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Expulsée !Seb Musset - Blogueur associé | Samedi 20 Mars 2010 à 12:12 | Lu 5903 fois
Seb Musset a participé à un jeu d'écriture basé sur une photographie de Robert Lubanski. Un cliché qui l'a amené à dénoncer la précarité des locataires alors que la trêve hivernale a pris fin le 15 mars.
L’hôtel oui mais pour combien de temps ? Deux, trois nuits max.
C’est pas avec du temps partiel que l’on s’assure un après. L’avenir tu le conjugues au présent et à l’interrogatif : Où trouver un appartement ? 

Un semestre que tu cherches. En plus de la caution (divisée par deux depuis peu) et des frais d’agence (multipliés par deux dans le même temps) les filles de la succursale immobilière te crachent avec ce sourire forcé que toi-même tu joues et rejoues à la caisse de la boutique de prêt-à -porter : « - On préfère des gens qui gagnent trois fois le loyer. » 
Parce que tu n’es pas du genre à te laisser aller, que ta gaîté est légendaire, tu réponds :
 « - Baissez vos tarifs et on pourra payer ! » 

Les jeunettes de l’agence te rétorquent sèches et vexées :
 « - On y est pour rien. On ne fait qu’exécuter la demande des propriétaires. » Aux aurores ton proprio, triple de ton âge et quintuple de tes revenus, t’évacuait à la rude. Fin de la trêve hivernale ont dit les policiers. C’est la crise. Quatre mois sans régler : Comment veux-tu que ton bailleur baisé rembourse au banquier son investissement locatif vérolé ? 
A Noël, il t’apportait des bonbons et tentait de négocier un paiement en nature. Tu refusais. 

Tu as juste eu le temps de prendre quelques vêtements dans ta valise et de partir tafer. 
Cette nuit : hôtel éphémère à trois jours de salaire. 

A 26 ans, il va falloir que tu retournes chez papa et maman, à 600 kilomètres de là . En espérant qu’ils veuillent bien de toi et que la place ne soit pas prise par un autre locataire qui, lui, peut payer. 

Petite, ils te répétaient : « - Étudie et travaille pour te garantir un toit. » Une génération plus tard, avec ton bac+5 et ton chapelet d’emplois sparadraps, tu vas devoir démissionner de cette boutique devant laquelle tu passes avec ta valise. Tes gages ne suffisent plus à te qualifier aux éliminatoires de ce logement qui devrait t’être du. 
 
Tu traînes ta valise en centre-ville et regardes les façades dans la nuit. 
 
Dis-moi : Combien vois-tu d’appartements habités ? 
 * * * 
Ce texte répond à un jeu littéraire lancé par Madame Kevin pour le blog à mille mains, basé sur une photo de Robert Lubanski et auquel je fus convié par Cycee. A mon tour d’inviter CSP, Monsieur Poireau, Perséphone (et Benoist Apparu s’il a un commentaire ou une proposition, autre que de façade, sur le sujet). Date limite le 30 mars. 

D’autres textes de la série : Mrs Clooney, Juan de Sarkofrance et Le coucou de claviers
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