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Guillon, Canteloup, Gerra, les bouffons trônent à la radio

Mercredi 25 Février 2009 à 07:00 | Lu 24527 fois I 88 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Gerra sur RTL, Canteloup sur Europe 1, Guillon sur Inter, c'est le trio gagnant des matinales des trois plus grandes stations généralistes. Avec l’attention des auditeurs désormais focalisée sur ces vedettes de l’humour, c'est toute l'image de ces radios qui se trouve associée à ces insolents. Un rideau de fumée souvent...


Guillon, Canteloup, Gerra, les bouffons trônent à la radio
C’est devenu un classique de machines à café : « T’as écouté Canteloup ce matin ? » ou encore «Guillon, il a explosé DSK ce matin !». Impossible d’arriver au boulot sans avoir écouté ou podcasté son Guillon, son Canteloup ou son Gerra. Adieu Fogiel, Demorand, Parizot, animateurs vedettes, grandes interviews politiques, exclusivités, interactivité, sans parler des journalistes, petites mains anonymes des ondes. Désormais c’est autour des vedettes de l’humour que se joue la bataille stratégique des matinales.

Les comiques à l'assaut des matinales
Le combat a pris une nouvelle dimension cette année. Une tournure plus personnelle, plus violente aussi. Stéphane Guillon sur France Inter, Laurent Gerra sur RTL et Nicolas Canteloup sur Europe 1 se tirent la bourre entre 7 heures et 9 heures. Et tous les coups sont permis pour attirer à soi les quelque 10 millions d’auditeurs accrochés à leurs postes. Les directeurs de programmes, usant d’une rhétorique hésitant entre le marketing et la soupe à l’oignon, nous expliquent bien que ces joyeux lurons permettent une transition parfaite entre le « hard news » et le « soft news » et qu’ils constituent ainsi une sorte de bouffée d’air frais dans des sessions d’informations souvent trop anxiogènes.  
 
Plus prosaïquement, les matinales des radios généralistes se sont surtout largement inspirées des recettes des radios musicales, dont les matinales sont trustées par des animateurs « comiques », pour tenter de capter une partie de cette audience et booster encore un peu plus leurs audiences vieillissantes.
Un pari largement gagnant si l’on en croît les chiffres de Médiamétrie qui mesure désormais l’audience des stations par tranche de 15 minutes. De quoi mesurer encore plus finement l’impact de telle ou telle intervention. Et le comique, ça ne surprendra personne l’emporte souvent sur le chroniqueur géopolitique. Pour la période septembre-octobre, des records ont été enregistrés : 1 797 000 d’auditeurs pour Canteloup , 1 798 000 pour Gerra, et 1 803 000 pour Guillon !

Aphatie-Guillon: collègues mais pas copains
Avec des chiffres pareils, on se doit de rire aux éclats. Sur chacune des stations, c’est toute la rédaction qui affiche sa complicité, rit de bon coeur aux blagues du comique de service. Comment faire autrement, Canteloup est le chouchou du PDG d’Europe 1, Alexandre Bompard qui l’a convaincu de signer un nouveau contrat alors que ce dernier envisageait sérieusement d’arrêter la quotidienne. Et Frédéric Schlesinger, le patron d’Inter raffole de la chronique de Guillon.

Avec l’attention des auditeurs désormais focalisée sur ces trois vedettes de l’humour, les radios fondent moins leur crédibilité sur l’information délivrée que sur le buzz généré par les chroniques des uns et des autres.
Cette semaine, dans le si paisible huitième arrondissement, on a échappé de peu à une véritable guerre entre l’avenue Montaigne et la rue Bayard. Aphatie n’a pas du tout apprécié la chronique que Guillon, son camarade de chambrée à Canal plus, a consacré à DSK : « pure méchanceté ». Guillon lui a renvoyé la pareille le qualifiant de « Poutine de la radio ». Depuis Aphatie en remet une couche chaque jour sur son blog pourfendant, tel l’inspiré Séguéla, la méchanceté des hommes.   

Et à quand des éditos politiques décapants ?
Au delà, c’est bien la question du rôle des humoristes dans ces sessions d’informations qui se trouve posée. Si les auditeurs raffolent autant de l’insolence gratuite, et souvent drôle, d’un Stéphane Guillon, c’est qu’ils désespèrent aussi de ce journalisme de courtisanerie dont on les abreuve par ailleurs.
Cinq minutes de brutes dans un océan de sagesse, largement suffisant apparemment pour se forger une image décapante et sans trop de risques -plus de 20 ans après sa mort, la délicieuse Europe 1 utilise toujours l’image de Coluche, qui aura été viré moins d’un an après son arrivée dans les murs de la station de la rue François Ier…-.

Tous ces humoristes sont grassement payés par ailleurs, multiplient les interventions audiovisuelles et n’ont surtout aucun lien avec la rédaction. Pas un hasard. Leur popularité les rend intouchables. On fait faire le sale boulot, les directeurs d'antennes pourront toujours brandir l'alibi du bouffon et l’essentiel est préservé.
Mais à trop associer Guillon et France-Inter, on en oublierait presque les chroniques politiques toujours polies d'une Françoise Degois, qui font, il est vrai, beaucoup moins trembler les murs de la maison de la Radio.








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