Gare au Bisphénol A !Isabelle Saporta | Mercredi 4 Mars 2009 à 07:00 | Lu 9190 fois
Par Isabelle Saporta. On en trouve partout dans les biberons, les récipients plastiques pour micro-ondes et même dans le revêtement des boîtes de conserve! De nombreuses études indépendantes ont apporté la preuve de sa toxicité. Malgré cela, cette substance n’est toujours pas interdite en France.
(photo helenmoverland-flickr-cc)
Pour son lancement, le Réseau Environnement Santé a voulu frapper fort en réclamant l’interdiction du bisphénol A (BPA), cette substance chimique que l’on retrouve dans certaines matières plastiques, dans les revêtements des boîtes de conserve et pire encore, dans la composition de la majorité des biberons. André Cicolella chimiste et toxicologue, s’étonne de la tiédeur des avis rendus par l’AFSSA (l’agence française de sécurité sanitaire des aliments) et l’EFSA (Agence européenne pour la Sécurité Alimentaire) alors que le BPA est suspecté d’engendrer cancers (du sein, de la prostate, des testicules), baisse de la fertilité, troubles du comportement, diabète et obésité. Malgré ces risques scientifiquement prouvés, ces instances refusent de réviser les normes de toxicité de cette substance prétextant que « c’est la dose qui fait le poison »… Et en l’occurrence, la dose ne serait pas atteinte.
Le bisphénol A? Il s'est arrêté à nos frontières! En attendant, 28 études dûment publiées sur 28 études commanditées, démontrent des troubles du comportement à des doses inférieures à la norme européenne... D’ailleurs le Canada a réagi très vite en interdisant l’été dernier la présence de bisphénol A dans les biberons. En quelques semaines seulement, les industriels ont retiré du marché tous les biberons contenant du BPA. Preuve que lorsqu'il y a volonté politique, les choses se font sans heurts. Dans le cas contraire, le principe de précaution reste une affaire de lanceurs d’alerte trop souvent marginalisés. « Avec le Bisphénol A, on est en plein syndrome de Tchernobyl, persuadé, une fois encore, que le nuage s’arrêtera à nos frontières… », peste André Cicolella.
93% de la population américaine est imprégnée de cette substance. « Or, on peut extrapoler que s’agissant du BPA nous sommes des Américains comme les autres puisque les pouvoirs publics n’ont pas jugé digne d'intérêt de tester la population française », ironise le toxicologue.
La charge est rude contre les agences sanitaires. André Cicollela va même jusqu’à émettre des doutes sur leur mode de fonctionnement. Il s’étonne notamment de l’unanimité de leur comité scientifique sur des questions qui semblent pourtant diviser le milieu des chercheurs. « Il est amusant de noter que les études indépendantes parviennent toutes à la conclusion de la dangerosité du BPA alors que celles qui sont financées par les industriels sont beaucoup plus mesurées », persifle André Cicolella. Et si, pour une fois, on écoutait les lanceurs d’alerte pour ne pas subir un nouveau scandale de l’amiante ?
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