Flop au PS: Aubry boudée par les militantsGérald Andrieu | Lundi 23 Mars 2009 à 07:47 | Lu 16117 fois
«Le printemps des libertés» : elle portait un joli nom, la journée de rassemblement du PS au Zénith pour dénoncer le travail de sape de Nicolas Sarkozy. Las! 1 000 personnes, tout au plus, y ont assisté. Dans le hall d’entrée du Zénith, à deux pas de la buvette, un employé est déjà en train de nettoyer le sol. « Le printemps des libertés », la journée (qui se voulait) « festive » du PS n’est pourtant pas terminée : il n’est pas encore 16 heures ! Au même instant, sur scène, Patrick Bloche est en train d’ouvrir la « discussion » sur « les libertés d’expression menacées » en expliquant que la France d’aujourd’hui sent bon l’« Ancien Régime » et que Nicolas Sarkozy, lui, a comme un petit goût de « Berlusconi ». Des propos qui n’ont même pas le mérite de sortir du coma les mille personnes qui occupent difficilement l'immense espace d'une salle configurée pour en recevoir… 2 500. Une salle qui, en septembre dernier, avait accueilli 4 000 « adeptes » de Ségolène Royal. Une salle qui a même été désertée par les dirigeants du parti, à l’exception de ceux qui forment la garde rapprochée de Martine Aubry. À croire que les gens seraient plus attachés à la « fra-ter-ni-té » qu’aux libertés ? Ce n’est pas si simple. L’explication, il faut aller la trouver du côté de la buvette. Car on n’y fait pas qu’astiquer le sol. Chez les socialistes, c’est là que tout se joue. Ce n’est pas qu’au parti à la rose, on ait un sérieux problème avec l’alcool. Mais c’est presque une tradition : les caciques y livrent leur analyse aux journalistes. Pourtant, aujourd’hui, ils ne sont qu’une poignée à assurer le service après vente. Il y a bien Razzy Hammadi, François Lamy ou bien encore Claude Bartolone. Alors pourquoi Martine Aubry n’a-t-elle pas réussi à faire son « printemps » ? Une dirigeante du MJS (dont les membres franciliens ont été réquisitionnés pour faire la claque) explique benoîtement qu’il s’agit d’une « semaine un peu trop chargée » avec la manifestation de jeudi. Une explication que la maire de Lille ferait presque sienne lorsqu’elle gagne la tribune en fin d’après-midi : « Alors on nous dit qu’on n’est pas très nombreux : 1 500 ? Peut-être plus ? Je me dis que ce n’est pas si mal pour un parti qui reprend l’habitude de travailler, pour un parti qui parle des libertés avant qu’il ne soit trop tard. (…) Ce n’est pas facile d’être là le dimanche ! Il y a la famille, les amis… » Une main de fer dans un gant en cotte de maille Pour éloigner les militants de leur « famille » et de leurs « amis », l’idée avait pourtant été évoquée d’affréter des bus pour Paris. Mais la plupart des fédérations de province n’en ont pas vu la queue d’un. À part peut-être du côté de celle du Nord dont les militants ont fait le déplacement en nombre. Problème d’organisation donc. Mais pas seulement. Problème de timing aussi : sur la question des libertés, et en particulier sur celle de la mise au pas de l’audiovisuel public, le PS a tout bonnement quatre à cinq mois de retard à l'allumage. Mais il faut, aussi et surtout, voir derrière l’échec du « Printemps » de Martine, les solides inimitiés que lui vaut sa façon de diriger Solférino : une main de fer dans un gant en cotte de maille. La manière dont ont été constituées les listes pour les élections européennes en est sans doute le meilleur exemple. Si à cette occasion Martine Aubry est parvenue à faire exploser en vol certains groupes d’opposants, elle s’est aussi mis à dos nombre de dirigeants locaux. D’ailleurs, la veille du « Printemps des libertés », la Convention nationale du parti chargée d’entériner ces fameuses listes a, elle aussi, été boudée par certains d’entre eux. A tel point qu'il a fallu retirer des chaises pour que ça ne se voie pas trop. Au Zénith, c’était plus délicat : les chaises étaient fixées au sol…
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