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Fadela Amara: un ministre, ça l’entrouvre et ça la referme!Gérald Andrieu - Marianne | Mardi 31 Août 2010 à 12:00 | Lu 15065 fois
Invitée de RTL, la secrétaire d’Etat à la Politique de la ville n’être d’accord sur rien, mais reste malgré tout au gouvernement. Car tout ça est très «complexe», explique-t-elle.Après Hervé Morin, Bernard Kouchner, c’est au tour de Fadela Amara, sur RTL , de faire part publiquement de ses états d’âme. Mais en Sarkozie, cet exercice est apparemment très « complexe ». En 2010, un ministre, ça entrouvre seulement sa gueule et ça la referme. Exemple lorsque Fadela Amara est interrogée sur le discours de Grenoble au cours duquel le président a établi un lien entre insécurité et immigration ? Sa réponse vire à l’équilibrisme : « Je pense que c’est assez complexe. Si vous me posez la question très claire, s’il y a un lien entre immigration et insécurité, je vous dirais non. Je suis convaincue que l’insécurité n’a absolument pas de couleurs de peau. (…) Je ne suis pas convaincu, par ailleurs, quand on parle du discours du président Sarkozy à Grenoble, dans la lecture que j’en fais, qu’il y ait ce lien aussi formel. (…) C’est beaucoup plus complexe que ça. » Mais les propos du chef de l’Etat l’ont-ils seulement choquée ? « C’est plus complexe encore une fois. Je voudrais qu’on parle de la surenchère qu’il y a eu après [le discours du président]. Je pense que la surenchère, ce n’est pas une ligne politique. (…) De la part, par exemple, de Monsieur Hortefeux… » Et d’ajouter : « Moi, je suis une fille d’immigrés. Mes parents, à l’heure où je vous parle, sont tous les deux immigrés. Je ne souhaite pas qu’on me mette en situation de précarité juridique. Je pense qu’aujourd’hui quand on parle de la déchéance de la nationalité, il faut qu’on soit clair : si on déchoit quelqu’un de sa nationalité, que ce soit uniquement pour des crimes graves, genre terrorisme, genre sûreté de l’Etat. »
Taper sur un collègue, plutôt que sur le grand patron, quel courage. Pourtant, Fadela Amara n’en pense pas moins. C’est Nicolas Sarkozy, le premier, qui a évoqué l’idée d’élargir la déchéance de nationalité à ceux qui attenteraient à la vie d’un représentant des forces de l’ordre ? « C’est compliqué. Si je vous dis que je suis défavorable [à cette mesure], j’ai l’impression de cautionner les meurtres de policiers. Alors que je trouve ça scandaleux. Je suis contre l’élargissement à toutes les autres formes de crime. Si l’on parle de crimes en direction de la police républicaine, nous avons des textes de loi et des peines qui sont lourdes et qu’il faut appliquer. »
Pourquoi ne pas prendre ses responsabilités puisque les divergences sont si profondes ? « Je ne suis pas quelqu’un qui jette l’éponge. Je suis évidemment, comme tout le monde, émue par les expulsions des Roms. Je suis contre les expulsions. J’ai toujours milité contre. (…) Pourquoi je reste ? Parce que j’ai une mission que m’a confiée le président de la République et, qu’à l’heure où je vous parle, je sens toujours intact la volonté, la détermination du président de transformer, de changer les choses dans les banlieues et notamment pour la jeunesse des quartiers populaires. Je reste et je continuerai. Mais je vous le dis très clairement : si je ne sens pas la même détermination intacte, je pense que je ne resterai pas. » Quelques minutes plus tard sur l’antenne de France Inter , Ségolène Royal évoquait la « crise institutionnelle » que traverse notre pays. Un ministre qui reste et n’en pense pas moins, voilà un exemple patent de « crise institutionnelle ». Comment imaginer qu’un Kouchner ou qu’une Amara puissent avoir une voix qui porte auprès de l’administration (l’ont-il d’ailleurs jamais eue ?), si l’on sait qu’ils font partie de la charrette prévue lors du remaniement annoncé pour fin octobre, début novembre ? D’ici à l’annonce du prochain gouvernement, qui dirige le pays ? Est-il même seulement dirigé ?
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