Grâce à Devedjian, le portable va remplacer le cartable !
Samedi 2 Mai 2009 à 07:00 | Lu 12671 fois I 91 commentaire(s)
SuperNo
Par SuperNo. Où l'on apprend le megaplan mondial concoté par Microsoft et Intel pour créer en développer le marché de l'ordinateur scolaire, avec le Classmate. Une commande pour le plan de relance français ?
Gnal - Flickr - cc
Je partage souvent avec les pires réacs de notre pays (éditorialistes du Figaro compris) un regard incrédule sur une partie de notre belle jeunesse. Bon, c’est probablement lié au gâtisme naissant, et je devrais sans doute avoir honte. D’autant que c’est réducteur, car tous ne sont heureusement pas comme ça… Mais je suis en fait désespéré ! Quel gâchis ! Au lieu de fomenter une révolte idéologique contre le sarkozysme et toutes les saloperies qu’il porte, une frange de cette jeunesse préfère se réfugier dans une con-sommation insouciante et débridée de fringues, de grolles, de téléphones portables, en faisant carrément le but de leur vie…
Quant aux quelques-uns qui se révoltent, ils préfèrent se fourvoyer en adoptant les codes des gangs californiens, et leurs fantasmes de belles nanas soumises, de Hummers, de poudre blanche et de guns.
Les multinationales ont parfaitement réussi leur entreprise de décérébration à coup de rap, de téléréalité, de musique industrielle et de fast bad food.
Les multinationales à l'assaut de l'enseignement primaire
Je suis toujours consterné de constater que l’insondable néant d’une pensée peut se résumer dans un SMS d’une douzaine de caractères (tapés en trois secondes sur un téléphone sud-coréen) et dont l’assemblage improbable ne peut être qualifié de « mots » que par un audacieux abus de langage.
Les multinationales de l’endoctrinement pourraient être satisfaites. Elles ont créé une population à peu près homogène dans le monde occidental (et déjà dans les pays dits « émergents ») dénuée de sens critique, et réceptive à la « mode » (qu’elles créent et orientent elles-même avec la complicité de stars du cinéma, de la chanson ou du sport, achetées à grands coups de millions de dollars) dont le but principal est d’accélérer l’obsolescence des biens matériels et donc leur renouvellement synonyme de gros bénéfices.
Mais elles en veulent encore plus. Et elles ont trouvé un moyen d’intervenir encore davantage en amont, c’est-à-dire dans les écoles primaires.
Rappelez-vous, « le temps d’avant »… Les enfants allaient à l’école en portant un cartable. Souvent trop lourd, puisque l’école ne trouvait curieusement pas le moyen de stocker les livres sur place. Ils apprenaient à lire et à écrire en découvrant les aventures de Ratus et Marou.
Eh bien cette époque sera bientôt révolue. Et l’argument du poids du cartable sera utilisé pour refourguer aux gamins de nouveaux et coûteux gadgets électroniques. Qu’on se le dise, ça va bientôt changer ! En plus A la place du cartable, l’élève aura désormais… un ordinateur !
Des décideurs internationaux, parmi lesquels l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et le gourou de l’informatique américaine Nicholas Negroponte, arguant de prétextes plus ou moins caritatifs, ont émis le souhait de voir se réaliser un ordinateur « ultra low cost » (l’objectif était de ne pas dépasser 100 dollars, à peine 75 euros) destiné aux enfants des pays « défavorisés », notamment en Afrique et en Amérique du Sud. Il me semble que les plus défavorisés auront plus besoin de nourriture que d’ordinateurs, mais je dois être bien trop primaire pour comprendre la subtilité du raisonnement.
Le classmate pour tuer Linux
Ce projet, baptisé “OLPC “ (“One Laptop Per Child”) a vu le jour sous la forme d’une petite machine rustique, basée sur un processeur AMD (deuxième constructeur mondial de microprocesseurs) et un système d’exploitation Linux, donc libre et gratuit, contribuant au coût bas.
Mais la liberté et la gratuité ne sont pas des valeurs très prisées par les multinationales du secteur qui en tirent depuis près de 30 ans une rente particulièrement lucrative, à commencer par Microsoft® (qu’on ne présente plus) et Intel (premier constructeur mondial de micropocesseurs). D’où le lancement d’un projet concurrent, baptisé « classmate ».
Le « classmate » n’est en fait qu’une architecture matérielle « prête à l’emploi », bâtie autour du processeur « Intel Atom », et qui peut être récupérée sous licence et fabriquée (en Chine évidemment) par n’importe quel constructeur. En France, c’est la société Archos (jusqu’ici plus connue pour ses baladeurs MP3), qui s’y colle et le rebaptise « cartable électronique », avec le but non dissimulé de l’imposer dans les écoles primaires.
Plusieurs choses m’ennuient là-dedans :
- la première et la plus importante : l’école primaire est-elle bien la place d’un ordinateur ? Et même de 30 ordinateurs par classe, puisque jusqu’ici l’instit en avait déjà un, mais là c’est carrément un par élève ? Déjà qu’une part croissante des élèves ne sait plus correctement lire et encore moins écrire, à quoi pourra bien servir un ordinateur dans ce contexte ?
Je cite le communiqué de presse : “Pour Lila Ibrahim, responsable de l’Education Platform Group d’Intel « L’éducation est le socle de l’innovation et un vecteur déterminant de la compétitivité d’un pays. Or c’est grâce aux TIC (NDLR : Technologies de l’Information et de la Communication) que les jeunes acquièrent les compétences voulues pour prendre la relève de l’innovation. Nous sommes donc ravis de travailler avec Archos pour rendre les TIC accessibles à cette jeune génération. ». Et « Intel se félicite que les plans de relance gouvernementaux favorisent l’émergence de solutions de classe numérique pour l’école primaire. Archos, acteur innovant de l’intégration en France, qui a su se différencier et se développer à l’international, s’insère pleinement dans cette dynamique », explique Stéphane Nègre, Président d'Intel-France.
Avec le soutien de Patrick Devedjian
Cette opération serait donc la conséquence du « plan de relance» de Devedjian, et une nouvelle preuve de sa nocive inanité ?
1) L’OLPC était destiné aux enfants pauvres. Pourquoi fabriquer un ordinateur pour des enfants qui en possèdent déjà pour la plupart chez eux un beaucoup plus costaud, qui s’ajoute à une console de jeux et une télé à écran plat dans leur chambre ? C’est un doublon !
2) La fin des années 80, une manœuvre similaire avait été ourdie par la société Thomson, qui avait imposé ses machines MO5 et TO7 dans les écoles sur décision franchouillarde gouvernementale, dans le cadre du « plan informatique pour tous », le bébé de Fabius. La plaisanterie avait coûté 1.8 milliard de Francs pour 120 000 machines, soit environ 275 millions d’euros, auxquels il faudrait ajouter l’inflation pour retrouver l’équivalent 2009.
Ces machines étaient tellement primitives et dénuées du plus petit intérêt que l’opération se termina en eau de boudin, d’autant que les instits qui n’avaient pas reçu de formation les regardaient souvent comme une vache regarde un cockpit d’Airbus. Bien sûr 25 ans plus tard la technique s’est un peu améliorée. Reste le problème de l’intérêt, qui ne me semble guère plus évident qu’à l’époque ! A moins que l’éducation nationale n’ait décidé de réorienter ses activités vers le téléchargement de DivX, l’écoute de rap sur deezer, u le " " " " " " " " de triades dans GTA … …
3) Qui va payer ?
On rogne déjà sur les moyens de l’Éducation Nationale, en virant du personnel, alors est-il pertinent de dépenser encore plusieurs centaines de millions d’euros pour acheter du matériel dont la durée de vie prévisible ne dépasse pas quelques années, sans compter la casse ou le vol ?
Un des aspects les plus pervers du projet est que la machine pourra être personnalisée par le logo d’une société privée qui pourrait «parrainer» l’opération dans une ville ou une région. Vous imaginez votre gamin revenir à la maison avec un ordinateur portable « décoré » aux armes de Total, LVMH ou Natixis ?
4) Comment conjuguer les principes environnementaux et cette débauche de plastique et d’électronique ? La consommation d’électricité ? Comment justifier la consommation électrique de 30 machines, même individuellement assez raisonnables ? Et ces batteries au lithium qu’il faudra changer tous les 2 ans ?
5) Enfin le projet n’a pas gardé grand chose du caractère« low cost »du projet l’OLPC. Il s’agit en fait d’un véritable ordinateur assez semblable au « Netbook »sur lequel j’écris ce blog (c’est la même architecture), mais dont l’écran est trop petit pour travailler confortablement. Pour d’heureuses raisons de solidité, il ne possède pas de « vrai » disque dur, mais un disque « SSD », sans pièce mobile, dont le prix de revient est toujours élevé. Je vois mal comment cet engin pourrait coûter moins de 200 euros… Auxquels il faudrait ajouter des logiciels, qui même bradés ne seront évidemment pas donnés.
6) Et bien sûr, la présence de l’hydre Windows® en lieu et place de Linux est une aberration totale, et ne peut se justifier que par la volonté de Microsoft® de « préempter » et d’intoxiquer les enfants dès leur plus jeune âge et mieux leur faire admettre plus tard l’achat à répétition de« licences » entubatoires autant que superfétatoires. Pauvres gamins qui vont devoir endurer un système peu stable et un antivirus obligatoire ! Pauvres instits qui vont devoir gérer des plantages psychédéliques à répétition… Et changer de métier, en négligeant l’aspect pédagogique et humain et en se transformant en gestionnaire de réseau dont les relations avec les enfants seront filtrées par une machine…
Microsoft® a déjà réussi par une manœuvre similaire à récupérer le marché des « netbooks » qui avait démarré début 2008 grâce à Linux et dont quasiment toutes les machines sont aujourd’hui livrées avec un Windows®…
Le monde change, mais les réflexes libéraux demeurent : on passe du cartable au portable. On se demande à quoi ça pourrait servir, mais comme c’est sans doute bon pour la croissance®, on se dispense de chercher la réponse et on applaudit bruyamment !
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