Ghosn: il n'a pas vu l'hybride, il voit la voiture électrique très tôt
A quelques jours de l’ouverture du salon de l’automobile de la Porte de Versailles, le patron de Renault Nissan squatte les médias. Interview au Monde, passages télé, il était ce matin encore l’invité de Jean-Michel Apathie. Objectif assumé de celui qui fut longtemps porté au pinacle pour son management : vendre son projet de voiture électrique qu'il a mis au point longtemps après ses concurrents...
Tout sur la voiture électrique. Après avoir mis du temps au démarrage sur les technologies électriques et complètement raté le virage de la voiture hybride - marché dominé par Toyota, avec sa Prius et sur lequel est toujours absent Renault-Nissan -Carlos Ghosn a engagé son entreprise dans une course effrénée au véhicule 100 % électrique.
Le poids des mots le choc des dollars : lancé il y a quatre ans, le programme pèse 6 milliards de dollars et mobilise plus de 2 000 ingénieurs. Pour celui qui a déjà dû céder une parcelle de son pouvoir à Patrick Pelata, le pari est à hauteur du risque encouru. Il doit convaincre sur deux plans. Primo, de la capacité pour Renault-Nissan de production massive de voitures électriques « compétitives » et des batteries qui vont avec. Secundo : de la taille du marché pour ces véhicules. Enfin et surtout, Gohsn doit convaincre ses actionnaires et en particulier, l’Etat français encore au capital pour plus 20% de l’ancienne régie. Face à Jean-Michel Apathie, dont on avait du mal à apprécier les compétences en la matière ce fut un peu laborieux…
« Ceux qui viendront au Mondial de l'automobile pourront, dès aujourd'hui, commander leur première voiture électrique », s’est d’abord félicité Carlos Ghosn. Avant de préciser que « les premiers modèles vont commencer à être livrés début septembre prochain ». Mais l’optimisme de Ghosn est sans limite. Contre vents et marées, il croit dur comme fer que le marché du véhicule électrique atteindra 10 % du total des ventes en 2020… Et le PDG de Renault-Nissan de sortir son argument qui tue : le prix. Pour lui, la stratégie de Renault-Nissan est claire : « Dès le départ, nous avons voulu des prix abordables, nous souhaitions populariser la voiture électrique ». Qu’en est-il réellement : pour la Kangoo, la version grand public devrait coûter 15 000 euros hors taxe (ajouter 19,6 % de TVA, ca fait tout de suite 3 000 euros supplémentaires). Mais ce n’est pas tout, à ce prix là, on a le tas de taule et le moteur, mais pas les batteries, qu’il faudra louer : 72 euros par mois.
Il y a quand même une bonne nouvelle avec le « plein » (de watts) à 2 euros le plein pour 160 kilomètres. La contrainte, en termes d’autonomie, est forte, mais Carlos Ghosn sort son joker, une statistique selon laquelle « 80% des Européens font moins de 80 km par jour ; 30% des voitures sont vendues à des personnes qui ne font jamais plus 150 km par jour » ; enfin il le reconnaît, les bornes que Renault-Nissan installera, 10 000 dollars l’unité tout de même, ne seront pas compatibles avec celles de Peugeot, comme le lui arrache Jean-Michel Apathie… Formid : il a fallu vingt ans pour faire cesser l'incompatibilité entre Mac et les PC, les consommateurs pestent, aujourd'hui encore, contre les chargeurs de portables incompatibles entre les marques et Môsieur Goshn nous annonce avec le sourire qu'un couple ayant une Renault et une Peugeot devra disposer de deux recharges distinctes dans le garage ! Bravo la modernité !
Mais l’optimisme de Carlos Ghosn est sans limite. Certains le qualifient même de « bold », anglicisme qui décrit une situation entre « risquée » et « totalement folle ». Car Renault-Nissan fait reposer sa stratégie sur une hypothèse plus qu'osée : un marché des véhicules électriques à 10 % du total des ventes à l’horizon 2020. L'entreprise est la seule à mettre la barre aussi haut. Wolkswagen mise sur un niveau proche de 1,5% à 2% pour l’hybride et le 100% électrique, comme les cabinets d’études spécialisés. Ainsi de Tim Urquhart, de IHS Global Insight, qui fait référence dans le domaine, pour lequel les voitures 100% électriques capteront 0,6% des ventes mondiales en 2020, auquel il convient d’ajouter 0,7% pour les hybrides.
L'incertitude est en effet importante. Au moins trois paramètres commandent le futur du véhicule électrique: le prix du pétrole, l'implication des gouvernements, en fait les subventions qu'ils consentiront à accorder (merci le lobby vert) et enfin la capacité des consommateurs à modifier leurs comportements...
Peu importe, en 2020, Monsieur Ghosn aura passé la main. Et la presse économique saluera la retraite d'un génie de l'automobile...
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