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Grand Emprunt : Sarkozy redevient président...

Lundi 14 Décembre 2009 à 11:40 | Lu 9782 fois I 68 commentaire(s)

Philippe Cohen - Marianne

Nicolas Sarkozy a voulu afficher son sérieux et sa connaissance du dossier France lors de sa conférence sur le Grand Emprunt. Avec un choix plus discutable : parler autant sinon plus des déficits publics que de l'emprunt. Une façon de dire qu'il est à l'écoute des marchés financiers ?



Pas question ce matin de jouer les DRH du Parti socialiste, Nicolas Sarkozy est remonté ce matin sur son petit vélo présidentiel. Il a affiché une image de sérieux, de compétence et de très bonne connaissance des dossiers. Et comme tout pouvoir suprême, le Président s'est voulu au centre. Entre Henri Guaino, grand prêtre de l'emprunt, et le couple Juppé-Rocard, soucieux, voire obsédé (surtout le second) par les finances publiques. La conférence présidentielle sur l'emprunt a ainsi réussi le prodige de consacrer davantage de temps au ... déficit public qu'à l'usage du grand emprunt, qui, il est vrai, avait été largement éventé dans les médias ces derniers jours.

Le Grand Emprunt a donc été rapetissé. Non seulement sur le plan du total de l'argent public investi (35 milliards quand Guaino et 61 députés espéraient 100milliards), mais aussi par les modalités. Ainsi le premier poste d'investissements, à savoir les universités, est consacré en majorité à la dotation à des Fondations universitaires, soit 8 des 13 milliards d'€ consacré à cet investissement. Or, il s'agit d'une dotation en capital. Ce qui pose trois questions :
1) L'argent effectivement investi dans les universités en 2010 ou en 2011 par exemple, ne sera donc pas de 13 milliards mais de 5 milliards auxquels s'ajouteront les intérêts des 8 milliards des fondations, soit au maximum 400 millions d'euros (si on fait l'hypothèse d'un rendement de 5%, très difficile à garantir). Un chiffre qui imposerait davantage d'humilité....

2) Compte tenu des pertes considérables de certaines grandes universités américaines (comme Harvard par exemple), fauchées par la crise financière à cause de placements aventureux, on aurait aimé un mot du Président (ou une question d'un journaliste) sur le mode d'emploi des placements des futures fondations : qui conseillera les présidents d'université,qui n'ont pas tous une formation financière ? Quelles seront les garanties prises pour éviter toute aventure financière ?

3) Nicolas Sarkozy a indiqué qu'il attendait des entreprises qu'elles surenchérissent sur les investissements publics consacrés aux universités. Il a pris exemple sur ce qui passe à Harvard par exemple. Mais la France n'est pas l'Amérique, quelle que soit l'affection que lui porte le Président, et on peut douter, surtout en pleine crise, que les dirigeants d'entreprises françaises, habituées à ce que l'investissement recherche et formation soit conduit par l'état accompagne ce dernier dans son effort.

Un discours destiné aux marchés ?


Le Président a annoncé que les entreprises ajouteront 30 milliards aux 35 milliards d'investissements de l'état. Mais il n'a pas donné d'informations sur la façon dont le gouvernement va s'y prendre pour les inciter à cet effort. C'est, en quelque sorte, l'angle mort de la conférence gouvernementale.

Nous n'allons pas bouder notre plaisir : l'idée de l'emprunt ne peut que plaire à des républicains soucieux de voir l'intérêt général et celui des générations futures mis en avant. Bravo donc pour l'investissement sur l'avion du futur, le navire économe, Ariane. Mais la modestie des sommes misées sur ces trois projets jette un doute sur les résultats escomptés et prévisibles. Bravo pour les 8 milliards pour la recherche et les 5 milliards consacrés au développement durable, et notamment sur la mise au point des réacteurs de 4° génération. Mais comment cette injection s'articule avec les investissements des entreprises publiques concernées ? Bravo, enfin, pour ne pas laisser Bercy piloter l'emprunt en confiant à René Ricol le soin de diriger la manoeuvre : on ne confie pas à un évèque la direction d'une maison close.

Mais si l'on ne peut que saluer la décision de renouer avec l'investissement public, on ne peut que regretter de la parité affichée par le chef de l'état : chaque minute consacrée à l'investissement a été, en quelque sorte, compensée par deux minutes utilisées pour évoquer la lutte contre les déficits publics, comme si le chef de l'état ne parlait pas à l'opinion et à des journalistes, mais aux marchés financiers, craignant la dégradation de la note de la France. Et ce n'est pas parce que plusieurs journalistes posaient exactement les mêmes questions que des opérateurs financiers que Nicolas Sarkozy a eu raison d'afficher une telle retenue : si l'investissement n'est pas de la dépense, comme il nous l'a martelé à différentes reprises, alors il était inutile de mélanger deux sujets aussi importants que l'emprunt et la dépense publique.








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