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Faites Zemmour, pas l'avortement!Bénédicte Charles - Marianne | Mardi 9 Février 2010 à 05:01 | Lu 64471 fois
La semaine dernière, le chroniqueur vedette de RTL s'attaquait à l'IVG. Décevant. Comme quoi, les histoires d'Zemmour finissent mal en général.
Eric Zemmour, c’est un type qui donne parfois envie de prendre sa défense. Non seulement parce qu’il est attaqué de toutes parts, mais aussi parce que certains de ses lyncheurs sont de vrais crétins que nous aimons bien, nous aussi, nous payer à Marianne2.
De plus, un homme qui réussit, en l’espace de cinq semaines — sa première chronique sur RTL date du début du mois de janvier — à se mettre toute la bonne société parisienne à dos ne peut pas être un homme totalement mauvais. Encore moins un imbécile. Mais il y a des jours où Eric Zemmour donne vraiment envie d’être grégaire, et de lui jeter la pierre. Comme le 3 février dernier, par exemple. Ce matin-là, le chroniqueur vedette de RTL avait décidé de consacrer sa diatribe à l’avortement, l’IGAS ayant remis la veille un rapport sur ce thème à Roselyne Bachelot. Ah ! se dit-on. Que va-t-il trouver de nouveau et d’intéressant à dire là-dessus ? Eh bien rien. Sauf à penser que les vieilles lunes des militants anti-avortement sont aujourd’hui le comble de l’originalité éditoriale. Manque de pot, c'est justement ce que semble se dire Eric Zemmour. Avec cependant cette petite touche personnelle qui, habituellement, fait la différence avec les idiots. Sauf que ce jour-là, la « Zemmour touch », c’est un raisonnement plus con tu meurs. Il y a en France 200 000 avortements par an depuis 35 ans, explique-t-il. Soit « 7 millions de personnes » — notez que Zemmour emploie le terme de « personne », comme les pro-vie, pour désigner le fœtus de moins de 12 semaines (limite légale de l’IVG en France). Selon Zemmour, si ces grossesses non désirées avaient été menées à terme, la population française serait non pas de 65 mais de 72 millions de personnes. Pas loin de l’Allemagne, donc. Et Zemmour d’expliquer l’importance de ce « mini baby boom » raté pour « la croissance économique et le poids politique de la France ». En clair : si toutes ces salopes (1) n’avaient pas avorté, c’est Merkel qui mangerait dans la main de Sarko. Et non l’inverse. Zemmour poursuit : 72% des femmes qui ont eu recours à l’IVG étaient sous pilule. Mais loin d’y voir la preuve que ces femmes, puisqu’elles étaient sous contraceptif, ne voulaient vraiment pas avoir d’enfant, il en déduit des « sentiments contradictoires » : « avoir un enfant sans le vouloir tout en le voulant ». C’est sûr, quand on prend la pilule, c’est qu’on veut un môme. Merci Eric Zemmour d’avoir enfin percé ce mystère : quand la femme dit non, elle pense évidemment oui. Curieuse logique. Après tout, on aurait plutôt tendance à penser que le rapport de l’IGAS fait la nique aux pro-vie, puisqu’il démontre que, loin d’être devenu une méthode contraceptive, l’avortement reste ce qu’il était censé être : la solution de secours en cas d’accident (de pilule, de préservatif). Ce n’est pas l’avis d’Eric Zemmour, qui dénonce « la logique très française du droit à tout, qui fait qu’on est passé de la tolérance compassionnelle [la loi Veil, ndlr] à un droit acquis ». Ce qui, soit écrit en passant, en dit long sur ce que le chroniqueur de RTL pense des lois : de la « tolérance », de la « compassion ». Mais alors, un droit c’est quoi ? Un droit divin ? Apparemment oui, pour Zemmour, qui poursuit: « Nous avons tous été des fœtus. Et le fœtus, il n’a pas de statut pénal, on peut le tuer tant qu’il n’est pas sorti du ventre de sa mère ». Ah oui ? Pourtant, l’IVG n’est autorisée que jusqu’à la 12e semaine. Sauf, effectivement, en cas d’avortement thérapeutique. Est-ce à dire qu'Eric Zemmour considère qu’une IVG pour raison médicale est un meurtre ? « Donc, on se dit qu’on a beaucoup de chance d’être ici », conclut Zemmour, persuadé d’avoir échappé à une hécatombe de foetus. Qui a, en tout cas, fait une victime consentante : Zemmour. (1) Pour ceux qui étaient trop jeunes à l’époque, les « salopes », c’est le nom que s’étaient donné les 343 femmes signataires, en 1971, du manifeste pour l’avortement rédigé en ces termes par Simone de Beauvoir : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples.On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. »
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