Exclusif : Comment de Carolis vend sa soupe aux salariés
Vendredi 10 Avril 2009 à 12:36 | Lu 12762 fois I 42 commentaire(s)
Philippe Cohen
Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi c’était jour de PPP (Power Point Picture) pour 800 cadres de la télévision publique dans la perspective de fusion entre les deux sociétés. Marianne 2 s’est glissée discrètement dans le public. Récit et diapos de la direction en encadré.
La crise s'approfondit. Mais la novlangue de ceux qui nous dirigent aussi. Mercredi 8 avril, la direction du groupe avait convoqué 8 à 900 cadres de France 2, France 3, France 4, France 5 et RFO à Issy les Moulineaux pour leur présenter la nouvelle organisation en entreprise unique regroupant les personnels des deux chaînes.
A la tribune, le nouveau comité exécutif composé presque exclusivement d’hommes. Ce qui a fait réagir la star du 19/20, Audrey Pulvar qui, lors du jeu des questions/réponses a interpellé Patrick de Carolis sur ce point.
La Directrice générale Geneviève Giard a très longuement justifié le redécoupage des régions en quatre pôles dits «de gouvernance» (le mot est devenu presque obligatoire dans les discours de managers). Une réorganisation qui génère un stress certain parmi les 24 directeurs régionaux qui se demandent quel pouvoir ils conserveront dans leurs fiefs respectifs. Autre sujet d'inquiétude, la rédaction nationale de France 3 qui produit le 19-20 et le Soir 3, bastion particulièrement peu docile, a été totalement ignorée dans la présentation. Là encore, l'omission ne pouvait qu'inquiéter les journalistes et techniciens de France 3 qui soupçonnent de plus en plus la direction de vouloir supprimer ces JT pour renforcer à peu de frais l'audience du JT de France 2.
Arlette Chabot perplexe
Mais surtout, la présentation en 80 diapositives - prononcez plutôt « slide », c'est plus tendance,a profondément dérouté l'assemblée et pas seulement les journalistes. Certains mauvais esprits ont parlé « d'enfumage ». Mais beaucoup de cadres parmi les plus suivistes ont été très désorientés, y compris Arlette Chabot, directrice de l'information qui affichait un visage plus que perplexe à la sortie de la réunion.
Il faut dire que le document de présentation - que chacun peut consulter ci dessous, reproduit à l'envi les perles de la novlangue du management. On y parle de « convergence », de « synergies », « d'optimisation des ressources », « d'ingéniérie process », de « projets transverses », de « pilotage du marketing opérationnel », « d'indicateurs de performance » à réaliser bien entendu par des « équipes », lesquelles doivent être « bien positionnées ». Sans oublier, bien entendu, d'évoquer « la culture d'entreprise », c'est-à-dire les « valeurs partagées » du groupe.
Bref de quoi rassurer des salariés inquiets par les conséquences de la nouvelle loi sur le financement de l'audiovisuel : la nouvelle société fusionnée ne sera-t-elle pas contrainte soit de faire davantage d'économies, soit de trouver de nouvelles ressources propres pour remplacer la recette de la redevance supprimée ?
Mais au-delà des sujets qui fâchent au sein de l'entreprise, et de l'absence de tout chiffrage dénoncé, d'ailleurs par la CGT locale, c'est la déshumanisation totale du projet qui a choqué. Comme si, en prenant la tête du groupe, Patrick de Carolis avait définitivement égaré toutes les qualités qui faisaient apprécier son émission. Comme si désormais, les petits hommes bleus de France Télé étaient appelés à couper au plus vite leurs racines et leurs ailes.
A la tribune, le nouveau comité exécutif composé presque exclusivement d’hommes. Ce qui a fait réagir la star du 19/20, Audrey Pulvar qui, lors du jeu des questions/réponses a interpellé Patrick de Carolis sur ce point.
La Directrice générale Geneviève Giard a très longuement justifié le redécoupage des régions en quatre pôles dits «de gouvernance» (le mot est devenu presque obligatoire dans les discours de managers). Une réorganisation qui génère un stress certain parmi les 24 directeurs régionaux qui se demandent quel pouvoir ils conserveront dans leurs fiefs respectifs. Autre sujet d'inquiétude, la rédaction nationale de France 3 qui produit le 19-20 et le Soir 3, bastion particulièrement peu docile, a été totalement ignorée dans la présentation. Là encore, l'omission ne pouvait qu'inquiéter les journalistes et techniciens de France 3 qui soupçonnent de plus en plus la direction de vouloir supprimer ces JT pour renforcer à peu de frais l'audience du JT de France 2.
Arlette Chabot perplexe
Mais surtout, la présentation en 80 diapositives - prononcez plutôt « slide », c'est plus tendance,a profondément dérouté l'assemblée et pas seulement les journalistes. Certains mauvais esprits ont parlé « d'enfumage ». Mais beaucoup de cadres parmi les plus suivistes ont été très désorientés, y compris Arlette Chabot, directrice de l'information qui affichait un visage plus que perplexe à la sortie de la réunion.
Il faut dire que le document de présentation - que chacun peut consulter ci dessous, reproduit à l'envi les perles de la novlangue du management. On y parle de « convergence », de « synergies », « d'optimisation des ressources », « d'ingéniérie process », de « projets transverses », de « pilotage du marketing opérationnel », « d'indicateurs de performance » à réaliser bien entendu par des « équipes », lesquelles doivent être « bien positionnées ». Sans oublier, bien entendu, d'évoquer « la culture d'entreprise », c'est-à-dire les « valeurs partagées » du groupe.
Bref de quoi rassurer des salariés inquiets par les conséquences de la nouvelle loi sur le financement de l'audiovisuel : la nouvelle société fusionnée ne sera-t-elle pas contrainte soit de faire davantage d'économies, soit de trouver de nouvelles ressources propres pour remplacer la recette de la redevance supprimée ?
Mais au-delà des sujets qui fâchent au sein de l'entreprise, et de l'absence de tout chiffrage dénoncé, d'ailleurs par la CGT locale, c'est la déshumanisation totale du projet qui a choqué. Comme si, en prenant la tête du groupe, Patrick de Carolis avait définitivement égaré toutes les qualités qui faisaient apprécier son émission. Comme si désormais, les petits hommes bleus de France Télé étaient appelés à couper au plus vite leurs racines et leurs ailes.
http://www.marianne2.fr/docs/diaporama_interne_France_TV.pdf
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