : par ce pathétique hommage aux rentiers de l'ancien système, doublé du cri alarmiste de la première page, Le Monde prend le courageux parti des usines à tubes, des chaînes de montage à blockbusters et, surtout, des bons vieux circuits traditionnels de la culture dont a accouché l'imprimerie au XIXè siècle. Entre la crise de la presse et celle de la musique, pourquoi changer une équipe qui perd ?

Pour diaboliser un peu plus le web, le directeur général de la société des auteurs graphiques jette sa colère contre Youtube, le méchant américian, et le vide juridique où il se loge pour fournir des contenus sans payer les droits d'auteur : « Nous, notre problème c'est le Web 2.0, s'énerve Christiane Ramonbordes. La loi les exonère parce qu'ils sont des hébergeurs. » Facile : quand on n'a plus de munition pour s'en prendre à la « menace du Net », taper sur Google (propriétaire de YouTube) est du dernier chic.

Un détail cependant entaille la crédibilité du réquisitoire: le statut d'hébergeur n'est plus tout jeune. Le texte qui le définit, inclus dans la Loi pour la confiance l'économie numérique (LCEN), est une retranscription datant de 2004 d'une directive européenne votée en 2001. Et que faisaient-ils alors nos fiers lobbies de l'industrie du disque et de la création pour défendre leurs artistes menacés par le web ? Ils chantaient, sûrement.

Et la confiance dans l'économie numérique alors ?

Or, depuis 2001, Internet s'est démocratisé, complexifié et enrichi d'initiatives et de contenus. Sûr de la pérennité de leur système, Sacem, Sacd et autres ministères de la Culture ont somnolé pendant 10 ans et se débattent désormais en fortifiant une ligne Maginot sur le front des médias numériques. A l'instar de son équivalent militaire, cet arsenal légal ne protège en rien l'ancien monde de la création. Et c'est tant mieux !

Les peintres craignaient que la photo tue leur art. Cela n'a pas empêché Henri Cartier-Bresson d'être très bon ami de Miro et Matisse. Car ce que Le Monde et ces lobbies défendent n'est précisément pas la création mais bien les tuyaux par lesquels elle s'écoule.Pourtant, les contre-exemples existent. Ainsi, le groupe Nine Inch Nails, quittant Universal, s'est-il rapproché de ses fans et vit désormais très bien, grâce à la vente de produits dérivés que les fans de leurs chansons mises gratuitement sur le Net s'arrachent. Pour eux, le « tuyau » Internet est un nouveau canal de propagation de leur art et de rémunération de leur travail.

Mais pour cela, il faut prendre le risque de se confronter à de nouvelles façons de faire, à des critiques du public, voire, horreur, à des échecs commerciaux. Comme toute industrie, les majors aiment avoir leurs poules aux oeufs d'or : les tubes R&B avec clips de pseudo gangsters stéréotypés, les livres de cuisine... Avec le développement des blogs et de MySpace, l'offre s'est infiniment étendue et, désormais, pour vivre de son art, il faut se démarquer, se renouveler et sortir des petits refrain facile. Et la nouveauté, au Monde comme chez Universal, on en a effroyablement peur !



Accueil Accueil    Envoyer Envoyer    Imprimer Imprimer    Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Mardi 9 Février 2010 - 17:01 Médias: quand la pensée unique s'en prend à la pensée unique

Mardi 9 Février 2010 - 15:34 Identité nationale: le sauve-qui-peut de l'UMP









© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72