France Télécom: et pourquoi pas des uniformes en papier, tant qu'on y est?Gérald Andrieu - Marianne | Mardi 29 Septembre 2009 à 14:01 | Lu 8595 fois
Alors que l’on apprend qu’un 24e salarié de France Télécom s’est donné la mort, Europe 1 révéle que l’entreprise va s'installer cette année dans un immeuble «anti-suicide» aux normes de sécurité modèles. Mais ce n’est pas assez, il faut aller encore plus loin pour mettre fin à la «mode» du suicide!
«J’ai probablement fait des erreurs, qui se sont traduites par du stress auprès des salariés ». Didier Lombard aurait-il perdu la tête ? Dans les colonnes du Parisien – Aujourd’hui en France, le PDG de France Télécom ose esquisser un début de mea culpa, avant d'annoncer que son groupe suspendait le principe de mobilité. Même s'il persiste: il n’est en rien responsable de la vague de suicides dans les rangs de ses salariés. D’ailleurs, la direction du groupe prend très très au sérieux cette « mode » qui consiste à mettre fin à ses jours pour des raisons bassement professionnelles. La preuve : alors qu’on apprend qu’un 24e employé du groupe vient de se suicider, Europe 1 révèle que… « France Télécom construit un immeuble “zéro suicide” » !
Baptisé Balthazar, le bâtiment d’une superficie de près 31 000 m2 et pouvant accueillir 2 000 personnes, se situe à proximité du Stade de France, à Saint-Denis, place des Droits de l’Homme (sic) ! Le « design contemporain » est « [signé] par des architectes de renommée internationale », précise la plaquette de présentation de l’édifice et « offrira une image forte à ses occupants ». Mais surtout, tout a été pensé pour que le trépas n’ait pas sa place derrière ces murs. Sur proposition de son Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), la direction de France Télécom a décidé d’un certain nombre d’aménagements « anti-suicide » : « a priori » aucune des fenêtres ne devrait pouvoir s’ouvrir, les terrasses ne sont pas accessibles et, quand ce n’est pas le cas, les rambardes ont été rehaussées.
C’est bien. C’est même malin. Mais c’est encore trop peu. Didier Lombard devrait s’inspirer des merveilleuses mesures préconisées par Michèle Alliot-Marie pour endiguer cette autre « mode » qui frappe les détenus et qui consiste à se pendre avec son slip dans sa cellule. En patron responsable, il devrait par exemple exiger que les habits civils soient laissés à l’entrée du bâtiment pour être troqués contre des uniformes en papier. D’ailleurs, France Télécom devrait retenir d’autres mesures issues du monde carcéral : obligation de retirer les lacets de ses chaussures, interdiction formelle d’utiliser autre chose que des couverts en plastique à la cantine, fouille corporelle approfondie pour que des lames de rasoir ne soient pas introduites dans l'enceinte du bâtiment. C’est bien beau de s’occuper de l'immeuble, mais il faudra aussi songer au mobilier qui y prendra place. Fini le temps des tables en verre et des chaises en bois. L’avenir, c’est le mobilier en mousse, partout, à tous les étages, et des murs capitonnés, partout aussi, à tous les étages ! Certes, cela n'empêchera pas les désespérés de France Télécom de commettre l'irréparable: le dernier employé à avoir mis fin à ses jours s'est jeté du haut du viaduc d'Alby-sur-Chéran en Haute-Savoie. Mais au moins, ils ne feront plus ça sur leur lieu de travail. C'est apparemment tout ce qui importe au patron de l'opérateur de télécommunications...
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