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Fonctionnaires : que signifie la grève de la grève ?Elie Arié - médecin | Vendredi 22 Janvier 2010 à 17:01 | Lu 7519 fois
Hier, la fonction publique était dans la rue... Peu nombreuse d'ailleurs. Un signe de plus pour Elie Arié de la nécessité d'une refondation de la gauche. A partir de Lula ou de Chavez ?
L’échec de la grève des fonctionnaires d’hier illustre une réalité que ceux qui nous annoncent un nouveau mai 68 depuis bientôt un demi-siècle se refusent à voir : aujourd’hui, la gauche, telle qu’elle a existé en France jusqu’en 1983, n’existe plus. Ni en France, ni en Europe, ni dans le reste du monde, sauf en Amérique Centrale et du Sud, où elle est en train d’échouer (Chavez, Castro), et le pays qui y progresse le plus en profitant au maximum de la mondialisation est le Brésil, dirigé par l’ancien candidat du Parti des Travailleurs, une évolution qui résume celle du monde depuis vingt ans.
Nous sommes entrés dans une longue période de transfert des richesses de l’ Occident vers l’ Asie, l’Inde et le Brésil contre lequel certains veulent répondre, avec notre égoïsme et notre ethnocentrisme habituels d’ Occidentaux, par le protectionnisme contre les États pauvres, alors qu’il y a là, quelque part, une forme de justice : la minorité riche de l’humanité est en train de se faire dépouiller par sa majorité pauvre (la seule injustice étant l’exclusion de l’ Afrique de cette revanche des pauvres. Et le signe le plus flagrant de son sous-développement est que le seul moyen d’y faire fortune est la politique, et non l’économie ). Ce transfert des richesses vers les pays pauvres ne signifie pas, bien entendu, que la majorité de leurs habitants en profitent : la Chine vit ce que vivait la France à l’époque de Zola –mais, compte tenu de sa réserve de main d’œuvre, elle peut le vivre encore très longtemps. Les seuls combats politiques, en Occident, sont ceux d’une répartition plus ou moins égalitaire de cet appauvrissement général sur la longue durée –appauvrissement auquel n’échapperont que ceux qui vivent davantage de la finance que de leur travail ; dans ces combats, l’ancienne gauche n’a plus sa place : les grèves, qui ne seront plus jamais « générales » , peuvent améliorer les plans sociaux, elles ne peuvent plus rien contre les délocalisations. Le seul mouvement qui s’oppose réellement à la mondialisation financière est cette autre forme de mondialisation qu’est l’islamisme, sans avenir car sans projet économique, mais dont l’énergie, qui est celle du désespoir, rend impuissantes les vieilles grandes puissances militaires. Par ailleurs, alors que le libéralisme économique avait donné naissance à la démocratie politique, nous voyons aujourd’hui émerger un nouveau modèle, celui d’ États alliant dictature politique, corruption institutionnalisée et capitalisme sauvage (Chine, Russie), modèle dont nous ignorons l’avenir et la solidité, mais dont nous devons constater l’actuelle efficacité : ce capitalisme dirigiste semble mieux armé que le capitalisme libéral régulé par la loi du marché. Ainsi, des anciennes valeurs de la gauche, la seule qui subsiste (à nos dépens) est celle de l’enrichissement des pays pauvres ; par contre, l’égalitarisme et la liberté sont en train de sombrer. Le capitalisme est bien solide, malgré sa vieille alternance de crises et d’éclatements de bulles, qui est dans sa nature même, et je n’ai jamais cru que la crise actuelle marquait sa fin. C’est dans ce cadre-là, dans cette réalité-là, qu’il faut chercher à donner une traduction politique aux valeurs de gauche, et non dans un monde qui a disparu; tout est à inventer, tout est à repenser, parce que l’ Histoire ne se répète jamais. Et si je ne vois actuellement pas de solution (mais je ne prétends pas être le penseur des temps futurs…), je mets mes espoirs dans le fait que l’ Histoire est faite de ruptures, qui sont toujours imprévisibles, qui ne ressemblent jamais à celles qu’on a connues dans un passé dans lequel il est inutile de chercher la solution, mais qui pourraient rebattre les cartes de façon inédite au moment le plus inattendu : l’Histoire ressemble davantage au poker qu’au bridge.
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