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Fadela Amara sur la sellette

Nicolas Domenach | Lundi 14 Janvier 2008 à 15:29 | Lu 13877 fois

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.



Fadela Amara sur la sellette
Christine Boutin a la charité assassine. La très catholique ministre du Logement a choisi La Croix pour asséner un coup de crosse rosse sur la tête trop souvent rebelle de sa secrétaire d’Etat à la Ville, Fadela Amara, qui aura des raisons cette fois d’en être toute décoiffée. En effet, sa ministre de tutelle affirme ni plus ni moins qu’elle « ne croit pas en un plan banlieue » et ce à quelques jours du lancement par icelle dudit plan, le 22 janvier prochain à Vaulx-en-Velin. Ou comment tirer le tapis sous les pieds de sa subalterne collègue…

Rien de personnel… Même si dans Paris-Match de cette semaine Christine Boutin laissait poindre plus qu’une pointe d’agacement à l’encontre de sa secrétaire d’Etat avec laquelle elle « tient des réunions de travail, sauf quand cette dernière se décommande subitement… » On sent aussi plus que de l’énervement lorsque « Madame le Ministre » déclare avec quelque condescendance que sa secrétaire d’Etat a été confrontée « à une tâche très difficile », la pauvre, mais « elle a obtenu la liberté qu’elle réclamait pour gérer personnellement ce dossier ». Vaine liberté, puisque ce plan « fadélien » est centré exclusivement sur les banlieues alors qu’il faudrait, selon Christine Boutin, qui prêche pour sa paroisse, « une réponse beaucoup plus globale », autrement dit « une véritable politique de la ville ». Il existe pourtant des problèmes spécifiques dans ces quartiers. Mais « on ne les résoudra pas, proclame-t-elle, par un énième plan qui se résumerait à leur donner encore plus de moyens mais sans les désenclaver, sans recréer du lien entre les espaces de la ville ». Couchée, Fadela ! Laisse faire les grands !

Une chanson de Carla Bruni

L’argument critique ne manque certes pas d’intérêt. Mais on croyait que, justement, Fadela Amara et Christine Boutin devaient travailler ensemble pour éviter un xième plan anti-ghettos sans lendemain. A la vérité, ce travail-là a été impossible. Fadela Amara a voulu sa liberté de pensée et d’action, et « avec son caractère », elle exaspère Christine Boutin qui précise qu’il a été « impossible de lui imposer quoi que ce soit ». Or la ministre de tutelle avait déjà beaucoup réfléchi sur la question.
Elle avait même rédigé un rapport en 2003 pour Jean-Pierre Raffarin, intitulé « Pour sortir de l’isolement, un nouveau projet de société ». Un rapport qui portait en exergue un extrait d’une chanson de… Carla Bruni : « Il faudrait que tout le monde réclame auprès des autorités, une loi contre toute notre indifférence ». Or Christine ne sait même pas si Fadela a pris connaissance de ses réflexions. Ce qui chatouille désagréablement sa susceptibilité d’auteur et son orgueil de ministre de tutelle.

Pour Fadela Amera qui revendique jalousement une connaissance intime des problèmes des banlieues, et pour cause, elle en a fait sa vie, c’est sans doute une faute tactique de ne pas avoir enveloppé, séduit, circonvenu Boutin. Car Amara n’a plus guère d’appui à gauche et compte beaucoup d’ennemis dans la majorité même qui aimeraient la voir échouer. Parce que les élus UMP doutent de ses capacités ou parce qu’ils aimeraient prendre sa place. Ne parlons même pas de Nadine Morano qui a vitupéré à plusieurs reprises contre son langage si peu ministériel. L’autre porte-parole de l’UMP, Yves Jégo, a adressé une note confidentielle à Nicolas Sarkozy, où il fait preuve de la plus grande « circonspection », c’est son terme, à l’égard des projets de la secrétaire d’Etat à la Ville. Jégo avance lui-même une dizaine de propositions innovantes (comme un corps de sous-préfets en mission, l’octroi de 100 000 bourses d’excellence et de 100 000 permis de conduire gratuits), dans le droit fil, dit-il, de la « rupture sarkozyste ». Comme si Fadela Amara ne pouvait l’assumer ! Dans l’entourage de Christine Boutin, on assure même que le plan de la sous-ministre a été jugé « naze » par Matignon, qui a donc dû s’en mêler. Sinon Fadela, et le gouvernement avec elle, allait à « donf » dans le mur.

Une bonne leçon à la ministre gauchiste ?

Sans doute derrière toutes ces vexations qui lui sont infligées, y a-t-il une volonté de faire la leçon à l’indocile ministre de gauche dont la droite n’aime ni les expressions, ni les manières de « gauchiste ». Elle est restée trop insoumise aussi bien dans ses oppositions de fond sur l’ADN par exemple, que dans la forme de ses mots jusqu’aux cheveux. En dépit des pressions, y compris de Rachida Dati, elle a refusé de trop « s’embourgeoiser » et paraît toujours s’arracher d’un combat de cave ou d’une meule de foin. Ces Messieurs la toisent comme une « zombie » sortant de « zonzon ». Mais elle garde en même temps une force, une énergie intactes, un impact aussi dans les quartiers défavorisés essentiel pour Nicolas Sarkozy qui ne pouvait plus y mettre les pieds. Son premier soutien, son seul peut-être, c’est l’Elysée qui la considère précieuse dans le casting gouvernemental.

Fadela-Rachida-Rama, c’est le triptyque de la diversité dont Sarkozy se « paonne ». Elles participent de sa gloire. Elles lui doivent beaucoup sinon tout. Mais lui ne peut pas aujourd’hui se passer d’elles. L’échec d’une des trois serait le sien. Et l’on ne peut évidemment imaginer que Sarkozy échoue en quoique ce soit, ni en qui que ce soit !


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