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Exclusif : Banier va rendre la moitié des dons de Liliane Bettencourt

Lundi 6 Décembre 2010 à 19:27 | Lu 12834 fois I 48 commentaire(s)

Laurent Neumann - Marianne

Qu'y-a-t-il derrière l'accord-surprise conclu aujourd'hui entre Liliane Bettencourt et sa fille ? Selon les informations de Marianne, un compromis confidentiel qui voit François Banier rendre à la famille Bettencourt la bagatelle de 500 millions d'euros. Mais cette fin du conflit familial n'entrainera pas pour autant la fin de l'affaire Woerth.


Exclusif : Banier va rendre la moitié des dons de Liliane Bettencourt
Croyez-le ou non, Me Georges Kiejman, l’avocat de Liliane Bettencourt a appris l’accord de paix entre sa cliente et sa fille, Françoise Bettencourt-Meyers, par… l’AFP ! En effet, c’est dans un communiqué commun que l’héritière de L'Oréal et sa fille ont annoncé, ce lundi, un accord confidentiel mettant fin à leur conflit familial qui dure depuis déjà trois ans. Accord auquel, selon nos informations, le célèbre ténor du barreau n’a pas été associé. En voici le texte intégral :

« Madame Liliane Bettencourt et sa fille Françoise Bettencourt Meyers, assistées de leur conseil respectif, Maître Pascal Wilhelm et Maître Didier Martin, se sont rapprochées pour mettre un terme aux conflits qui ont perturbé leur vie familiale, ainsi qu'aux procédures engagées.
Elles ont décidé de se tourner vers l'avenir et ont pris pour cela, d'un commun accord, toutes les dispositions nécessaires.
 »

Madame Liliane Bettencourt : « La décision que Françoise et moi avons prise est pour moi source d'espérance. Elle correspond à mon souhait de voir la famille réunie. Nous allons ensemble pouvoir aller de l'avant. Pour notre bien commun, et pour L'Oréal qui fait tant partie de ma vie ».

Françoise Bettencourt Meyers : « Cette entente nous fait enfin retrouver l'harmonie familiale, partagée tout autant par mon mari et nos enfants que par ma mère. J'y aspirais aussi pour toute l'entreprise L'Oréal qui poursuit sa merveilleuse épopée et à laquelle je suis profondément attachée. »

Tout le monde il est beau, tout le monde il est heureux

Pas question, à ce jour, de faire connaître les dispositions concrètes de cet  accord : elles sont personnelles et confidentielles. Marianne est cependant en mesure de révéler que si Françoise Bettencourt-Meyers a accepté d’abandonner toutes les poursuites judiciaires qu’elle avait engagées, notamment contre l'artiste François-Marie Banier, soupçonné d'abus de faiblesse sur l'héritière de L'Oréal, mais aussi contre le gestionnaire de fortune de sa mère, Patrice de Maistre, et contre son ancien avocat, Fabrice Goguel, c’est qu’elle a obtenu un certain nombre de contreparties.

Et d’abord que François-Marie Banier non seulement renonce à l’avenir à bénéficier de toutes formes de dons de la part de Liliane Bettencourt, mais surtout qu’il restitue un peu plus de la moitié des libéralités que lui a consenties au fil des ans, Liliane Bettencourt, soit plus de 500 millions d’euros ! Le photographe s’est notamment engagé, selon nos informations, à renoncer à exercer des assurances-vie que lui avait données la milliardaire. Par ailleurs, François-Marie Banier et Fabrice Goguel devront se désister des plaintes qu’ils ont eux-mêmes déposées dans cette affaire, notamment pour atteinte à la vie privée et violation du secret professionnel.

Quant à Patrice de Maistre, 62 ans, non seulement il quittera le service de Mme Bettencourt d’ici le 31 décembre prochain et abandonnera la direction générale de Thétys, la société qui gère la fortune de la richissime octogénaire, mais il perd son statut de protecteur futur au cas où Liliane Bettencourt viendrait un jour à être mise sous tutelle.
En outre, Liliane Bettencourt aurait accepté, selon nos informations, de voir à titre privé, hors de la procédure de mise sous tutelle qui, elle aussi, est éteinte, médecins et experts pour juger en toute sérénité de son état de santé.
Preuve de la réconciliation familiale, le gendre de Liliane Bettencourt, Jean-Pierre Meyers, et ses deux petits-fils, Nicolas et Jean-Victor, verront leur rôle accru au sein de Téthys (la holding familiale qui possède, en pleine propriété ou en usufruit, l'ensemble des parts familiales dans le groupe L'Oréal, soit environ 31% de son capital, soit plus de 14 milliards d’euros). « Liliane Bettencourt garde le contrôle de Téthys », explique Me Didier Martin, conseil de Françoise Meyers-Bettencourt. « L'idée est que Liliane Bettencourt monte sur son Aventin et que la gestion soit assurée par Jean-Pierre Meyers et sa famille (…). Les deux petits-enfants entrent au conseil de surveillance. Liliane reste à la présidence. Jean-Pierre Meyers est le nouveau directeur général ».

Bref, la mère est heureuse de renouer avec sa fille.
La fille est heureuse de retrouver sa mère, débarrassée de ceux qu’elle appelait des « prédateurs ».
Banier est heureux de pouvoir conserver l’essentiel de ce qu’il a acquis au fil des années. Heureux et soulagé, aussi, de ne pas avoir à répondre d’abus de faiblesse devant un tribunal.
Tout comme le bras droit de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre, doit être heureux de se retirer sur la pointe des pieds de ce guêpier judiciaire.
Heureux, enfin, le directeur général de L’Oréal, Jean-Paul Agon qui, dès l’annonce de cette réconciliation, a adressé un message personnel à l’ensemble des salariés du groupe : « Je suis très heureux que nos actionnaires, Mme Liliane Bettencourt et Mme Françoise Bettencourt Meyers, se soient rapprochés et je suis certain que vous partagerez cette joie avec moi (…). Ce dénouement heureux est également très positif pour notre groupe et ses collaborateurs, d'autant plus que la famille s'est exprimée de manière forte et unie sur son attachement à l'entreprise ».

Est-ce à dire que, comme dans tous les bons feuilletons, tout est bien qui finit bien ? Pas si sûr. La fin du conflit familial entre Mme Bettencourt et sa fille unique n’éteint pas le volet politique de l’affaire, susceptible de mettre en cause l'ancien ministre, Eric Woerth. Depuis le 17 novembre, cette partie du dossier a été «dépaysée» de Nanterre à Bordeaux. Il s’agit, en l’occurrence, de quatre enquêtes préliminaires du procureur de Nanterre, Philippe Courroye, dont certaines impliquent directement Eric Woerth. Celui-ci est en effet soupçonné de conflits d'intérêt entre ses anciennes fonctions de ministre du Budget et son ancien poste de trésorier de l'UMP. Il est également soupçonné d'avoir facilité l'embauche de sa femme, Florence Woerth, par Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Sans parler de l’information ouverte pour « financement illégal d’activités politiques ».

Certains voudront croire ou faire croire que la réconciliation entre la mère et fille clôt définitivement l’affaire Bettencourt. Il n’en est rien. A condition que la justice puisse suivre son cours, en toute indépendance. L’avenir capitalistique de L’Oréal étant éclairci, l’Elysée aura du mal désormais à justifier toute future intrusion politique dans ce qui reste, à ce jour, une affaire d’Etat.








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