Grand emprunt : la contre-offensive de Guaino
Mardi 3 Novembre 2009 à 07:01 | Lu 7600 fois I 34 commentaire(s)
Philippe Cohen
Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Soixante trois députés de l'UMP ont pris position en faveur d'un Grand Emprunt d'au moins 50 à 100 milliards d'euros. Une interpellation qui résonne comme une réponse de la bergère Guaino aux bergers Juppé et Rocard pour lesquels le Grand Emprunt devait absolument être ramené à des proportions plus modestes, inférieures à 50 milliards. Décryptage.
L’inspection des finances contre le reste du monde. Tel est le rêve – sympathique – que poursuit Henri Guaino sur le dossier du Grand Emprunt. Que sera-t-il, in fine, ce Grand Emprunt ? Une façon pour la France de renouer avec l’investissement, même (ou justement ?) en temps de crise ? Ou bien une fausse bonne idée dont on aura pu rogner les ailes juste avant le gong ?
Pour le moment, Henri Guaino peste dans son grand bureau. Le débat aurait pu porter sur les intérêts respectifs des projets. Quelles sont les priorités pertinentes ? L’avion du futur ? Les investissements verts ? L’agriculture de demain ? La réindustrialisation ? La recherche ? Rien de tout cela n’a été évoqué ni débattu dans les médias, ce qui désole le conseiller spécial.
En effet, quand parle-t-on du Grand Emprunt ? Chaque fois que l’un des deux inspecteurs des finances qui en ont pris la responsabilité – Michel Rocard et Alain Juppé – se font l’écho de leurs collègues de Bercy et de leurs inquiétudes. Pas plus de 40 milliards ! dit Juppé. Non, 35 ! rétorque Rocard, comme s'il convenait de faire de la surenchère à la baisse dans un jeu de massacre, pour se montrer l'homme politique le plus « vertueux ». Ce qui énerve le conseiller spécial à double titre : d’abord parce que l’engagement avait été pris de n’évoquer le montant du Grand Emprunt qu’à la fin du process ; ensuite parce qu’on reste là dans « l’approche comptable » qu’il entend combattre depuis quinze ans.
Tout se passe donc comme si, déplore in peto Guaino, non seulement l’investissement de la France n’intéressait ni les journalistes ni les députés d’opposition, mais en plus même ceux de la majorité cherchaient à enterrer ce dossier le plus vite possible. Histoire de manifester son intérêt sur le sujet, le rusé Jean-François Copé, le « co-producteur législatif » en chef de la majorité, a confié un rapport à trois députés UMP. Mais il a pris bien soin de les choisir parmi les « specimen » » les plus orthodoxes en matière budgétaire, Louis Giscard d’Estaing et Claude Goasguen. Le résultat était celui qu'en attendait Copé : des réserves fortes sur la démarche et des garde-fous - notamment une exigence de rentabilité forte - tels que la convergence avec le duo Juppé-Rocard semble évidente.
Alors, il fallait réagir et vite, faute de quoi le Grand Emprunt serait enterré le 19 novembre, lorsqu'Alain Juppé et Michel Rocard remettront leur rapport au Président. Pour calmer les accrocs de la rigueur budgétaire, le conseiller spécial a d'abord fait remarquer que le Grand Emprunt ne viendrait pas forcément en sus de l'endettement : chaque année, la partie des fonds non encore mobilisée viendrait en réfaction des emprunts destinés au remboursement de la dette, comme l'a expliqué dans ces colonnes Hervé Nathan.
Pour le moment, Henri Guaino peste dans son grand bureau. Le débat aurait pu porter sur les intérêts respectifs des projets. Quelles sont les priorités pertinentes ? L’avion du futur ? Les investissements verts ? L’agriculture de demain ? La réindustrialisation ? La recherche ? Rien de tout cela n’a été évoqué ni débattu dans les médias, ce qui désole le conseiller spécial.
En effet, quand parle-t-on du Grand Emprunt ? Chaque fois que l’un des deux inspecteurs des finances qui en ont pris la responsabilité – Michel Rocard et Alain Juppé – se font l’écho de leurs collègues de Bercy et de leurs inquiétudes. Pas plus de 40 milliards ! dit Juppé. Non, 35 ! rétorque Rocard, comme s'il convenait de faire de la surenchère à la baisse dans un jeu de massacre, pour se montrer l'homme politique le plus « vertueux ». Ce qui énerve le conseiller spécial à double titre : d’abord parce que l’engagement avait été pris de n’évoquer le montant du Grand Emprunt qu’à la fin du process ; ensuite parce qu’on reste là dans « l’approche comptable » qu’il entend combattre depuis quinze ans.
Tout se passe donc comme si, déplore in peto Guaino, non seulement l’investissement de la France n’intéressait ni les journalistes ni les députés d’opposition, mais en plus même ceux de la majorité cherchaient à enterrer ce dossier le plus vite possible. Histoire de manifester son intérêt sur le sujet, le rusé Jean-François Copé, le « co-producteur législatif » en chef de la majorité, a confié un rapport à trois députés UMP. Mais il a pris bien soin de les choisir parmi les « specimen » » les plus orthodoxes en matière budgétaire, Louis Giscard d’Estaing et Claude Goasguen. Le résultat était celui qu'en attendait Copé : des réserves fortes sur la démarche et des garde-fous - notamment une exigence de rentabilité forte - tels que la convergence avec le duo Juppé-Rocard semble évidente.
Alors, il fallait réagir et vite, faute de quoi le Grand Emprunt serait enterré le 19 novembre, lorsqu'Alain Juppé et Michel Rocard remettront leur rapport au Président. Pour calmer les accrocs de la rigueur budgétaire, le conseiller spécial a d'abord fait remarquer que le Grand Emprunt ne viendrait pas forcément en sus de l'endettement : chaque année, la partie des fonds non encore mobilisée viendrait en réfaction des emprunts destinés au remboursement de la dette, comme l'a expliqué dans ces colonnes Hervé Nathan.
Sapin-Juppé même combat ?
Mais c'est avec le texte publié dans Le Monde signé par 63 élus de l'UMP qu'Henri Guaino a voulu marquer un point décisif. D'abord par le nombre des signataires, ensuite par leur grande diversité : à côté des « grognards » républicains classiques - Jacques Myard, Lionel Luca, Maurice Leroy, Jean-Christophe Lagarde - amis « naturels » d'Henri Guaino, on trouve beaucoup d'autres députés de la jeune génération, et quelques libéraux bon teint comme Yves Jego ou Olivier Dassaut.
A côté de ses élus alliés, Henri Guaino compte aussi beaucoup sur la société civile. Selon lui, les syndicats comme les branches professionnelles ont soumis moult projets à la commission Juppé-Rocard.
En tout cas, le ton et l'argumentation du texte des députés tranche avec une certaine tradition. Les élus n'évoquent plus la France du Conseil national de la Résistance ou le plan Rueff-Armand adopté sous De Gaulle après 1958, les grandes références du discours républicain classique, mais les politiques menées par les pays concurrents de la France comme le Brésil, l'Inde, les Etats-Unis ou la Chine qui investissent massivement malgré des déficits inédits dans leur histoire économique. La géographie prend, en quelque sorte, sa revanche sur l'histoire. Très astucieusement, le texte des 63 commence par pilonner la position du PS pour lequel un grand emprunt serait d'abord «une dette de plus». Une façon de laisser entendre qu'à cette aune, il n'y a peut-être qu'une feuille de papier à cigarette entre un Michel Sapin par exemple et un Alain Juppé. N'ont-ils pas d'ailleurs, raclé leurs fonds de culotte sur les mêmes bancs d'école, rue de l'Université, siège de l'ENA ?
Depuis le début du débat sur ce sujet, la question du montant est, pour le conseiller spécial, essentielle : avec 20 milliards, on peut juste financer quatre projets, on restera dans l'épure de la réforme. Ce n'est qu'avec des niveaux d'investissements plus importants que la mise de l'état peut fonctionner comme un levier et drainer des fonds privés dans le cadre de partenariats complémentaires. Tout dépend, en fait, des projets : si aucune entreprise ne mettra un kopek dans la recherche fondamentale, l'investissement dans le numérique ou même dans la croissance verte peut convaincre des grandes entreprises d'investir au côté de l'Etat.
Que décidera finalement NIcolas Sarkozy à la fin du mois ou au début décembre, lorsqu'il lui reviendra de trancher ce débat fondamental ? Personne ne le sait et Henri Guaino pas plus que tout autre. Mais au moins l'initiative des 63 a-t-elle le mérite de détourner l'attention des journalistes, si ce n'est de l'opinion (il ne faut pas rêver) vers des débats plus positifs que celui déclenché par Jean-Pierre Raffarin sur la taxe professionnelle. De cela au moins le Président pourra être redevable à son conseiller spécial. Lequel, après avoir vu patiner son Union pour la Méditerranée, ne peut se permettre de voir son Grand Emprunt accoucher d'une souris budgétaire....
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