Giacobbi, le ver dans le fruit corse de SarkozyGérald Andrieu - Marianne | Samedi 22 Août 2009 à 12:01 | Lu 9050 fois
Le député PRG de Haute-Corse serait toujours parmi les prochains ministrables. C’est en tout cas ce que dit la rumeur. Une rumeur qui bénéficie surtout à Nicolas Sarkozy : elle lui permet de tenir l’UMP locale et de fragiliser l’opposition…
Paul Giacobbi au gouvernement, c’est un peu le serpent de mer de la vie politique corse. Depuis des mois, la rumeur court : le président et député PRG de Haute-Corse va rejoindre les rangs de l’équipe Fillon. Une rumeur rendue crédible par un certain nombre de faits. Parmi les plus probants : l’homme a été reçu à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy à l’Elysée et lors d’un entretien privé avec le patron des radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet, il lui a fait part des propositions qui lui ont été faites…
«Si vous nous reconnaissez un certain sens politique, laissez-nous faire!»Fin juin donc, la liste des nouveaux ministres tombe et la « rumeur Giacobbi » s’évapore avec elle. Mais c'est pour revenir aussitôt après : le dernier remaniement devant être parachevé par un second, plus anecdotique, le nom de Paul Giacobbi refait surface. Et désormais les plus importantes figures politiques de l’Île de Beauté y croient. Et s’en inquiètent aussi. C’est le cas de Camille de Rocca-Serra, le président UMP de l’Assemblée de Corse, qui s’en est ouvert début août au Figaro : « J’ai dit [à Nicolas Sarkozy] que si on pratiquait l’ouverture en nommant un Corse du PRG au gouvernement , il faudrait penser à la suite, c’est-à-dire aux territoriales (l’équivalent corse des élections régionales, ndlr) » Et de prévenir : « Si on me dit que quelqu’un entre au gouvernement et qu’ensuite, il fait ce qu’il veut , je réponds OK, mais dans ce cas-là, chacun en tirera les conséquences. » En déplacement sur l’île, « l’assureur militant » Xavier Bertrand a tenté de rassurer Camille de Rocca-Serra et ses troupes sur le ton de « ne-vous-faîtes-pas-de-bile-avec-Nico-on-gère » : « Le président et moi, on aime la Corse. Si vous nous reconnaissez un certain sens politique, laissez-nous faire ! »
«Nous n’avons pas l’intention de faire la courte échelle à un Eric Besson corse»Mais il n’y a pas que du côté de l’UMP locale que l’hypothèse Giacobbi fait grincer des dents. Les radicaux de gauche corses vivent, eux aussi, très mal cette situation. À commencer par le frère ennemi de Paul Giacobbi, Emile Zuccarelli. Contacté, l’entourage du maire de Bastia n’en fait d’ailleurs pas mystère : « Nous n’avons pas l’intention de faire la courte échelle à un Eric Besson corse, explique-t-on, Il faut que Giacobbi clarifie sa position : à aucun moment, il n’a démenti la rumeur. » Depuis que son nom circule, le député de Haute-Corse s’est en effet bien gardé de dire quoi que ce soit sur le sujet (1). Tout juste s’est-il contenté d’écrire sur son blog ce court message qui en dit long : « Tout démenti sera interprété comme une confirmation et comment démentir une rumeur ? Après tout, il vaut mieux une rumeur flatteuse qu'une rumeur diffamatoire ! » Pas suffisant pour Emile Zuccarelli qui d’après un de ses proches devrait prochainement interpeller Paul Giacobbi par voie de presse et lui demander d’arrêter de « faire planer le doute ». Est-ce à dire qu’Emile Zuccarelli va exiger que Paul Giacobbi quitte le PRG : « Non », réplique-t-on avant d’ajouter avec une certaine logique : « Mais s’il ne répond pas : il se sera mis lui-même en dehors du parti… » Et pour un collaborateur d’Emile Zuccarelli d’expliquer qu’il ne s’agit pas là de politique bassement politicienne mais d’un vrai débat : « La force dominante de gauche en corse, c’est le PRG. Paul Giacobbi, c’est la gauche “corsiste”, celle du compromis avec les nationalistes. Emile Zuccarelli, c’est la gauche républicaine… » Une opposition qui se déchire, une UMP locale aux ordres car trop inquiète de voir propulser sous les feux des projecteurs un PRG, finalement avec cette rumeur, Nicolas Sarkozy a tout gagné. La « rumeur Paul Giacobbi », c’est un peu un ver mis dans le fruit corse par le chef de l’Etat. Et après tout, peu importe qu’il entre ou non au gouvernement. Il serait même presque préférable qu’il endosse le costume de ministre le plus tard possible… (1) La demande d'interview de Marianne est aussi restée lettre morte.
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