Gagner plus pour acheter plus ou la folie des hommesBernard Maris | Mardi 24 Mars 2009 à 07:00 | Lu 10911 fois
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Qui s'interroge sur les pulsions consuméristes et le stakhanovisme de certains. L’économie n'aurait donc rien de raisonnable?L’économie est-elle le domaine des pulsions et non celui de la raison ? Quand vous regardez une publicité sur une voiture, laquelle suscite votre désir d’acheter une voiture... On vous présente toujours cette machine dans un magnifique paysage désertique, où elle file à une vitesse invraisemblable et dans un bien-être et un silence absolu. On ne vous vend pas cette voiture immobilisée dans un embouteillage à coté d’un camionneur hargneux qui vient de vous faire une queue de poisson. Autrement dit on ne vous vend pas une voiture, mais de la beauté et de la liberté. On ne vous vend pas de la pollution, des paysages saccagés par les autoroutes, des forêts détruites pour produire de l’éthanol, mais du bien-être ; on ne s’adresse pas vraiment à votre raison. Les publicitaires ont bien compris depuis longtemps, que l’homme économique, l’acheteur en l’occurrence, n’est pas un animal raisonnable... Il est à craindre qu'il soit mu par des « pulsions ». Le désir d’acheter toujours plus, d’accumuler toujours plus, de s’enrichir au-delà de ce qu’on ne pourra jamais consommer, le besoin de détruire, d’épuiser la nature, pour des satisfactions immédiates, ne sont pas très « rationnels ». Et surtout pourquoi désirer toujours et toujours plus d’argent ? Keynes, le grand économiste disait que ce désir relevait, je cite, de la maladie mentale un peu répugnante. Il était fasciné par le mythe du Roi Midas, qui avait demandé à Dyonisos le pouvoir de tout transformer en or : Mais quand il voulut manger, il fut bien marri ! A tel point que je crois qu’il faut se poser la question : n’existe-t-il pas une certaine volupté dans la destruction et le massacre de la nature, ce qui expliquerait que l’on détruise aujourd’hui les dernières forêts d’Indonésie pour y planter des palmeraies pour les futurs « biocarburants » (avec 3000 guillemets à bio).
Et pourtant il faut travailler pour vivre ! Nous ne sommes plus, hélas, des singes qui sautillons et mangeons de branche en branche. Mais pourquoi « surtravailler » pour vivre ? Pourquoi travailler plus pour gagner plus, s’il suffit de travailler pour gagner, j’entends bien qu’il faille travailler pour gagner ? La servitude volontaire est un des grands mystères de l’humanité. Je parle de la servitude volontaire au travail : pourquoi surtravailler quand nous pourrions nous contenter de travailler ? Réponse : parce que les autres surtravaillent. L’économie relève bien des phénomènes de foule, comme le pensait Keynes, et non des individus raisonnables.
La phrase du jour : « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors seulement vous vous apercevrez que l'argent ne se mange pas » Prophétie d'un Chef Indien Cree. Retrouvez L'autre économie, la chronique de Bernard Maris sur France Inter.
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