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G8, G14, G20, G192, où est le bon point G ?

Régis Soubrouillard - Marianne | Samedi 18 Juillet 2009 à 13:01 | Lu 4666 fois

La dernière réunion du G8 à l'Aquila a montré les limites d'une telle structure désormais confrontée à une crise mondiale. Certains commentateurs n'ont pas hésité à affirmer qu'il s'agissait de la dernière rencontre sous cette forme. Si Lula et Sarkozy plaident pour un G14, Obama n'est pas un inconditionnel de ces sommets. Reste qu'à 8, 14 ou 20, les grandes puissances entendent bien conserver leur pré carré diplomatique.



Dessin de Louison (http://louison-et-les-crayons.blogspot.com/)
Dessin de Louison (http://louison-et-les-crayons.blogspot.com/)

G8, G14, G20. Et plus si affinités ? Confrontées à la crise, les puissances occidentales semblent avoir quelques difficultés à imaginer l’architecture de leur structure de discussions sur les problèmes du monde. Les palliatifs sur l’ouverture à des thématiques telles que le climat ou les invitations temporaires accordées à des pays émergents ne font guère illusion. Au contraire, ils accentuent même le sentiment d’un fossé qui s’accroît entre les VIP permanents et les invités de seconds rangs autorisés, de temps à autre, à se joindre à la « fête ». D’où l’urgence pour la structure « G » de retrouver légitimité économique et pertinence politique au risque de faire rapidement son entrée au musée de l'histoire de la diplomatie du pré carré.  


C’est le constat que faisait Hubert Védrine dans Libération au sortir du dernier G8 de l’Aquila : « Ce G8 raconte la fin du monopole occidental, le plus grand phénomène géopolitique actuel. Une fin d’autant plus rapide qu’il y a peu, les démocraties du Nord se rêvaient maîtres du monde. Si l’idée de l’élargissement n’est pas nouvelle, la crise a accéléré l’implosion du G8 ».


G8, 14 ou 20: un système baroque

Si le G8 n’a plus de raison d’être, certains chefs d’Etat des principales puissances mondiales n’entendent pas renoncer pour autant à leur primauté quitte à élargir le cercle des invités.

Lassé d’être invité « pour le café et pour la photo », le brésilien Lula avait confié au Monde que les pays émergents « devaient prendre une part plus importante aux délibérations », se déclarant même favorable à un G20 permanent.

Depuis, le président Brésilien a mis un peu d’eau dans son cher café se disant favorable à un G14 : «déjà plus représentatif et plus proche des réalités de la crise ». Et plus facile à mettre en place d’ici à 2011. Le G14 serait ainsi le résultat de la fusion du G8 (Etats-Unis, Canada, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Japon et Russie) avec le G5+1 (à savoir les 5 plus grandes économies émergentes et l’Egypte soit : la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique, l'Afrique du Sud). 

En fait, la propsition de Lula a été faite en concertation avec la France. Nicolas Sarkozy souhaite en effet développer des relations privilégiées avec le Brésil, l'Inde et l'Egypte, la diplomatie chinoise s'étant révélé quelque peu décevante.

Le G8 est-il condamné pour autant ? Pas sûr. Certains chefs d’Etats se sont prononcés pour une addition des forums (G8, G14, G20) susceptibles chacun d’aborder thématiques différentes (marché du travail, concurrence, problèmes économiques et financiers, problèmes climatiques, matières premières etc.). Une option qui ne devrait pas recevoir l’assentiment de Barack Obama loin d'être un inconditionnel de ces sommets où les discussions sont longues et les décisions pas toujours à la hauteur des enjeux. En quittant le G8 de l’Aquila, Obama s'est plaint de la multiplication des sommets. D'une manière générale, il s'est prononcé pour une rénovation des institutions internationales, à commencer par les Nations unies ou le G8, institutions « datées », a-t-il dit.  « Je suis un grand partisan des Nations unies, mais elles doivent être réformées et revitalisées et je l'ai dit au secrétaire général. Penser que ces institutions peuvent appréhender correctement les énormes changements intervenus au cours des dernières décennies n'a pas de sens ».


Reste à savoir si trouver le bon point « G » changera véritablement quelque chose à la représentativité et à la marche du monde. Le cœur d’Hubert Védrine balance : « Oui, parce qu’il pèse 80 % du PNB mondial. Non, parce que 172 pays, sur les 192 membres de l’ONU, restent encore exclus de ce club fermé. On s’achemine vers un système baroque fait de multiplication de «G» dans tous les sens. Mais pour autant, pas de gouvernance ni de communauté internationale. Pas de solutions ni de préconisations globales. Parce qu’il n’y a pas d’autorité mondiale, pas de vainqueur, comme après la guerre. Pas d’harmonisation d’un monde fondé sur des valeurs communes ».


Un monopole occidental en déclin, mais pas encore mort

Et à grossir régulièrement les rangs de ces forums internationaux, pour tenir compte de l’évolution  des équilibres - et déséquilibres- du monde, la question se pose : au nom de quoi exclure des pays d’une telle organisation et ne pas imaginer une organisation regroupant tous les pays représentés aux Nations Unies, avec des compétences élargies aux questions économiques et financières et un conseil restreint ? Ce « G192 » existe déjà en partie. Emanation de l’ONU, cette commission présidée par Joseph Stiglitz a été mise en place pour élaborer un rapport sur la réforme du système monétaire et financier international par Miguel d’Escoto, Nicaraguayen, président de l’Assemblée générale de l’ONU jusqu’en septembre prochain. Dans un rapport discuté en juin dernier aux Nations Unies sur les causes de la crise, la commission incrimine « la disparité croissante des revenus dans la plupart des pays » et dénonce les « postulats erronés » que sont « des marchés efficients et auto-correcteurs », proposant également de ne pas confier les solutions de la crise aux organismes qui ont été une partie de la cause de la crise.

D’ailleurs, appelé à se réunir fin juin, la conférence des « G192 » a accueilli quelque 120 pays, principalement en voie de développement. Dans un discours, le président équatorien, Rafael Correa, a remarqué que des urgences surgissaient aujourd’hui pour les peuples de la planète « dont les intérêts sont foncièrement différents de ceux de la minorité qui détient le capital ». 
Des propos peu envisageables dans des discussions entre chefs d’Etats du « G ». Qu’ils soient 8, 14 ou 20.

De nombreux pays occidentaux ont dépêché des délégations de niveau modeste à cette conférence, aucun chef d’Etat, signe d’un évident manque d’intérêt et encore symbolique d’un profond clivage Nord-Sud. Faux problème pour Hubert Védrine: « la question de la représentativité ne se pose pas. Les pays riches, contrairement à ce que disent les ONG et les alters, ont le droit de se réunir ».
Preuve quand même que si le monopole occidental dans les institutions internationales est sur le déclin, il vendra chèrement sa peau.




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