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G8 : les dirigeants se bercent de bonnes nouvelles

Jeudi 9 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 4815 fois I 25 commentaire(s)

François Leclerc - Journaliste et blogueur

Le G8 a commencé. A l'Aquila, la ville italienne qui a vécu un violent séisme en avril. Selon François Leclerc, malgré la crise, les chefs d'Etat et de gouvernement eux, ne tremblent pas. Le G8 devrait aboutir, encore, à des pétitions de principe sans effets.


G8 : les dirigeants se bercent de bonnes nouvelles
Du monde entier, voici les principales informations de ce jour, mercredi 8 juillet 2009, jour du G8 de l’Aquila, où il est prévu – et fièrement annoncé - que les chefs d’Etat seront évacués du lieu de la conférence si un tremblement de terre devait dépasser 4 dans l’échelle de Richter. Personne ne semblant avoir demandé aux organisateurs comment ils faisaient pour connaître la magnitude d’une secousse avant qu’elle ne se soit produite.


Un second plan de relance américain ?
Laura Tyson, membre de la Commission de conseil économique de Barack Obama, était hier à Singapour, où elle a annoncé devant le Nomura Asia Equity Forum que les Etats-Unis pourraient avoir besoin d’un second plan de relance consacré à la réalisation de travaux d’infrastructures, dont le montant pourrait être décidé à la fin de l’année, au vu des résultats du premier plan (de 787 milliards de dollars). La reprise pourrait donc avoir besoin d’un petit coup de pouce supplémentaire de quelques centaines de milliards de dollars.

Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a adressé un message aux chefs d’Etat qui sont réunis aujourd'hui en déclarant à Genève : « Le pire de la crise en matière sociale est toujours à venir, ce qui veut dire que le pire de la crise en matière politique est toujours à venir ». Au cas où les membres du G8 ne s’en seraient pas encore rendu compte par eux-mêmes.


Réunis à Bruxelles, les ministres européens des finances ont planché sur la situation du système bancaire. Suite à des discussions approfondies, Anders Borg, le ministre suédois des finances qui présidait la réunion, a indiqué en pesant ses mots que l’on avait besoin d’un « système financier plus robuste en Europe ». Charlie McCreevy, Commissaire européen en charge des services financiers, a heureusement expliqué au briefing des journalistes, qui étaient restés un peu sur leur faim, qu’une modification de la législation européenne sera proposée en octobre, afin de « soutenir l’introduction d’un provisionnement prospectif, qui consiste à constituer des provisions prélevées sur les bénéfices au cours des périodes de conjoncture favorable, en vue de couvrir les pertes attendues sur les portefeuilles de crédit ». D’ici là, il a sans doute été demandé aux banques de tenir et de serrer les dents.

L'Allemagne cherche à protéger ses banques
Les Allemands, dont le secteur bancaire est particulièrement sinistré, ont demandé que les exigences en fonds propres des banques soient immédiatement assouplies. Ils n’ont pas eu gain de cause. Les ministres ont par contre été unanimes pour demander à l’IASB, l’organisme international chargé de fixer les normes comptables, de s’aligner sur les normes américaines du FASB (abandon de la « fair market value »). L’IASB se faisant prier, ils ont précisé qu’ils souhaitaient instamment que cela intervienne à temps… pour qu’il puisse en être tenu compte dans les bilans de l’année 2009. Agitant un chiffon rouge, Peter Steinbrück, ministre Allemand des finances, n’a pas caché qu’il avait parfois « réellement un doute » sur le fait que l’IASB puisse « garantir que les entreprises européennes ne soient pas désavantagées par rapport à leurs homologues américaines », d’où sa proposition initiale.

La Grande Bretagne accuse l'Europe de protectionnisme
S’exprimant à Londres devant l’Alternative Investment Management Association (AIMA), qui regroupe dans le pays les fonds spéculatifs, Paul Myners, secrétaire d’Etat britannique aux finances, a tiré à boulets rouges contre le projet Européen des hedge funds, sombre manigance selon lui de l’ennemi héréditaire français. « Il est peut-être facile pour d’autres pays européens de capitaliser politiquement en exigeant une régulation envahissante d’un secteur dont ils ont peu ou pas d’expérience directe », regrettant une attitude « déplorablement à courte vue, proche d’une forme faible de protectionnisme », à laquelle il a opposé la ferme conviction que « l’Europe a beaucoup à gagner d’un secteur de l’investissement alternatif florissant. » Pour faire bonne mesure devant un auditoire conquis d’avance, il a estimé « contre-productives » d’éventuelles limites réglementaires au niveau d’endettement des hedge funds, préférant donner au FSA, l’autorité britannique de services financiers, la capacité d’intervenir au coup par coup dans les cas d’endettement excessif. Les hedge funds gèrent 1.300 milliards de dollars dans le monde, la City jouant tout son rôle dans le dispositif.

L’un à Bruxelles, l’autre à Francfort, le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, et Axel Weber, le président de la Bundesbank, se sont sérieusement opposés, à propos d’une proposition du premier. Elle envisageait que la Bundesbank s’engage dans des prêts directs. Un communiqué de cette dernière a clos le débat avant qu’il n’ait commencé : « L’octroi direct de crédits à des entreprises en-dehors du secteur financier ne fait pas partie des instruments de l’eurosystème et de la Bundesbank. Une telle mesure n’est pas discutée par la Bundesbank ». A l’appui de ce refus, témoignant d’une grande clarté de vue dans l’analyse, Alex Weber a déclaré : « l’Allemagne ne se trouve actuellement pas dans une crise du crédit (…) le système bancaire remplit ses devoirs comme avant ». Il se trouve que le président de la Bundesbank est un des membres les plus influents du conseil des gouverneurs de la BCE.

Daté de Washington, un communiqué de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a reproduit la déclaration de Gary Gensler, son président : « Je crois fermement que nous devons utiliser de manière déterminée tout ce qui est en notre pouvoir pour faire en sorte que le marché fonctionne honnêtement ». En conséquence, la CFTC étudie la possibilité d’imposer des « limites de position pour toutes les matières premières en quantité finie, en particulier les matières premières énergétiques, comme le pétrole brut, le fioul de chauffage, le gaz naturel, l’essence ou autres ». Techniquement, un plafond au nombre de contrats d’option sur un même produit qu’un opérateur pourrait vendre ou acheter en dehors des contrats pris pour sa couverture serait déterminé. Cette formule de compromis entre la situation actuelle, marquée par l’absence de toute limite de cette nature, et une interdiction de la spéculation, qui résulterait de l’obligation de n’acheter des contrats que pour se couvrir, sera discutée en juillet et août avec « les partenaires intéressés ». Afin d’en déterminer les modalités d’application. On attend avec curiosité celles-ci, et ce qu’elles laisseront dans les faits subsister des intentions initiales de Gary Gensler.

Depuis Tokyo, Kaoru Yusano, ministre japonais des finances, s’est peut-être un peu avancé en affirmant que « du point de vue des puissances économiques mondiales, il existe entre les Etats-Unis, l’Union Européenne et le Japon une opinion partagée selon laquelle nous serions sortis de la pire phase de la récession ». Car depuis Madrid, le gouverneur de la Banque d’Espagne, Miguel Angel Fernandez Ordonez, a rappelé à l’occasion d’une conférence sur la sortie de crise qu’« Il y a un proverbe chinois selon lequel on ne peut pas dire qu’un homme a été heureux avant le dernier jour de sa vie. Nous devrions probablement montrer la même prudence pour parler de la sortie de la crise ». « Aujourd’hui, la majorité des institutions élaborant des prévisions sont d’accord pour dire que le rétablissement de l’économie mondiale pourrait avoir lieu au début de l’année qui vient » a-t-il enchaîné, « mais les niveaux d’incertitudes sont énormes ».

A l’Aquila, l’OCDE va communiquer aux chefs d’Etats réunis pour le G8 ses « douze commandements », un document qui fera date dans l’histoire des pétitions de principe sans effets. Parmi ceux-ci, il est possible de particulièrement relever le suivant : « Les instruments et structures financiers ne doivent pas être détournés de leur usage pour dissimuler les réels bénéficiaires » (de l’activité). Aucun commandement ne traite malheureusement du cas des instruments et structures financiers qui n’ont pas du tout besoin d’être détournés de leur usage pour aboutir à ce résultat.

Lire les articles de François Leclerc, sur le blog de Paul Jorion








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