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Grèce : l'impossible dialogue entre Obama et Papandréou

Bernard Maris - économiste | Mardi 9 Mars 2010 à 11:01 | Lu 6812 fois

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, économiste. Georges Papandréou, premier ministre grec, rencontre ce mardi 09 mars, Barack Obama, président des USA. Les deux hommes vont se pencher sur les remèdes face à la crise grecque. Mais il n'est pas sûr qu'Obama ose s'attaquer au trou noir de la finance.



Georges Papandréou rencontre aujourd’hui à Washington Barack Obama. On imagine assez bien le dialogue entre les deux personnages. Barack Obama qui demande : « Alors ? Vous allez vendre des Iles aux Allemands, pour renflouer vos caisses ? Proposez leur la Crète, ça leur rappelera la guerre…»

Et Monsieur Papandréou de répondre : « Et vous ? Il parait que Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, a ramassé 9 millions de bonus... c’est pour avoir conseillé la Grèce ? Ou pour avoir spéculé contre elle ? C’est comme ça que vous moralisez les finances chez vous ? »

Et que répond Obama ? « Vous savez, 9 millions, c’est peanuts, de la rigolade. Jamie Dimon, le patron de JP Morgan... Il a pris 17 millions de bonus. Remarquez, c’est deux fois moins que ce qu’il avait empoché en 2007. La moralisation est en marche. D’ailleurs je viens de faire voter un impôt sur les plus grosses banques, celles qui ont plus de 50 milliards d’actifs ; un impôt qui devrait rapporter près de 100 milliards de dollars sur 10 ans, et, en tout cas, compenser au "cent" près l’argent que les contribuables ont donné aux banquiers ».

Le cas des CDS

Et ce n’est pas tout, ajoute Barack Obama : « L’implication des banques dans les fonds spéculatifs va être limitée. Quand aux produits dérivés, les fameux "credit default swaps", qui ont permis de spéculer sur la faiblesse de la dette grecque, on s’en occupe. »

Mais on ne s’en occupe pas vraiment. Le CDS sur la dette grecque fonctionne comme une assurance incendie sur la maison de votre voisin. Vous touchez si elle prend feu. Vous avez donc intérêt à ce qu’un pyromane discret y mette le feu.

C’est très difficle de s’occuper des CDS, qui sont des marchés de gré à gré, sans autorités de tutelle, où les sommes et les couvertures sont mal connues. Certes, le FMI, la BRI, la banque des règlements internationaux, organe théorique de tutelle des banques internationales, souhaitent contrôler ces marchés, mais cela veut dire entrer dans le tour noir de la finance, ce qui n’est pas facile.

Un Fonds monétaire européen

Barack Obama et Monsieur Papandréou vont certainement évoquer le rôle du FMI. En termes de droit de vote, l’Europe et les Etats-Unis sont les deux gros actionnaires du FMI, et le fonds est dirigé par un Français.

Il est tout à fait approprié pour aider les Grecs, et l’aide du FMI n’interdit pas celle de l’Europe, au contraire. C’est la BCE qui prend curieusement ombrage de cette aide, comme si c’était un déni de politique monétaire européenne, alors que les statuts de la BCE interdisent, précisément, toute politique monétaire !

On peut penser qu’ils évoqueront aussi la création d’un Fonds monétaire européen. Cette une belle idée qui a été lancée par le ministre des finances allemand et reprise par Madame Merkel, qui ne s’oppose plus à un gouvernement économique de la zone euro. C’est une idée, qui ne plaira pas forcément au président américain, dans la mesure où les européens retireraient des fonds du FMI pour abonder au FME.

A moins que le FME n’exige un surcroît de fonds publics par rapport au FMI, ce qui, en période de restrictions budgétaires parait difficile. Mais ne remplissons pas les caisses du FME avant de l’avoir créé...





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