Google, ami ou ennemi de la presse ?
Mardi 29 Décembre 2009 à 17:01 | Lu 6759 fois I 27 commentaire(s)
Marie Bénilde - Le Monde Diplomatique
Sur le blog du Monde Diplomatique, la journaliste Marie Bénilde revient sur la condamnation de Google en France pour la numérisation de livres sous droits d’auteur. Elle tente un rapprochement avec la stratégie des éditeurs qui pourraient sortir gagnants d’un bras de fer judiciaire alors que nombre d'entre eux ont déjà renoncé à défendre leurs droits sans avancer non plus dans la construction d’une plateforme de contenus commune.
La presse française se serait-elle trouvé un nouvel allié en la personne de Rupert Murdoch ? Longtemps méfiante vis-à-vis du magnat australo-américain, qui s’est distingué par un soutien sans faille à Tony Blair, à George W. Bush et à la guerre en Irak dans ses cent soixante-quinze journaux à travers le monde, la voilà qui regarde avec tendresse ce vieux patron de près de 79 ans, qui voit les flammes de Google lécher sa forteresse de papier, malgré son angélique slogan « Don’t be evil ». Au point d’accuser le moteur de recherche de vouloir piller ses articles sans avoir en rien contribué à les financer : « Les gens qui se contentent de tout récupérer et de le publier tel quel […], nous considérons qu’ils volent nos histoires car ils se servent sans payer… C’est Google, c’est Microsoft, c’est Ask.com, plein de monde. » Dans la foulée de cette déclaration outragée, début novembre, à sa chaîne australienne Sky News, le Financial Times a révélé que Microsoft avait proposé à News Corporation, le groupe de Rupert Murdoch, d’assurer un référencement exclusif de ses contenus sur son moteur de recherche Bing, qui ne cesse de monter en puissance aux Etats-Unis en s’arrogeant déjà plus de 10, 4% des requêtes (contre 8% il y a six mois, selon l’institut Comscore). Seule contrepartie exigée : que les journaux de Murdoch (Sun, Times, New York Post, Wall Street Journal…) soient déréférencés de Google pour être indexés uniquement sur Bing.
Pour l’heure, le magnat des médias réserve sa réponse. Et attend de voir comment se positionnent les autres journaux qui auraient été également approchés. Sa stratégie, martelée jusque-là, consistait plutôt à annoncer son retrait de tout référencement gratuit sur des moteurs de recherche quels qu’ils soient avant la mi-2010. La possibilité d’une redevance versée par Microsoft est-elle de nature à changer la donne ? C’est en tout cas ce sur quoi misent de nombreux éditeurs de presse qui n’hésitent pas à agiter la menace Bing au nez et à la barbe de Google, quand bien même le moteur de recherche alternatif ne représente que 3,9% des requêtes en France, 3,4% au Royaume Uni ou encore 1,7% en Allemagne, selon AT Internet.
Pour l’heure, le magnat des médias réserve sa réponse. Et attend de voir comment se positionnent les autres journaux qui auraient été également approchés. Sa stratégie, martelée jusque-là, consistait plutôt à annoncer son retrait de tout référencement gratuit sur des moteurs de recherche quels qu’ils soient avant la mi-2010. La possibilité d’une redevance versée par Microsoft est-elle de nature à changer la donne ? C’est en tout cas ce sur quoi misent de nombreux éditeurs de presse qui n’hésitent pas à agiter la menace Bing au nez et à la barbe de Google, quand bien même le moteur de recherche alternatif ne représente que 3,9% des requêtes en France, 3,4% au Royaume Uni ou encore 1,7% en Allemagne, selon AT Internet.
Le partage des revenus
Les médias reprochent à Google de ne pas partager ses revenus publicitaires, alors que les principaux mots-clés recherchés sur son site Google Actualités sont des titres de presse (en France, viennent d’abord Le Monde, puis Le Figaro). Ils regardent avec envie les 4,2 milliards de dollars de profit (pour 21,7 milliards de chiffre d’affaires) du puissant groupe de Mountain View et estiment que le moteur de recherche doit passer à la caisse, et pas seulement pour les liens contextuels (adsense) générés par les contenus des sites dont il est partenaire. Leur raisonnement, qui est aussi celui de Murdoch, est le suivant : que vaut un moteur de recherche sans une part déterminante de contenus qui donnent de la valeur à son truchement ? D’où la volonté de nombreux éditeurs de journaux français, regroupés au sein du Syndicat de la presse quotidienne nationale, de peser dans la négociation face à la firme californienne. « Les éditeurs ont besoin de Google, qui leur apporte de l’audience, autant que Google a besoin d’eux », estime Denis Bouchez, directeur du syndicat professionnel [1 ].
En théorie, plus question donc de laisser sans réagir Google s’emparer d’articles de presse pourtant protégés par le droit d’auteur et verrouillés par des accès payants qu’il est parfois aisé de débloquer en passant par les liens « en cache » de Google. Plus question non plus de remplir sans mot dire les rayons et les têtes de gondole de Google Actualités, dont 80% des visiteurs se contentent de lire les titres et les résumés d’articles sans cliquer sur le lien qui renvoie vers les sites des journaux.
Le seul problème, c’est que cette posture va totalement à l’encontre de la stratégie développée jusque-là par la plupart des éditeurs de presse. C’est parce qu’ils ont cru qu’ils allaient pouvoir « monétiser » cette audience drainée avec une facilité déconcertante par Google que les patrons de journaux ont longtemps accepté de se laisser dépouiller de leurs contenus (les propriétaires de médias ont d’ailleurs obtenu que la récente loi Hadopi, en France, donne aux journaux un droit d’utilisation des articles sans rémunération supplémentaire sur tous les supports numériques). Aujourd’hui, même en dopant leur audience à grands renforts de jeux, de loteries et d’agrégation de sites tiers, les journaux n’arrivent pas à recueillir sur le web les revenus susceptibles de compenser la chute de leurs recettes sur le papier. En 2009, le prix d’un emplacement publicitaire pour toucher mille internautes sur un site de presse n’a d’ailleurs cessé de s’éroder. Tous font alors cet implacable constat : Google est en train de leur manger la laine sur le dos en donnant un accès gratuit à leurs contenus. De là à prédire à la presse un destin proche de la musique – qui a perdu les deux tiers de ses revenus en une décennie –, il n’y a qu’un pas. En matière de destruction de valeur, Google est aussi moteur que le piratage avec les sites de peer to peer (partage de fichiers numériques).
Lire la suite sur le site du Monde Diplomatique
Sur le blog La Voix du dodo, le récit d'une rencontre musclée entre les représentants français de Google et des éditeurs de presse
En théorie, plus question donc de laisser sans réagir Google s’emparer d’articles de presse pourtant protégés par le droit d’auteur et verrouillés par des accès payants qu’il est parfois aisé de débloquer en passant par les liens « en cache » de Google. Plus question non plus de remplir sans mot dire les rayons et les têtes de gondole de Google Actualités, dont 80% des visiteurs se contentent de lire les titres et les résumés d’articles sans cliquer sur le lien qui renvoie vers les sites des journaux.
Le seul problème, c’est que cette posture va totalement à l’encontre de la stratégie développée jusque-là par la plupart des éditeurs de presse. C’est parce qu’ils ont cru qu’ils allaient pouvoir « monétiser » cette audience drainée avec une facilité déconcertante par Google que les patrons de journaux ont longtemps accepté de se laisser dépouiller de leurs contenus (les propriétaires de médias ont d’ailleurs obtenu que la récente loi Hadopi, en France, donne aux journaux un droit d’utilisation des articles sans rémunération supplémentaire sur tous les supports numériques). Aujourd’hui, même en dopant leur audience à grands renforts de jeux, de loteries et d’agrégation de sites tiers, les journaux n’arrivent pas à recueillir sur le web les revenus susceptibles de compenser la chute de leurs recettes sur le papier. En 2009, le prix d’un emplacement publicitaire pour toucher mille internautes sur un site de presse n’a d’ailleurs cessé de s’éroder. Tous font alors cet implacable constat : Google est en train de leur manger la laine sur le dos en donnant un accès gratuit à leurs contenus. De là à prédire à la presse un destin proche de la musique – qui a perdu les deux tiers de ses revenus en une décennie –, il n’y a qu’un pas. En matière de destruction de valeur, Google est aussi moteur que le piratage avec les sites de peer to peer (partage de fichiers numériques).
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