Marianne2 2012

Gollnisch se fait balader sur France Inter

Jeudi 26 Août 2010 à 12:11 | Lu 66366 fois I 115 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

L'interview de Bruno Gollnisch sur France Inter a été plutôt agitée, sans doute par la volonté de son interviewer. Le numéro 2 du Front National a pourfendu le droit du sol défendant une conception charnelle de la nation. Mais le débat est devenu ensuite beaucoup plus régressif.


Gollnisch se fait balader sur France Inter
Longtemps, nous avons pris pour une vérité éternelle cette idée que le peuple préférait l'original à la copie. Et puis, Sarkozy est arrivé et nous avons abandonné l'adage sans trop y réfléchir. Ce matin sur France Inter, « l'original  » était l'invité du jour en la personne de Bruno Gollnisch. Dans un premier temps, Bruno Duvic trouve le ton juste et l'attaque sur le mode de l'ironie : « Le gouvernement multiplie les annonces et les phrases choc. Est ce que vous lui dites Merci ? » Et l'original de répondre du tac au tac : « Non parce que comme vous dites, ce sont des annonces et des phrases-choc. Et pour résoudre  ces problèmes, il faudrait se placer dans un cadre où ils pourraient être résolus. »

Bruno Duvic  lui demande alors si l'action du gouvernement banalise le discours du Front National, Gollnisch renvoie la balle : « Oui mais parce que ce débat est à la une de l'actualité, parce que les gens souffrent ... il y a un développement de l'insécurité qui est stupéfiant. » Et de prétendre que la criminalité est onze fois inférieure au Japon à ce qu'elle est en France, une affirmation restée sans réponse. « Est-ce que les adhésions augmentent ? », questionne le journaliste. « Oui  » répond sobrement Bruno Gollnisch qui, en réalité, l'ignore probablement dans la mesure où le fichier du Front National est entre les mains des « marinistes » comme le dénoncent ses amis à bas bruit.


Sur la question des Roms, Gollnisch promet l'apocalypse avec l'arrivée de « ces 4 ou 5 millions de personnes qui ont le droit de venir là où c'est profitable c'est à dire dans notre pays ». Mais quand Bruno Duvic l'apostrophe sur le thème : « la fermeture, le repli sur soi c'est ça la solution », Gollnisch profite de la fenêtre de tir pour jouer les modérés : « Il y a un moyen terme entre la fermeture des frontières et l'ouverture totale. » Il se permet même de reprendre l'argument de François Hollande lorsque ce dernier avait rappelé, mardi dernier, que c'est la droite qui avait ratifié l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne, avant de défendre la Hongrie et la Bulgarie qui n'ont pu intégrer la population Rom.

Reprenant l'intervention du pape, Bruno Duvic donne l'occasion à Gollnisch de ... défendre Sarkozy : affirmant qu'il est allé au texte pour comprendre ce qu'a vraiment dit le Pape, il déclare : « Il n'a pas parlé de Sarkozy, il n'a pas parlé du gouvernement français, il n'a pas parlé des Roms! » Pourtant, sur Europe 1, le Cardinal André Vingt-trois tenait un tout autre langage regrettant un « climat malsain dans notre société ». Il dénonce une « surenchère verbale » et le « concours à qui paraîtra le plus sécuritaire ». En revanche, il a précisé que dans son intervention « en français comme chaque semaine », le Pape ne faisait pas spécialement référence au contexte français mais à bien d'autres situations et pays dans le monde :

Encore plus intéressant, Bruno Gollnisch donne sa conception de la République : « la France c'est la République mais ce n'est pas seulement  la République; elle existe depuis 1500 ans! La France n'est pas seulement une réalité idéologique. Contrairement à ce qu'a dit Eric Besson à La Couneuve : "la France ce n'est pas un territoire ce n'est pas un peuple, ce n'est pas une langue", je pense moi que la France, c'est un territoire, c'est un peuple, c'est une langue, c'est une civilisation. »

On aurait aimé que le débat se poursuive sur cette question essentielle. Mais après la revue de presse, il devient carrément régressif. Pour piéger Gollnisch, Bruno Duvic passe un enregistrement de Jean-Marie Le Pen fourni par des journalistes de VSD, au cours duquel, revenant sur son achat, dans les années 60 d'une maison de campagne, Le Pen croit intelligent d'ajouter : « J'ai voulu que mes enfants voient des vaches, pas des Arabes. »
Objectif évident : montrer que Le Pen est raciste. En réalité, cette stratégie anti-lepéniste interpelle. Voilà bientôt trente ans que la gauche la pratique sans succès et que Marine Le Pen en profite aujourd'hui pour dénoncer la diabolisation dont est victime son parti. Le reste du débat sera  à l'avenant, permettant de montrer aux électeurs du FN ou à ceux qui sont tentés de voter FN que décidément France Inter est une radio très à gauche et que le sort réservé à ses représentants relève décidément de la dénonciation plus que du journalisme.

Les derniers sondages font état de 13% d'intentions de vote pour Marine Le Pen. La question, redoutable, qui se pose aux journalistes comme à la gauche est de savoir si, face à sa stratégie, c'est dans les vieux pots de l'anti-fascisme façon années 80 que l'on fabriquera la meilleure potion contre le populisme frontiste. On y reviendra forcément.








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