Fac Pasqua : Devedjian revient, les amis de Charles s'inquiètentSylvain Lapoix | Vendredi 4 Avril 2008 à 00:07 | Lu 9631 fois
Les élections passées, Patrick Devedjian se penche enfin sur le pôle Léonard de Vinci. Mais là où l'opposition socialiste et les enseignants de la «fac Pasqua» espèrent un assainissement des comptes, il pourrait ne s'agir que d'une purge administrative des amis du vieux Charles.
La fac Léonard de Vinci. ©Pierre Morel
Tout devient plus léger quand on n'a pas des cantonales à gagner, Patrick Devedjian vous le dira ! Réélu président grâce à la large majorité UMP du Conseil général des Hauts-de-Seine, il a promis, lors de la commission permanente du lundi 31 mars, de rendre public le rapport qui lui avait été remis sur la gestion du pôle Léonard de Vinci. Université dont le président n'est autre que Charles Pasqua. Interrogé sur la question par Marianne2 au même sujet (voir la vidéo ci-dessous), il s'était contenté d'évoquer les nombreuses personnes qui lui écrivent. Une nouvelle que ne manqueront pas d'apprécier les habitants des Hauts-de-Seine : le président du Conseil général lit son courrier !
Selon la gauche, « un échec total » Lors de la même interview, l'ancien maire d'Antony déplorait que les rédacteurs du rapport, qu'il devrait dévoiler aux conseillers généraux le 11 avril, aient été suspendus de leurs fonctions du fait qu'une main discrète avait placé ces documents, très sévères sur la gestion par Charles Pasqua de son université, sur le bureau même de celui-ci ! Depuis, Guillaume Bigot et Frédéric Teulon ont été limogés fermement sur décision unilatérale de Charles Pasqua. Vu la tournure que prennent les évènements, peut-être Patrick Devedjian trouvera-t-il également à résoudre cet écart de gestion ?
Budget : une fac Pasqua = 95 collèges
L'opposition départementale n'en espère pas moins : «Depuis 14 ans que nous sommes contre ce projet, il serait temps que la droite reconnaisse que c'est un échec !, tonne Pascal Buchet, élu maire de Fontenay-aux-Roses et conseiller générale PS en 1994, un an avant la création du pôle Léonard de Vinci. Cet établissement a demandé 200 millions d'euros d'investissement et 300 millions de frais de fonctionnement depuis sa création et il n'a jamais rempli son rôle de rapprocher étudiants et entreprises : il faut ouvrir le débat et penser à l'avenir.» Même si personne n'a encore pu consulter le rapport, tout le monde semble savoir que le plus gros problème du pôle Léonard de Vinci tient dans sa comptabilité : deux notifications par la chambre régionale des comptes en dix ans, une subvention départementale qui a plafonné à 20 millions d'euros par an... «La fac Pasqua reçoit autant d'aide, voir plus, que les 95 collèges du département réunis !», affirme-t-on dans l'opposition. Le bébé et l'eau du bain... Du côté des enseignants et des étudiants, c'est le grand «Oui mais !» Ceux qui ont contracté des prêts ou veulent simplement aller jusqu'au bout de leur cursus s'inquiètent d'autant plus que les informations sur l'avenir du pôle parviennent à tous, sauf à eux ! Si beaucoup constatent des «avaries de gestion», les membres de l'équipe pédagogique trouvent que le projet initial est une réussite en terme de mixité sociale et d'équipements : «Grâce à l'aide du département, les élèves issus des Hauts-de-Seine paient 1500 euros pour une année d'Ecole de Commerce alors que la moyenne nationale oscille entre 7 et 11000 !», rappelle Jean-Claude Barreau, directeur du département Culture générale du Pôle. «On a des jeunes des quartiers populaires de Gennevilliers qui travaillent avec des enfants des familles bourgeoises de Neuilly, tout ça au milieu de la Défense : à côté, le programme de Sciences Po, c'est de la rigolade. Sans compter qu'ils trouvent tous du travail à la sortie.» Une mixité que seule la perfusion départementale a permis. Malgré cette expérience pédagogique plutôt positive, la marque de Pasqua s'est révélée complètement indélébile au fronton de l'établissement. Il faut dire que la droite n'a rien fait pour calmer le jeu : succédant à Charles Pasqua à la présidence du département, Nicolas Sarkozy avait promis en 2004 de clarifier les comptes. Une série de rapports sur le pôle furent alors réalisés et transmis aux élus, non sans avoir été «nettoyés» des détails gênants au préalable, d'après ceux qui les ont eu entre les mains. En projetant de ramener le budget alloué au pôle de 17,2 à 14 millions d'euros par an (voir notre document ci-dessous), Patrick Devedjian semble effectivement briser la règle.
Extrait du compte-rendu de la commission permanente du Conseil général des Hauts-de-Seine du 31 mars 2008.
Nanterre : dernier «nid d'aigle» de Pasqua
Dans le « département du Président », Devedjian n'est pas au plus haut dans le coeur des employés et cadres du Conseil général. L'hypothèse est d'ailleurs largement partagée, que la fameuse main qui a déposé le rapport sur la gestion du pôle Léonard de Vinci sur le bureau de Pasqua serait celle d'un membre de l'administration toujours acquis à l'ancien président. Sans compter qu'on apprécie aussi peu à Nanterre le «caractère autoritaire et cassant» de Patrick Devedjian qu'au siège de l'UMP. Parti où il se voit depuis peu encadré par deux prodiges sarkozystes, Xavier Bertrand et Nathalie Kosciuscko-Morizet, placés, dit-on, par Sarkozy pour compenser le charisme d'agitateur du secrétaire général. Une raison de plus pour vouloir contrôler «son» département. Si son projet se résume à purger les «traitres pasquaïens», beaucoup risquent d'être déçus. Les socialistes pensent déjà à l'avenir et verraient bien dans ces spacieux et dispendieux locaux un institut de formation des personnels de la petite-enfance ou un centre d'insertion pour les RMIstes de longue durée. Si Devedjian réussit son coup, l'idée pourrait être judicieuse : c'est qu'il va en falloir des gens pour payer la retraite de Charles Pasqua !
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