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France Télécom : le problème, c'est la génération bonus!Laureline Dupont - Marianne | Lundi 14 Septembre 2009 à 12:22 | Lu 12497 fois
Le patron de France Telecom sera reçu demain matin à l'Elysée. En attendant, les langues se délient. Les employés montent au créneau pour dénoncer les pratiques douteuses d'une direction dont le seul but serait de faire du chiffre. Florence Noiville, auteur de J'ai fait HEC et je m'en excuse, revient sur l'une des origines du problème: la formation des managers.
(couverture J'ai fait Hec et je m'en excuse, de Florence Noiville)
Florence Noiville est journaliste au Monde. Mais surtout, Florence Noiville a fait HEC. Elle garde de cette expérience un souvenir affolé. Et affolant. Dans son livre J'ai fait HEC et je m'en excuse, elle brosse un portrait édifiant de l'enseignement dispensé dans les grandes écoles. Plus que des managers, HEC et les autres forment de futurs escrocs, de véritables requins de la finance prêts à tuer père et mère pour un euro de plus. Sombre constat qui interpelle, à l'heure où les salariés de France Telecom dénonce un management par la terreur.
Marianne : Que pensez-vous de la situation à France Telecom ? Florence Noiville : Elle ne m'étonne pas tellement. Elle est liée à l'éducation des managers. Les business school propagent un modèle dangereux et périmé qui est sous-tendu par le principe : « Greed is good » (la cupidité c'est bien). Dangereux parce qu'on peut pratiquer l'avidité en étant complètement décomplexé. L'objectif est de maximiser le rendement à court terme par tous les moyens possibles. Cette philosophie est aussi à l'origine de la génération bonus. La dimension humaine est largement sous-estimée quand on est en école et cela peut avoir des conséquences tragiques. Et périmé parce qu'on a vu que c'était un modèle qui ne marchait pas en terme de bien-être. Le malaise des cadres peut conduire aux tragédies qu'on connaît. M. : Vous pensez que ça peut se passer comme ça ailleurs ? F. N. : Partout où l'on pousse à bout le principe MMPRDC, « Make more profit, the rest we don't care ». Partout, cette maximisation du profit se fait au détriment de la dimension humaine. Faire sortir une personne de la masse salariale est considéré comme une victoire. L'humain devient l'ennemi, une source de coûts à contenir le plus possible. Mais la charge de travail ne baisse pas, le stress est plus grand et le sentiment de culpabilité de voir ses camarades partir alors qu'on reste se développe. M. : Comment réformer l'éducation des managers ? F. N. : Il faudrait réintroduire l'aspect humain. Les étudiants n'ont pas de cours d'éthique obligatoires à HEC. Avant il n'y avait pas non plus de cours de relations humaines. De toutes façons, ces cours sont considérés par les élèves et le corps professoral comme du pipeau. Les matières reines sont la finance et le marketing. Aux Etats-Unis, c'est en train de changer mais assez peu ici. J'ai fait HEC et je m'en excuse, Florence Noiville, éditions Stock, Paris, 2009, 11,40 €
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