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Facebook : sus aux grévistes !

Sylvain Lapoix | Mardi 20 Novembre 2007 à 00:00 | Lu 13302 fois

A l’occasion des grèves, des groupes plus ou moins haineux contre les grévistes se multiplient sur Facebook. Un révélateur puissant de la sociologie, jeune et libérale, du nouveau réseau Web 2.0 à la mode.



Petit extrait de la rubrique antigrève de Facebook
Petit extrait de la rubrique antigrève de Facebook
Ca a commencé tout doux, par de simples « contre la grève du 18 octobre ». Puis on a pris de l’assurance. « Les Français appellent le gouvernement à tenir bon contre les grèves », ont écrit les internautes, avant de passer à « Marre de cette France qui dit non à tout »… Aujourd’hui sur Facebook, les anti-grévistes se lâchent : le groupe « Remplacement des connards de la SNCF et de la RATP par des machines » réunit déjà quelque 13500 membres. Cette « nouvelle communauté » a visiblement capté l’exaspération de nombre d’usagers. Sans vergogne, des facebookiens proposent de démembrer des machinistes de la RATP. Car, c’est un fait : sur le nouveau réseau Web 2.0 à la mode, on n’aime pas les syndicalistes !

En pleine explosion, la communauté virtuelle Facebook compterait aujourd’hui 650 000 membres en France, selon la régie publicitaire du site, et connaîtrait la croissance vertigineuse de 12 000 nouveaux inscrits par jour ! Les premiers adeptes français étaient des étudiants ayant découvert le site aux Etats-Unis, où il fut créé à l’attention des occupants des campus universitaires. La mode s’est ensuite propagée par capillarité dans les facs et dans le milieu informatique.

« Vivement le jour où ces emmerdeurs seront remplacés par des machines ! »

L’université Paris-Dauphine, qui accueille quelques uns des enfants de la bourgeoise parisienne, a ainsi son propre réseau, fort de 1712 membres. A titre de comparaison, le groupe de la frondeuse fac de Toulouse Le Mirail ne compte que 90 membres. Comme par un effet mécanique, les grèves ont mauvaise réputation. Si les étudiants grévistes sont maltraités, ce sont surtout les cheminots et les employés de la RATP qui focalisent les humeurs des « facebookiens ». « Vivement le jour où tous ces emmerdeurs seront remplacés par des machines et forcés d’aller à l’ANPE », clame ainsi un groupe au nom sans équivoque...

L’argumentaire déployé est aussi souvent celui de l’usager que celui du jeune cadre dynamique libéral… de droite : le groupe « contre les grévistes » s’insurge ainsi contre ceux qu'il décrit comme des « parasites », reprenant en illustration la une du magazine britannique The Economist qui jugeait que la France avait besoin… de Margaret Thatcher ! « Si vous refusez que les emplois de service public soient des cachettes pour paresseux, qui peuvent faire toutes les erreurs possibles en percevant toujours leur salaire », adhérez donc au comité de lutte contre les fonctionnaires et assimilés !


Pour ironiser sur les antigrèves, certains ont retrouvé le reportage sur une fameuse «manif de droite»

Royaume de l’expression personnelle et désert politique

Les facs ne sont cependant pas en reste : le groupe « contre les étudiants coco qui font grève » réunit pas moins de 450 membres. « Non au blocage des facs » comprend le double de membres, avec un lien discret vers le site de l’association ultralibérale Liberté chérie. Avec ses 110 adhérents, le groupe « Stop l’UNI », qui dénonce de façon un peu caricaturale le syndicat étudiant de droite, fait pâle figure. De façon générale, les syndicats sont peu présents : ici, c’est l’expression libre qui prime, celle d’opinions franches énoncées sur un ton rigolard, même quand ils embrassent largement le mauvais goût (comme ce groupe des impatients qui veulent « casser du gauchiste » à la fac de Montpellier).

Malgré tous les groupes qui invitent à soutenir le gouvernement, la fédération numérique de l’UMP, lancée par Thierry Solère, ne capitalise que deux modestes milliers d’adhérents. Pas plus fier, le PS stagne à 850 membres. Car le principe d’appartenance sur Facebook n’est pas politique. Il relève de la pure expression d’opinion personnelle, que la masse radicalise avec une aisance étonnante. Au point que certains s’inquiètent, d’où la création des groupes « Perplexe devant la mode qui veut qu’on tue les gens faisant grève » ou encore « Contre les grèves, dites le avec humour ! ». Manifestations rassurantes d’un semblant de modération qui réunissent… une vingtaine de « facebookiens » ! Il y a du pain sur la planche…




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