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Frédéric Lefebvre: «violeurs, drogués, prostitués: bienvenue chez les Internautes!»

Sylvain Lapoix | Mardi 16 Décembre 2008 à 16:12 | Lu 23044 fois

Jamais en manque de cheval de bataille, le fougueux porte-parole de l’UMP et fidèle sarkozyste Frédéric Lefebvre a chevauché la régulation du web. L’occasion d’une épique harangue sur cet univers peuplé de pervers, de trafiquants en tout genre et dont l’outrageante liberté pourrait nous mener au pire. Si, si.



(photo : Rat Phlegm - flickr - cc)
(photo : Rat Phlegm - flickr - cc)
Quelle est cette nouvelle citadelle assiégé que défend le chevalier blanc du sarkozysme ? La défense des droits de l’homme ? Le droit au repos dominical ? L’indépendance du service public ? Non, c’est… le filtrage et la taxation du web ! Auteur d’un amendement sur l’article 22 de la loi sur la communication et l’audiovisuel public, Frédéric Lefebvre a pris lundi la parole pour donner son avis sur un web qu’il veut taxer, contrôler et surveiller. « L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! », a-t-il lancé avant d’énumérer, lyrique, les dangers qui guettent tout un chacun au coin de l’écran…

Viols, bombes artisanales et faux médicaments… n’en jetez plus !
Car, pour le député des Hauts-de-Seine, l’absence de régulation du web pourrait faire autant de dégâts que le manque de visibilité sur les transactions financières : « Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde », propose-t-il modestement.

Dans les yeux du très sarkozyste porte-parole de l’UMP, il n’y a pas un chancre, pas un vice qui ne s’épanouisse pleinement sur Internet où les proxénètes et les vendeurs d’armes se sont installés, tandis que « les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid »« Des députés aussi », l'a malicieusement interrompu Patrice Bloche. Mais l’heure est trop grave pour ces gaudrioles libertariennes. D’ailleurs, Lefebvre en est convaincu, « Ceux qui profitent du système refusent tout contrôle, sous prétexte de liberté. » La liberté, voilà l'ennemi !

Dans une cave avec des serveurs
Pénétré de son sujet, il rejoue avec émotion les épisodes de ses anciennes années de communicant du web où il lançait des serveurs « dans les caves du XVIIIème arrondissement. » Mais le web a depuis bien changé dans les yeux du député : « Internet reste l’un des lieux du monde où règne le capitalisme sauvage, le libéralisme sauvage ». Raison pour laquelle il espère que la France montrera la voie au monde… en fliquant le web.

Déclaration intégrale du député des Hauts-de-Seine Frédéric Lefebvre lors de la première séance du lundi 15 décembre 2008
(source : compte rendu intégral de l'Assemblée nationale). Frédéric Lefebvre. Je tiens beaucoup à cet amendement parce que le monde vient de vivre la plus grave crise qu’il ait connue depuis 1929, et qu’une seule réponse s’est imposée – réclamée sur tous les bancs – : la régulation. Il aura fallu attendre que des établissements financiers soient en faillite, que la croissance soit au point mort, que des pays soient au bord du gouffre, pour que le monde se réveille et accepte enfin de construire un système régulé au plan international. Faudra-t-il attendre qu’il y ait des dégâts irréparables pour que le monde se décide à réguler Internet ?

L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?

Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde.

[…]

Vous pouvez vous gausser, chère collègue, mais ce dont je parle est important.

La mafia s’est toujours développée là ou l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.

[M. Patrick Bloche. Des députés aussi !]

Il nous faut réagir, avec nos armes.

Le CSA, dont chacun se plait à souligner le travail en matière de protection des enfants sur tous les diffuseurs de contenus, doit pouvoir étendre son action à Internet. J’aimerais que vous soyez, comme moi, défenseurs du CSA.

Par la concertation, il doit pouvoir développer une charte à laquelle les sites seraient adhérents et faire la chasse aux contenus dangereux pour les plus jeunes.

De même, comme il le fait avec tous les diffuseurs, il faut qu’il ait les moyens de contraindre les entreprises à acheter ou à participer au financement des contenus grâce auxquels elles créent de la valeur sur Internet. Cette participation financière, cher collègue Rogemont, devrait être proportionnelle à la part de ces contenus dans la création de valeur ajoutée. Nous allons voir si M. Bloche est toujours favorable à des modes de financement de la création.

On va me répondre que je ne comprends rien à Internet, que je dépeins le retour de Big Brother, une atteinte à la liberté, que ma proposition n’est pas applicable, qu’elle pousserait les sites à s’installer à l’étranger, etc. En fait, je connais sans doute plus que d’autres le monde d’Internet pour des tas de raisons. (Murmures sur les bancs du groupe SRC.)

[…]

Ce n’est pas de la prétention. Je vais vous donner ma part de vérité que vous écouterez si vous voulez, monsieur Bloche.

[…]

Il se trouve que j’ai commencé à communiquer sur Internet avant même la création de Wanadoo, parce que mon frère qui vit aux États-Unis en est l’un des pionniers.

[M. Patrick Bloche. Quel homme !]

Il y a plus de dix ans, j’ai passé quelques bouts de nuits à ses côtés dans certaines caves du 18ème arrondissement – peut-être y étiez-vous aussi, monsieur Bloche ? – pour mettre en route des serveurs. Je connais donc parfaitement Internet. Lorsque ce mode de communication ne concernait que quelques milliers d’individus, ceux qui ne sont mus que par l’appât du gain en restaient éloignés. Maintenant que des millions de Français l’utilisent régulièrement, les enjeux économiques sont devenus considérables, et Internet reste l’un des lieux du monde où règne le capitalisme sauvage, le libéralisme sauvage. (Rires et exclamations sur les bancs du groupe SRC.)

[Mme Aurélie Filippetti. Que vous avez découverts il y a un mois !]

Ceux qui profitent du système refusent tout contrôle, sous prétexte de liberté.

De la même façon que nous lançons la guerre aux paradis fiscaux…

[Mme Aurélie Filippetti. Ah bon ?]

[M. Patrick Bloche. Depuis quand ?]


Il nous faut réguler Internet partout dans le monde, afin que toutes les entreprises respectent le droit de propriété, que les trafiquants et les voyous en tout genre soient poursuivis, que cet espace continue à se développer dans le respect de la personne humaine et des principes démocratiques. Notre pays doit montrer la voie.


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